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Les éditions Ayat
Editions Zamarat
Publication de la Cité du Savoir
Revue Lumières Spirituelles
     Rubrique : Histoire

Histoire des premiers temps de l’islam

Première partie

Safdar Hussein

Traduit de l'anglais, édité et annoté par
Abbas Ahmad al-Bostani

Édition
La Cité du Savoir
Abbas Ahmad al-Bostani
C.P. 712, Succ. (B)
Montréal, Qc, H3B 3K3
Canada

E-mail: abbas@bostani.com

Copyrights: Tous droits réservés à l'éditeur



L'AUTEUR 5

1 ERE PARTIE 7

LA TERRE DE LA NAISSANCE DU SAINT PROPHÈTE MOHAMMAD 9
L'Ancienne et la Nouvelle Arabie9
La Terre Sainte 10
Le Hajj 10
Le Territoire Sacré et les Mois Sacrés 11
Le Peuple et sa Religion 12
L'Époque de l'Ignorance 13
LES ANCÊTRES DU PROPHÈTE 14
L'Ascendance du Prophète 14
Les Antécédents 15
La Jalousie de Omayyah 16
Comment Chayba al-Hamd fut appelé 'Abdul- Muttalib17
L'Usurpation des Droits de 'Abdul-Muttalib 18
Le Vu de 'Abdul-Muttalib. Le Puits de Zam-Zam18
'Abdul-Muttalib Tient sa Promesse 20
La Jalousie des Omayyades 22
Les Changements 23
Lieu et Date de Naissance 24
Le Nom 25
La Mort de 'Abdullâh 26
L'Allaitement de Mohammad 27
La Mort de Âminah 27
La Mort de 'Abdul-Muttalib 28
A la Garde d'Abû Tâlib 28
Le Voyage de Mohammad en Syrie 29
La Disposition d'Esprit de Mohammad 30
La Guerre de Sacrilège (585 ap. J. -C.)30
Hilf al-Fudhûl (595 ap. J. -C.) 31
Al-Amîn 32
Khadîjah (595 A. -J.) 32
Khadîjah fait sa Demande en Mariage à Mohammad34
Mohammad Épouse Khadîjah 35
La Naissance de 'Alî 36
'Alî Adopté par Mohammad 38
Zayd Ibn Hârithah 38
La Reconstruction de la Ka'bah 39
Al-Hajar al-Aswad ou la "Pierre Noire"40
Les Retraites Spirituelles de Mohammad 42
Le Lieu de Séjour Favori de Mohammad 43
LA MISSION ET SES TROIS PREMIÈRES ANNÉES45
Les Révélations 47
Les Premiers Croyants 48
La Conversion d'Abû Bakr 49
Ja'far Rallie la Foi 52
LES PRÊCHES PUBLICS ET LES PERSÉCUTIONS QURAYCHITES 54
Mohammad Se Proclame Prophète 54
Mohammad Proclame 'Alî comme son Successeur55
Mohammad Prêcha en Public 56
Mohammad Est Indirectement Attaqué 57
Les Persécutions 58
Violences contre les Adeptes de Mohammad 58
L'Emigration en Abyssinie 60
Une Délégation de Quraych en Abyssinie61
Le Prophète à Dâr al-Arqam63
'Omar Accepte la Mission de Tuer Mohammad 64
La Conversion de 'Omar 65
La Délégation de Quraych auprès d'Abû Tâlib66
L'Interdiction et la Mise au Ban 68
Quelques-uns des Miracles les Plus Remarquables70
Le Miracle de la Disjonction de la Lune 73
La Fin Miraculeuse de la Mise au Ban 74
LES ANNÉES PRÉCÉDANT L'ÉMIGRATION 76
Le Retour des Émigrés d'Abyssinie76
La Mort d'Abû Tâlib 76
L'Année du Deuil 78
Le Prophète à Tâ'if 79
Des Djinns embrassent l'Islam 79
Le Prophète de Nouveau à la Mecque80
Les Fiançailles avec 'Âyechah 81
Les Hommes de Médine Embrassent l'Islam82
Le Premier Serment de 'Aqabah 82
Le Mi'râj 83
La Propagation de l'lslam à Médine85
Le Second Serment de 'Aqabah 86
L'Etablissement de la Fraternité 88

L'INTENTION DES QURAYCH D'ASSASSINER MOHAMMAD ET SA FUITE A MÉDINE  89

Le Commencement de l'Emigration à Médine89
La Conspiration en Vue d'Assassiner Mohammad 90
La Fuite du Prophète 91
Le Dévouement de 'Alî 92
La Grotte dans la Montagne de Thawr 93
L'Emigration du Prophète 94
Un Miracle 95
L'ARRIVÉE ET L'INSTALLATION DU PROPHÈTE À MÉDINE97
L'Arrivée à Qobâ 97
Boraydah B. al-Hocîb 97
Salmân al-Fârecî 98
Le Ravitaillement dans la Grotte 98
'Alî à Qobâ 99
La Fondation d'un Masjid à Qobâ 100
L'Entrée du Prophète à Médine101
Masjid al-Nabî 103
Une Prophétie 104
La Fermeture des Portes Ouvrant sur le Masjid105
L'Autorité de Mohammad 107
Fraternité entre les Muhâjirîn et les Ançâr 108
Les Hypocrites 110
L'Appel à la Prière 110
La Ka'bah comme Qiblah 111
Le Jeûne de Ramadhân 111
Le Mariage de Fâtimah 112

LA BATAILLE DE BADR ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA DEUXIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION 115
Les Préoccupations de Mohammad 115
La Permission de Prendre les Armes 117
La Nakhlah 117
La Bataille de Badr 118
Les Puits de Qalîb à Badr 124
Les Prouesses de 'Alî 125
Les Prisonniers de Badr 125
La Distribution du Butin de Guerre 127
Les Conséquences de la Guerre 128
Sawiq ou la Guerre de la Farine 128

LA BATAILLE D'OHOD ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA TROISIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION 130

Les Juifs 130
Les Juifs de Banî Qaynoqâ' 131
Le Sort de Ka'b Ibn Achraf 131
Les Juifs Hors-la-Loi 132
Dispositions Préliminaires des Mecquois en Vue de la Campagne d'Ohod 132
La Campagne d'Ohod 133
La Marche du Prophète 134
La Bataille d'Ohod 135
'Alî Loué par les Anges 139
'Alî Aidé par Gabriel 139
Le Prophète Blessé 140
La Fin de la Bataille 141
Lamentations sur les Morts 142
Un Canal sur les Tombes à Ohod 143
Om Kulthûm 143
Hafçah 144
La Naissance d'al-Hassan, Fils de 'Alî 144
LA BATAILLE DU FOSSE ET LE RÔLE DES JUIFS 145
L'Expulsion des Banî Nadhîr 145
La Mort de la Mère de 'Alî 146
La Naissance d'al-Hussayn, Fils de 'Alî 146
L'Invasion des Mecquois 147
La Tranchée Défensive 148
Les Juifs de Quraydhah Rompent leur Pacte de Neutralité 149
Les Difficultés du Siège 150
L'Ennemi Franchit le Fossé 151
'Alî Remporte la Victoire 151
La Sur de 'Amr Ibn 'Abd Wed 153
La Vaillance de 'Alî Exaltée par le Prophète 153
La Dernière Tentative de l'Ennemi 154
L'Infidélité des Juifs de Quraydhah 154
Troubles dans le Camp de l'Ennemi 155
L'Ennemi Lève le Siège 156
Les Banû Quraydhah 157
Zaynab Bint Johach 159

LE TRAITE DE HODAYBIYYAH ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS AU COURS DE LA SIXIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION 162

Les Juifs de Banî Moçtalaq 162
L'Hypocrisie de 'Abdullâh Ibn Obay 162
'Âyechah Accusée de Libertinage 163
Le Pèlerinage du Prophète à la Mecque 166
L'Hostilité des Mecquois 166
La Halte du Prophète à Hudaybiyyah 167
Les Négociations avec les Mecquois 168
L'Engagement sous l'Arbre 169
Négociations de Paix Engagées à Hudaybiyyah 170
Les Clauses du Traité de Hudaybiyyah 171
Les Doutes de Certains Compagnons dans la Croyance 172
Les Conséquences du Traité de Hudaybiyyah 174

DES AMBASSADES DANS LES PAYS ETRANGERS - LA CAMPAGNE DE KHAYBAR - 'UMRAT-AL-QADHÂ'  ET  D'AUTRES ÉVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA SEPTIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION 177

Des Pays Etrangers Appelés à l'Islam 177
Les Causes de la Campagne de Khaybar 180
Expédition contre les Juifs de Khaybar 181
Les Sorties des Juifs 182
La Citadelle de Khaybar 183
Le Siège de la Citadelle 183
'Alî est Spécialement Désigné pour Remporter la Victoire 186
Les Prouesses Surhumaines de 'Alî 188
Les Services Rendus par 'Alî très Appréciés 189
La Reddition des Juifs 189
Kinânah 190
Safiya 190
Tentative d'Empoisonnement du Prophète 191
Fadak 192
L'Arrivée de Ja'far 193
Abû Horayrah 194
Le Prophète à Wâdî al-Qorâ 194
Le Retour du Soleil pour les Prières de 'Alî 195
Om Habîbah 195
'Umrat al-Qadhâ' du Prophète 195
Maymûnah 196

L'EXPÉDITION DE MO'TAH.
LA CONQUÊTE DE LA MECQUE.
LA BATAILLE DE HONAYN ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA HUITIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION 198

La Conversion de Khâlid Ibn al-Walîd et de 'Amr Ibn al-'Âç 198
La Chaire 199
La Campagne de Mo'tah 199
L'État Désastreux de l'Armée Musulmane 201
Les Lamentations du Prophète 202
La Violation du Traité de Hudaybiyyah 320
Les Préparatifs en Vue de la Conquête de la Mecque 206
La Marche sur la Mecque 207
La Soumission d'Abû Sufiyân 208
L'Entrée du Prophète à la Mecque 212
Amnestie Générale Décrétée par le Prophète 213
La Destruction des Idoles de la Ka'bah 214
L'Attribution des Postes relatifs à la Ka'bah 215
Hommage Rendu par les Mecquois au Prophète 216
Les Personnes Proscrites 216
La Conduite Cruelle de Khâlid 217
'Alî Énvoyé pour Réparer l'Effusion de Sang 219
La Bataille de Honayn 220
La Fuite des Musulmans 221
Les Sarcasmes des Mecquois 222
Le Retour des Compagnons 222
La Défaite et la Fuite des Infidèles 223
Le Siège de Tâ'if 224
La Distribution du Butin de Guerre de Honayn 225
Le Mécontentement des Médinois 227
Les Médinois Réconciliés 227
Les Prisonniers de Guerre 228
'Alî Inspiré de Secrets Divins 229
Mâlik Ibn 'Awf 230
Le Retour du Prophète 230
Ibrâhîm, Fils du Prophète 231
La Prohibition de l'Alcool 231





L'AUTEUR

Sayyed Safdar Hussayn, fils de Sayyed Ahmad 'Alî, naquit en 1868. Son grand-père, Sayyed Bahadur 'Alî, un calligraphe bien connu de son époque, avait émigré du Punjab à Awadh sous le règne du Maharadjah Ranjit Singh et obtenu l'asile auprès de Mirza Nasir-ud-Din Hyder, le Roi d'Awadh, en 1828.

Sayyid Safdar Hussayn passa son "Middle Examination", et devint instituteur à "Government Jubilee High School", Lucknow, (actuellement Jubilee Degree College). Après avoir servi comme instituteur pendant quatre ou cinq ans, il rejoignit le "Lucknow Collectorate". En 1897, il fut nommé "Mir-Munshi" par le gouvernement britannique à Kaboul, et il occupa ce poste pendant plus de trois ans, et par la suite il poursuivit sa fonction comme agent politique à Kaboul. Il resta dans cette affectation pendant environ deux ans, et c'est à Kaboul qu'il commença à écrire son célèbre livre "Histoire des Premiers Temps de l'Islam".

A son retour d'Afghanistan il fut nommé Tehsildar Adjoint et quelque temps après, promu Tehsildar. Cependant, détestant de par sa nature les institutions féodales tyranniques, il ne pouvait pas supporter les mesures oppressives prises par les propriétaires terriens contre de pauvres locataires. Aussi pria-t-il le gouvernement de le transférer à un autre poste. Il fût par conséquent muté au département de la Régie. Par la suite il fut promu Collecteur UNNAO (U. P.). Il quitta ce poste pour consacrer le reste de sa vie aux recherches islamiques. Il écrivit un livre très volumineux en ourdou, mais sur le conseil de ses amis Sayyed Kazim Hussayn et 'Alî Jalal-ud-Din, il changea de direction pour écrire en anglais "The Early History of Islam" (le titre anglais du présent livre). Sayyed Safdar Hussayn avait été favorisé par la Providence de qualités de cur et d'esprit. Il était très bon et noble envers ses proches. Il avait l'habitude de prélever régulièrement une très grande somme d'argent sur son salaire pour aider ses proches dans le besoin. Quelques familles de veuves ou d'orphelins recevaient de lui de l'aide régulièrement même après qu'il eut pris sa retraite. M. Chahîd 'Alî, le petit-fils de l'auteur, raconte un incident très significatif, survenu alors que l'auteur mettait la touche finale au manuscrit de ce livre. Pendant la période de la rédaction du livre, il avait l'habitude de porter des lunettes, mais une nuit il fit un rêve dans lequel le Saint Prophète (Que la paix soit sur lui et sur sa famille) lui demande d'ôter ses lunettes.

Le matin suivant, il les jeta et constata que sa vue était nettement meilleure. Jusqu'à sa mort il ne portera plus jamais de lunettes. Il rendit le dernier soupir en février 1949, à l'âge de quatre-vingt-un ans à la suite d'une attaque cardiaque. Qu'Allah bénisse sa noble âme.



1 ERE PARTIE
LA TERRE DE LA NAISSANCE
DU SAINT PROPHÈTE MOHAMMAD

L'Ancienne et la Nouvelle Arabie

L'Arabie, le lieu de naissance de notre Maître Mohammad, le Prophète d'Allâh dont la religion a pour adeptes plus d'un cinquième de la population du monde, est une péninsule située à l'ouest de l'Asie. Elle est limitée par l'Asie Mineure et la Syrie au nord, par l'Euphrate et le Golfe Persique à l'est, par la Mer Arabique au sud, et par la Mer Rouge à l'ouest. Jadis, l'Arabie était divisée en trois régions:

a. - l'Arabie Felix ou l'étendue fertile longeant le littoral et comprenant les côtes ouest et sud-ouest;

b. - l'Arabie Petraea ou l'étendue rocheuse qui inclut toute la partie nord-ouest;

c. - l'Arabie désertique ou le désert sablonneux comprenant tout l'intérieur. Elle est maintenant divisée par les géographes modernes en sept provinces à savoir:

1. Le Hijâz (Hidjâz)

2. Le Yémen

3. Hadhramawt

4. Oman ou le Royaume de Muscat

5. L'Arabie Centrale ou le Royaume de Najd

6. L'Irak, région qui s'étend tout au long de la frontière de la Perse

7. Le Bahrein ou les provinces situées au long du Golfe Persique.

La Terre Sainte

La province de Hijâz est connue comme la Terre Sainte ou la Terre de Pèlerinage. Elle doit son importance aux lieux saints qu'elle renferme. La Mecque (ou le Beqâ' selon les termes du Coran), la principale ville de Hijâz, est la plus ancienne cité, ou de l'aveu général, l'une des plus anciennes cités du monde.

La Mecque est célèbre pour son édifice sacré, la Ka'bah, qui est un lieu de grand rassemblement depuis l'époque d'Ibrâhîm et de son fils Ismâ'îl qui construisirent le Sanctuaire.

Ibrâhîm fut le premier à appeler les gens à visiter la Maison Sacrée. La tradition présente la Mecque comme étant le centre du pèlerinage annuel des gens venant de toute l'Arabie et des pays voisins depuis des époques immémoriales, et probablement depuis l'appel d'Ibrâhîm.

Le Hajj

La Ka'bah a donc toujours été un grand centre religieux. S'y rendre et y accomplir les rites qui lui sont propres a constitué à toutes les époques un devoir sacré. Elle continue encore de nos jours à commander la révérence et la dévotion de toute la Ummah islamique. Le Saint Coran dit:

«Oui, la première maison fondée pour les gens est bien celle de la Mecque: elle est bénie et elle sert de Direction aux mondes. On y trouve des signes évidents et le lieu de station d'Ibrâhîm. Quiconque y pénètre sera en sécurité. Il incombe aux gens, ceux qui en ont les moyens d'aller, pour Allâh, en pèlerinage à la Maison». (Sourate Âle 'Imrân, 3: 96-97).

«Appelle les gens au Pèlerinage: ils viendront par des chemins encaissés». (Sourate al-Hajj, 22: 27)

Le Hajj, accompli au mois de Thilhaj - le dernier mois du calendrier de l'hégire - avec un hajj supplémentaire à 'Arafât (petite éminence de roches granitiques située dans une vallée à l'intérieur d'une région montagneuse, à une quinzaine de kilomètres à l'est de la Mecque) fut appelé Hajj al-Akbar (le Pèlerinage Majeur) et il est obligatoire pour chaque Musulman, sauf au cas d'excuse légale; alors que celui qu'on accomplit à toutes les autres époques de l'année (sans le pèlerinage de 'Arafât), fut nommé 'Omrah ou Hajj al-Açghar (le Pèlerinage Mineur).

La 'Omrah peut être accomplie valablement à toute période de l'année, mais particulièrement en Rajab, le septième mois de l'année hégirienne, tandis que le Hajj doit être accompli obligatoirement au mois de Thilhaj.

La Mecque doit également sa célébrité au fait qu'elle est le lieu de naissance du Saint Prophète Mohammad, tout comme Médine, l'autre ville principale de la même province, devint la deuxième ville importante, après la Mecque, pour avoir été le lieu de résidence du Prophète et le lieu de son enterrement.

Le Territoire Sacré et les Mois Sacrés

La Mecque, avec le territoire qui l'entoure sur plusieurs kilomètres, tient son caractère sacré de la présence de la Ka'bah. Le territoire sacré fut appelé "Haram".

Les mois de Zhilqa'd, Thilhaj, Moharram et Rajab furent considérés comme sacrés, sans doute depuis l'époque de la construction de l'édifice: «Oui, le nombre des mois, pour Allâh, est de douze mois (inscrits) dans le Livre d'Allâh, depuis le jour où IL créa les cieux et la terre. Quatre d'entre eux sont sacrés». (Sourate al-Tawbah, 9: 36). Durant ces quatre mois, toutes les formes d'hostilité étaient interdites, toutes les activités hostiles et tous les conflits tribaux suspendus, et une amnistie générale prévalait dans toute l'Arabie, alors que les pèlerins affluaient de toutes les régions vers la Mecque.

Ultérieurement une foire établie à 'Okâdh, dans la banlieue de la Mecque, où avaient lieu toutes sortes de festivités: les poètes récitaient leurs chefs-d'uvre, les marchands négociaient leurs affaires et les athlètes exhibaient leurs exploits, prouesses et tours de force. Les gens qui s'assemblaient à la Mecque en vue du pèlerinage s'intéressaient eux aussi au grand marché de 'Okâdh, pour profiter des avantages des mois sacrés.

Le Peuple et sa Religion

Les Arabes modernes descendent de deux souches: celle de Qahtân ou Jactân, qui remonte à Nouh et dont les descendants sont appelés les 'Arab-al-'Arib, et celle de 'Adnân, qui remonte à Ismâ'îl, le fils d'Ibrâhîm, et dont les descendants sont appelés les 'Arab Mostariba.

Ces derniers s'établirent autour de la Ka'bah. Mohammad, le Saint Prophète est issu de cette souche.

Les Arabes croyaient originellement en un Dieu, mais à l'époque où le Prophète Mohammad naquit, leur religion avait tourné en polythéisme, culte des étoiles et fétichisme. Ils adoraient de nombreuses divinités. Chaque secte ou tribu avait son propre dieu particulier. Les idoles se trouvaient dans chaque maison et on leur rendait hommage pour s'assurer leur contentement et prévenir leur colère. Néanmoins, ils avaient une vague idée d'un Être Suprême, appelé Allâh, qui se trouvait au dessus de toutes ces divinités. C'est par Allâh qu'ils juraient et c'est en Son Nom (Bismuka Allâhumma) qu'ils scellaient leurs conventions et traités, étant donné que les dieux inférieurs appartenaient à une partie et non à l'autre, et qu'il ne convenait donc pas de les invoquer dans de tels cas.

De là, la nécessité d'un Dieu universel. Welhausen dit: «L'adoration d'Allâh venait en dernier lieu. Les dieux préférés furent ceux qui représentaient les intérêts d'un cercle particulier et qui satisfaisaient les désirs de leurs adorateurs».

Ils adoraient aussi les anges, qu'ils appelaient déesses, c'est-à-dire, les femmes ou les filles de Dieu. Ils représentaient leurs images et leur rendaient un hommage divin. Al-Lat, une immense image de granit gris, principale idole de la tribu de Thaqif à Tâ'if, et al-'Uzza, un bloc de granit, long de quelques six mètres, furent adorées comme les femmes du Dieu Suprême. Hobal, une immense idole de forme humaine, apportée de Syrie et installée avec ostentation dans un haut lieu d'honneur, fut adorée à la Ka'bah où furent consacrées un grand nombre d'idoles et les images d'Ibrâhîm et d'Ismâ'îl portant chacun dans ses mains des flèches divinatoires. Tel était l'état de la religion des Arabes avant que le Prophète Mohammad sorte parmi eux pour prêcher la doctrine du monothéisme, la marche droite et intègre de la vie, et l'idée de la responsabilité à assumer le Jour du Jugement.

L'Époque de l'Ignorance

L'époque du polythéisme, des conflits tribaux, de l'infanticide etc... qui prévalaient tous dans l'ensemble de l'Arabie avant la venue du Prophète Mohammad, fut appelée par ce dernier, l'époque de l'Ignorance.


LES ANCÊTRES DU PROPHÈTE

Etant donné que je dois traiter, à propos de la venue du Prophète Mohammad, de l'histoire de ses ancêtres (les Hâchimites), en particulier, il est convenable de décrire ici, aussi brièvement que possible, leurs origines et leurs antécédents, afin que le lecteur puisse s'en faire une idée.

Les Hâchimites sont connus comme les véritables Isma'îlites, étant la descendance de Kinânah qui fut le 7è descendant en ligne directe de 'Adnân, lequel est un descendant d'Ismâ'îl, le fils du grand Prophète Ibrâhîm.

Fihr, le grand petit-fils de Kinânah, s'appelait Quraych. La postérité de Quraych (Fihr) forma une vingtaine de familles ou clans dont tous les membres se faisaient appeler Quraychites ou tout simplement Quraych. Pour faciliter la distinction d'une famille ou d'un clan des autres, chaque clan portait le nom de son chef distingué, bien qu'ils soient tous, individuellement et collectivement, des Quraychites. Ainsi, les descendants de Hâchim (un Quraychite de marque), s'appellent les Banî Hâchim, de même que ceux de Ummayyah (le fils du frère jumeau de Hâchim) s'appellent Banî Omayyah.

L'Ascendance du Prophète

Mohammad, le Prophète de l'Islam, appartenait à Banî Hâchim dont la ligne ci-dessous le relie directement à 'Adnân, un descendant d'Ismâ'îl, le fils béni d'Ibrâhîm: Mohammad Ibn (fils de) 'Abdullâh, Ibn 'Abdul-Muttalib, Ibn Hâchim, Ibn 'Abd-Manâf, Ibn Quçay, Ibn Kelab, Ibn Morrah, Ibn Ka'b, Ibn Lu'ay, Ibn Ghâlib, Ibn Fihr (Quraych), Ibn Mâlik, Ibn Nazâr, Ibn Kinânah, Ibn Khazima, Ibn Modrika, Ibn Ilyâs, Ibn Modhar, Ibn Nazâr, Ibn Ma'd, Ibn Adnân, un descendant d'Ismâ'îl fils d'Ibrâhîm.

Les Antécédents

Quçay, le grand-père de Hâchim et le sixième descendant en ligne directe de Fihr, fut Cheikh de la Mecque et le chef du territoire environnant. Quçay fut investi des cinq privilèges du gardien de la Ka'bah, à savoir:

1. Le Hijâbah, c'est-à-dire la possession des clés et du contrôle du Sanctuaire;

2. La Siqâyah et la Rifâdah, c'est-à-dire le droit de fournir boisson et nourriture aux pèlerins;

3. La Qiyâdah, c'est-à-dire le commandement des troupes en temps de guerre;

4. Le Liwâ', c'est-à-dire le droit d'attacher la bannière à la Hampe et de la présenter au porte-étendard;

5. Le Dâr-al-Nadwah, c'est-à-dire la présidence du Conseil.

Ses ordres étaient souverains (éminents). Ultérieurement, ces fonctions furent héritées par les petits-fils de Quçay, en l'occurrence, Hâchim (né en 442 après Jésus Christ), al-Muttalib, Nawfal et 'Abd Chams.

A Hâchim fut affecté le droit de fournir la boisson et la nourriture aux pèlerins. Il était riche et en position de s'acquitter de sa tâche avec une munificence princière et d'entretenir les pèlerins royalement. Son hospitalité princière le fit entourer, aux yeux de toute l'Arabie, d'un halo particulier de gloire. Sa charité dévouée au bien public, pendant la famine qui dura trois ans à la Mecque, accrut encore plus sa popularité. Hâchim organisait les expéditions commerciales de son peuple de sorte qu'à chaque hiver une caravane partait pour le Yémen et l'Ethiopie, alors qu'une seconde prenait la route de Ghaza et d'Angora et d'autres centres commerciaux de la Syrie, en été.(1)

La Jalousie de Omayyah

La renommée et les succès de Hâchim, sans cesse croissants dans tout ce qu'il avait entrepris, suscitèrent la jalousie de son frère jumeau, 'Abd Chams et du fils de ce dernier, Ommayyah.(2) Certes ceux-ci étaient sans doute riches, mais au lieu de dépenser leur argent dans une entreprise utile, ils s'efforçaient de se montrer trop généreux devant leurs proches, et finirent par paraître ridicules aux yeux des Quraych qui observaient leurs vains efforts avec mépris. Omayyah devint, à la longue, si enragé qu'il défia ouvertement Hâchim de se soumettre à une épreuve de supériorité. Hâchim voulut éviter de se mesurer à quelqu'un de si inférieur à lui, à la fois en âge et en dignité; mais les Quraych qui aimaient de tels duels, ne le laissèrent pas s'esquiver. Aussi accepta-t-il le défi, mais à condition que le perdant offre cinquante chameaux aux yeux noirs et qu'il s'exile de la Mecque pendant dix ans. Un devin Khozâïte fut désigné arbitre. Ayant écouté les prétentions des deux parties, il déclara Hâchim vainqueur. Celui-ci prit les cinquante chameaux, les abattit et nourrit de leur viande toutes les personnes présentes. Omayyah partit donc pour la Syrie et s'y exila pendant dix ans comme convenu. Telle est donc l'origine de la rivalité et du conflit entre les Omayyades et les Hâchimites, qui feront, après plusieurs générations des ravages parmi les Hâchimites, c'est-à-dire, les descendants du Prophète en particulier, et leurs partisans en général.

Comment Chayba al-Hamd fut appelé 'Abdul- Muttalib

A l'époque où mourut Hâchim (environ 510 après J. C.), son fils était un petit garçon et se trouvait au loin, à Médine, avec sa mère Salma Bint (fille de) 'Amr, une dame distinguée des Banî Najjâr, un clan de la tribu de Khazrah. Hâchim confia les fonctions dont il avait la charge à son frère al-Muttalib (à ne pas confondre avec 'Abdul-Muttalib), en lui laissant des instructions précises pour qu'il les transmette à son fils. Al-Muttalib mena l'entretien des pèlerins d'une façon si splendide qu'il mérita le qualificatif d'al-Faydh (le Munificent). Entre temps, son petit neveu, Chayba al-Hamd (appelé ainsi parce que sa tête enfantine était couverte de cheveux blancs) grandissait sous les soins de sa mère veuve à Médine. Les Mecquois, ayant remarqué le beau jeune homme avec lui, présumèrent qu'il était son esclave et dirent à al-Muttalib: «Quelle belle affaire tu as faite!». Al-Muttalib, les informa, toutefois que ce garçon était son neveu Chayba, le fils de Hâchim. Ils scrutèrent minutieusement ses traits et jurèrent qu'il était le portrait de Hâchim. C'est cet incident qui fut à l'origine de son nom 'Abdul-Muttalib (l'esclave de Muttalib) et c'est à partir de là que le fils de Hâchim prit définitivement ce nom.(3)

L'Usurpation des Droits de 'Abdul-Muttalib

L'incident suivant offre un autre exemple des mauvais sentiments d'Omayyah envers les Hâchimites.

Al-Muttalib(4) transféra les fonctions du défunt Hâchim, à son fils conformément à sa volonté, tout en continuant à administrer les affaires lui-même. Mais al-Muttalib ne tarda pas de mourir. Le jeune 'Abdul-Muttalib avait deux oncles - 'Abd Chams et Nawfal. La mauvaise disposition du premier à son égard était évidente. Les quatre fils de 'Abd Manâf furent divisés en deux parties opposées l'une à l'autre. Hâchim et al-Muttalib formaient une partie, alors que 'Abd Chams et Nawfal constituaient la seconde partie. Nawfal, profitant de la faiblesse du jeune homme, le priva de ses droits à l'instigation de 'Abd Chams (le père d'Omayyah), et les usurpa pour lui-même, mais il fut contraint de reculer après l'intervention des proches parents maternels de 'Abdul-Muttalib qui leur demanda de venir de Médine pour l'aider.

Le Vu de 'Abdul-Muttalib. Le Puits de Zam-Zam

Ainsi, installé dans sa fonction d'entretien des pèlerins, 'Abdul-Muttalib accomplit sa tâche pendant des années. Mais il était dépourvu de force et d'influence et, n'ayant qu'un fils pour l'assister, il lui fut difficile de venir à bout de la faction contestataire des Quraych. Il sentait si profondément sa faiblesse et son infériorité par rapport aux familles puissantes et nombreuses de ses opposants qu'il fit le vu de sacrifier un fils à la Divinité. Sa prière fut entendue et il commença à avoir un fils après un autre. En même temps la fortune lui sourit. Il reçut en vision l'ordre divin de creuser le puits de Zam-Zam qui était comblé depuis des siècles et dont on ne se souvenait même pas de l'emplacement exact. Il fit des recherches diligentes pour le site du puits dans la proximité de la Ka'bah et il finit par retrouver les traces des travaux de sa maçonnerie. Aidé de son fils Hârith, le seul à être déjà grand, 'Abdul-Muttalib creusa de plus en plus profondément, malgré l'opposition des Quraych, jusqu'à ce qu'il trouvât les deux "Ghezalles" dorés, avec les épées et les armures complètes enterrées là depuis plus de trois siècles par le roi 'Amr Ibn Hârith. Ainsi fut découvert le puits de Zam-Zam.

Le flot d'eau fraîche et abondante qui jaillit du puits fut un triomphe pour 'Abdul-Muttalib. Jusqu'ici, on se procurait l'eau dans des puits dispersés un peu partout à la Mecque et emmagasinée dans des citernes près de la Ka'bah, pour être mise à la disposition des pèlerins. Mais désormais tous les autres puits furent abandonnés, et seul ce puits-là fut utilisé en raison du bon goût et de la pureté de son eau. L'origine de Zam-Zam reste entourée de mystère. Selon la tradition l'eau se mit à jaillir du sol pour la première fois sous les talons de l'enfant Ismâ'îl dont le père Ibrâhîm avait émigré avec sa mère Hagar dans ce pays inculte. Cette dernière avait continué à courir çà et là avec ardeur, derrière le mirage des sables mouvants, à la recherche de l'eau pour étancher sa soif. De là ce puits devint sacré et par la suite il acquit une sainteté(5) supplémentaire en partageant le caractère sacré de la Ka'bah et de ses rites.

'Abdul-Muttalib Tient sa Promesse

Les années s'écoulèrent et 'Abdul-Muttalib(6) se vit enfin entouré du nombre de fils qu'il avait souhaité. Chaque jour qui passait ainsi lui rappelait le vu qu'il avait fait témérairement alors qu'il était seul et troublé. Aussi amena-t-il ses fils à la Ka'bah pour tirer le sort pour chacun d'eux afin de désigner celui d'entre eux qui devait être sacrifié.

Le sort fatal tomba sur 'Abdullâh qui était le plus beau et le plus honnête parmi la jeunesse de l'Arabie, et le fils le plus chéri de 'Abdul-Muttalib. Celui-ci fut donc très affligé, mais il savait qu'il n'avait pas le choix, car il devait tenir sa promesse. Comment aurait-il dû accomplir le sacrifice, sinon par le couteau sacrificatoire? Ses six filles pleurèrent à chaudes larmes et s'accrochèrent à 'Abdul- Muttalib pour le persuader de faire un tirage au sort entre 'Abdullâh et dix chameaux qui représentaient le rachat courant du sang d'un homme. Si Dieu acceptait ce rachat, le jeune homme serait sauvé. Le sort fut tiré, mais le résultat ne fit que décevoir la famille angoissée. Le tirage au sort fut répété avec dix chameaux supplémentaires. A chaque nouvel essai 'Abdul-Muttalib rajoutait dix chameaux à la mise, mais Dieu semblait refuser toujours le rachat et exiger le sacrifice du garçon. Au dixième jet où la rançon atteignit cent chameaux, le sort tomba sur les chameaux. Pour mieux s'assurer que cette dernière rançon était bien acceptée par Dieu, il répéta trois fois le tirage au sort, et chaque fois le sort tomba sur les chameaux. Aussi égorgea-t-il joyeusement les cent chameaux entre Çafâ et Marwah et organisa-t-il un festin pour les habitants de la Mecque. C'est ce même 'Abdullâh qui deviendra le père du Saint Prophète Mohammad. Le sacrifice du père du Prophète et de son ancêtre Ismâ'îl fut annulé, mais pour être remplacé par un plus grand sacrifice, que ferait la postérité du Prophète Mohammad à Karbalâ'.(7)

«Et nous avons racheté son fils par un plus grand sacrifice». (Sourate al-Çaffât, 37: 108)

Désormais le renom et l'influence de 'Abdul-Muttalib commencèrent à s'établir. Une grande famille de treize fils puissants renforça sa dignité. Il devint, et restera jusqu'à sa mort, le chef virtuel de la Mecque. Les grandes fonctions de Siqâyah et de Rifâdah - c'est-à-dire le privilège exclusif de fournir l'eau et la nourriture - assurèrent aux Hâchimites une influence importante et permanente sous la direction solide de Hâchim, d'al-Muttalib et enfin de 'Abdul-Muttalib qui fut considéré, tout comme l'avait été son père Hâchim, comme le chef des Cheikhs de la Mecque.

La Jalousie des Omayyades

Mais la branche des 'Abd Chams, forte de leurs relations nombreuses et puissantes, continua ses manuvres contre les Hâchimites et s'efforça de crier à l'hérésie et l'impiété pour les évincer de la garde de la Ka'bah. Suivant l'exemple de son père, Harb, fils de Omayyah essaya de déloger 'Abdul-Muttalib de sa position, en le défiant, pour prouver sa supériorité en vue d'occuper son poste. Mais à sa grande déception, l'arbitre prononça un jugement en faveur de 'Abdul-Muttalib, le déclarant détenteur légal de ce poste. Harb fut humilié et fuit la société de ses adversaires. Cet incident peut être considéré comme une cause supplémentaire de la haine noire qui agitait l'intérieur des poitrines des Omayyades contre les Hâchimites et, plus tard, d'autres événements plus sérieux contribuèrent à attiser les flammes de cette haine, lorsque les Omayyades se virent suffisamment forts pour se venger. Harb, fils de Omayyah, était le chef des Omayyades à l'époque dont nous parlons. Il détenait déjà le poste de commandant pendant la guerre qui contribua beaucoup à son ascension. En outre, il était un homme d'affaires plein de succès, ce qui le rendait à la fois riche et influent.

Les Changements

Tant qu'il vécut, 'Abdul-Muttalib fut considéré comme le vrai chef de la Mecque mais, après sa mort, il n'y avait pas un dirigeant puissant parmi les Hâchimites pour le remplacer. Hârith, le fils aîné de 'Abdul-Muttalib était déjà mort. Zubayr était le plus âgé et ce fut à lui que 'Abdul-Muttalib légua ses fonctions. Zubayr les transmit à son tour à Abû Tâlib, mais celui-ci était trop pauvre pour assumer la tâche de fournir aux pèlerins l'eau et la nourriture. Aussi abandonna-t-il son droit en faveur de 'Abbâs qui était plus âgé que Hamzah et plus riche que les autres. Abû Lahab, bien qu'il fût plus âgé que ces deux frères, n'était pas bien disposé envers ses frères, en raison de ses liens étroits avec les Omayyades et de son mariage avec la fille de Harb. Mais al-'Abbâs aussi s'avéra incapable de s'acquitter des deux tâches du père. Ainsi, alors que la Rifâdah fut passée aux mains des rivaux, al-'Abbâs se contenta-t-il de la Siqâyah, qui impliquait la responsabilité du puits de Zam-Zam et qu'il détint jusqu'à l'avènement de l'Islam où le Prophète l'y confirma en la transmettant à sa famille. Ainsi, alors que la famille de Hâchim vit sa position se rabaisser, ses rivaux, les Omayyades, qui avaient pour dirigeant Harb, fils de Omayyah, réussirent une longue ascension tant désirée. Cet état de choses dura jusqu'à la conquête de la Mecque par le Prophète, environ cinquante ans plus tard.



LA NAISSANCE DU PROPHÈTE MOHAMMAD ET LES QUARANTE PREMIÈRES ANNÉES DE SA VIE

Lieu et Date de Naissance

Le Prophète de l'Islam, Mohammad (Que la paix soit sur lui et sur sa sainte famille), est né à la Mecque, l'année où Abraha B. al-Achram, le vice-roi éthiopien du Yémen, de religion chrétienne, envoya une expédition contre la Mecque pour détruire la Ka'bah. Cette année-là fut baptisée 'Âm al-Fîl (l'Année de l'Éléphant), du nom de l'expédition, étant donné que les Arabes virent un éléphant pour la première fois à cette occasion. Les envahisseurs sont mentionnés dans le Coran sous la dénomination de "Açhâb al-Fil" (les Gens de l'Éléphant). Ils périrent par la Colère Divine:

«N'as tu pas va comment ton Seigneur a traité les hommes de l'Eléphant? N'a-t-IL pas détourné leur stratagème, envoyé contre eux des bandes d'oiseaux qui leur lançaient des pierres d'argile? IL les a ensuite rendus semblables à des tiges de céréales qui auraient été mâchées». (Sourate al-Fîl, 105: 1-5)

Quarante-cinq ou cinquante-cinq jours après l'expédition, le saint enfant est né, un vendredi, dans une maison connue sous l'appellation de Che'b Abî Tâlib.

La date de naissance retenue par les Chiites comme étant la plus probable est le 17 Rabî' al-Awwal, alors que les Sunnites retiennent le 12 Rabî ' al-Awwal, comme étant la date correcte. Toujours est-il que même entre eux-mêmes, ni les Shî'ites ni les Sunnites ne sont unanimes sur une date de naissance précise. Selon le calendrier chrétien, Cassin de Perceival, retient le 29 août 570 (après J. -C.) comme la date de naissance du Saint Prophète.

Le Nom

Âminah, la mère de Mohammad, n'avait senti ni gêne ni pesanteur due à sa grossesse et, de ce fait, ne savait pas qu'elle était enceinte. Elle apprit la nouvelle de sa grossesse dans une vision. Plus tard, elle rêva d'un ange qui lui suggéra de nommer son enfant Ahmad ou Mohammad. Elle appréhendait de tels rêves, et pour en conjurer les mauvais effets, on lui conseilla de porter quelque médaillon de fer, ce qu'elle fit jusqu'à la délivrance. L'ancêtre de Mohammad, c'est-à-dire Ismâ'îl, avait reçu son nom de la même façon; d'autres Prophètes aussi. (Voir Genèse XVI-11: «L'Ange du Seigneur lui dit: "Voici que tu es enceinte et tu enfanteras un fils. Tu l'appelleras du nom d'Ismâ'î1, car le Seigneur a entendu ton affliction"»; et Genèse XVII-19: «Et Dieu dit (à Abraham): "C'est Sarah, ta femme, qui t'enfantera un fils et tu l'appelleras du nom de Isaac"», et St. Matthieu, I-2: «Tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus».

Dès qu'il fut né, un messager fut envoyé à 'Abdul- Muttalib pour lui communiquer l'heureuse nouvelle de la naissance de l'enfant béni qui avait apporté avec lui une lumière soudaine(8) qui illumina tout le lieu sur le moment. 'Abdul-Muttalib accourut joyeusement vers l'enfant, le prit dans ses bras et le porta à la Ka'bah pour remercier Dieu de ce cadeau. II l'appela Mohammad, ce qui signifie en arabe "Celui qui est loué". Ce nom fut justifié par le Prophète après avoir reçu sa mission, pour le désigner comme le Paraclet promis.(9) (Voir "Le Nouveau Testament", Jean, XIV-26, XVI-27). Le septième jour après sa naissance bénie, un festin fut organisé par 'Abdoul-Muttalib avec grand éclat pour célébrer l'heureux événement.

La Mort de 'Abdullâh

Le père de Mohammad, 'Abdullâh, fils de 'Abdul- Muttalib, n'avait pas vécu assez longtemps pour voir la naissance de son fils.(10) Laissant sa femme enceinte, 'Abdullâh était parti en voyage d'affaires pour la Syrie. Sur le chemin du retour, il tomba gravement malade et il fut abandonné par la caravane à Médine, auprès des proches parents maternels de son père. En apprenant la nouvelle de la maladie de 'Abdullâh, 'Abdul-Muttalib envoya son fils Hârith pour le ramener à la Mecque, mais il était déjà trop tard. Hârith retourna donc pour rapporter la triste nouvelle de la mort de son frère et pour mettre toute la maison en deuil. 'Abdullâh n'était âgé que de 25 ans. Son vieux père l'aimait tendrement parce qu'il possédait ses traits et ses talents personnels qu'aucun de ses frères ne portait. La nouvelle porta un coup mortel à sa jeune femme. Elle ne put survivre longtemps à sa disparition. Lorsqu'il la quitta, ils venaient à peine de se marier. La seule consolation qui lui resta fut l'enfant. Mais le chagrin pesa si lourd sur sa santé que la fontaine de ses seins tarit, ne lui laissant aucune possibilité d'allaiter le nouveau-né.

L'Allaitement de Mohammad

Ainsi, celui-ci fut confié tout d'abord à Thawbiyyah, une servante d'Abou Lahab, son oncle, pendant une courte période. Plus tard Halîmah, une femme bédouine le prit en nourrice et l'éleva parmi les siens, les Banu Sa'd - la plus noble des races bédouines - qui habitaient sur les hauteurs au sud de Tâ'if.

Les femmes bédouines avaient l'habitude d'allaiter les enfants des citadins, et Halîmah était suffisamment riche pour prendre en charge Mohammad, et contrairement aux habitudes des tribus bédouines qui vivaient constamment en guerre les unes contre les autres, elle resta paisiblement à la maison pendant toute la période où elle prit soin de Mohammad. Halîmah garda Mohammad avec elle pendant environ cinq ans, au terme desquels il devint suffisamment grand pour n'avoir plus besoin des soins de sa nourrice. Halîmah le rendit donc à contrecur à sa mère Âminah.

La Mort de Âminah

Tout de suite après(11), Âminah se rendit à Médine (575 ap. J. -C.) pour montrer le petit garçon aux proches parents maternels de son père, emmenant avec elle Mohammad et Um Aymân, la servante de son défunt mari; ou plutôt elle voulait consoler son cur qui brûlait de jeter un regard sur le monticule de terre sous lequel son mari avait été enseveli à Médine. Durant son court séjour d'environ un mois à Médine, Âminah sentit une défaillance dans son cur. Elle se hâta de rentrer, mais pendant son voyage de retour elle mourut à Abwa, à mi-chemin entre Médine et la Mecque, et elle y fut enterrée. Um Aymân ramena Mohammad à la Mecque où il fut pris en charge par son grand-père 'Abdul- Muttalib qui avait atteint l'âge respectable de quatre-vingt ans. Mohammad avait alors six ans et était traité par son grand-père avec une tendresse infinie. Um Aymân était encore sa nourrice.

La Mort de 'Abdul-Muttalib

La garde de 'Abdul-Muttalib ne dura toutefois qu'environ deux ans.(12) Il rendit le dernier soupir en 578 ap. J.-C., laissant derrière lui l'orphelin à l'âge de huit ans. Mohammad sentit amèrement cette perte et il suivit le convoi funèbre les larmes aux yeux.

A la Garde d'Abû Tâlib

Alors qu'il se trouvait sur son lit d'agonie, 'Abdul- Muttalib avait embrassé Mohammad pour la dernière fois et l'avait confié à ce moment-là à son fils Abû Tâlib, le demi-frère (par la mère) du père de Mohammad, en lui enjoignant de traiter l'orphelin aussi tendrement que s'il avait été son propre fils. Il avait dit: «Ils doivent prendre soin de ce beau petit garçon: rien dans leur famille n'est plus précieux que lui». Abû Tâlib avait promis très affectueusement de le faire, et son comportement ultérieur montra combien il tint scrupuleusement parole. Il aima l'enfant tendrement, il le faisait dormir au chevet de son propre lit et l'emmenait avec lui partout où il allait. Cela continua jusqu'à ce que Mohammad ait environ vingt ans.(13)

(Le dévouement d'Abû Tâlib pour Mohammad pendant sa jeunesse et la protection qu'il lui avait assurée contre l'hostilité des Quraych à son égard seront expliqués ultérieurement. Sa femme Fâtimah Bint Asad - la mère de 'Alî - ne fut pas moins ardente dans son affection pour Mohammad qu'elle traita comme son propre fils).

Le Voyage de Mohammad en Syrie

Abû Tâlib décida un jour d'entreprendre un voyage d'affaires en Syrie (528 ap. J.-C.), avec l'intention de laisser Mohammad à la Mecque. Mais l'enfant refusa de se séparer de lui et s'accrocha tellement à son oncle que celui-ci en fut profondément touché. Ne pouvant pas le voir pleurer, il consentit à l'emmener avec lui en Syrie.

Il est à noter que pendant ce voyage, lorsque la caravane fit halte à sa dernière étape vers Bostra, Abû Tâlib se reposa près d'une église de moines nestoriens. Là, l'un de ceux-ci, dont le nom était Boheira ou Sergius, remarqua qu'un nuage couvrait de son ombre Mohammad.(14) Aussi vint-il près de lui lorsqu'il s'assit sous un arbre(15) qui se plia comme pour présenter ses respects à Mohammad, et examina-t-il méticuleusement ses traits. Il vit alors une impression pareille à un grand grain de beauté, de la taille d'un uf de pigeon, entre ses deux épaules (le sceau, ou la pièce justificative de sa Mission Divine), ainsi que certaines indices sur son visage, ce qui lui donna la conviction d'avoir affaire à la personne prédite dans l'Ecriture comme le futur Prophète. Après un peu de méditation et de contemplation, il conseilla à Abû Tâlib de protéger le garçon contre les innombrables dangers qui, dit-il, l'attendaient et qui émaneraient de son propre peuple dont il était destiné à être le Sauveur.

La Disposition d'Esprit de Mohammad

Etant donné que Mohammad était né et avait été élevé dans la famille sacerdotale des gardiens du sanctuaire de la Ka'bah, et qu'il était naturellement doué d'un esprit pensif et méditatif, l'ordre et la bienséance de la maison d'Abû Tâlib, les offrandes pieuses et les prières dévotes faites par lui-même et ses proches, l'observance scrupuleuse des rites sacrés, et surtout l'environnement sacré et impressionnant du Sanctuaire lui-même, laissèrent une forte impression sur l'esprit de Mohammad et lui inculquèrent une tendance à la dévotion à l'Omnipotent et Omniprésent Seigneur.

La Guerre de Sacrilège (585 ap. J. -C.)

Lorsque Mohammad eut quatorze ou quinze ans, une guerre, ou plutôt un conflit tribal, éclata entre les Banî Kinânah et les Banî Hawâzin, dans laquelle Mohammad fut forcé de s'engager deux fois pour aider son oncle Zubayr. La guerre eut lieu pendant les mois sacrés, sur le territoire sacré, et dura, avec des engagements épisodiques, environ neuf ans. Ces événements furent appelés Fujâr ou la "Guerre sacrilège".

Hilf al-Fudhûl (595 ap. J. -C.)

Etant donné que Mohammad était doté par la nature d'un esprit compatissant, son cur saignait de douleur à la vue des outrages terribles qui étaient perpétrés im-pitoyablement sous ses yeux, souvent par ses propres concitoyens, contre des gens sans secours.(16) Il désirait donc sérieusement corriger leurs murs, si possible, et cultiver en eux la crainte de Dieu, et il uvra sans relâche dans ce sens. Animé par de tels nobles sentiments, alors qu'il n'avait que vingt ans, il voulut prendre quelques mesures en vue de l'éradication de la violence et de l'injustice. Ce fut dans ces circonstances que Zubayr, le plus âgé des fils survivants de 'Abdul-Muttalib, forma une ligue dans le but de suggérer aux principales tribus de Quraych de s'engager par serment à assurer la justice aux faibles. Les Hâchimites, les Banû Zohrah et les Banû Taym participèrent à la ligue et jurèrent qu'ils se dresseraient comme défenseurs des gens lésés, qu'ils veilleraient à ce qu'aucune injustice ne restât impunie et que les revendications des opprimés seraient pleinement satisfaites.

Le serment est connu sous le nom de Hilf al-Fudhûl. Il s'avéra utile autant comme une prévention de la violence que comme un moyen de réintégration. Quelques années plus tard, Mohammad dira qu'il se sentait heureux du souvenir de l'initiative qu'il avait prise lui-même dans la création de la Ligue du Serment, initiative prise dans la maison de 'Abdullâh B. Jod'ân pour mettre fin à la violence et à l'oppression.

Al-Amîn

Ayant acquis, sous la direction de son oncle Abû Tâlib un homme de grandes compétences commerciales - une véritable connaissance et expérience des transactions commerciales par caravanes, et étant très apprécié par ceux qui avaient eu l'occasion d'avoir des contacts avec lui, quelques commerçants l'engagèrent comme représentant pour conduire des affaires commerciales pour leur compte. Mohammad s'acquitta avec un tel succès de son travail que les gens s'étonnèrent de son intelligence et de sa capacité dans les affaires. Ils furent tous parfaitement satisfaits de son honnêteté, et toute la Mecque se confondit en louanges pour sa véracité, son fort caractère moral, son honnêteté dans la conduite des affaires et le crédit de confiance dont il jouissait à tous égards. Son caractère irréprochable et la conduite honorable de ce jeune homme discret lui firent gagner le respect de tous ses concitoyens, et lui valurent le titre unanimement consenti d'Amîn, "Le Digne de confiance".

Khadîjah (595 A. -J.)

Le renom de droiture et de rectitude de Mohammad par vint aux oreilles de Khadîjah, une noble dame Mecquoise de Quraych. Son père Khuwaylid était le fils d'Asad, lequel était le petit-fils de Quçay.(17)

Khadîjah était suffisamment riche pour exercer le commerce avec ses propres caravanes que menaient ses esclaves et ses serviteurs. Aussi avait-elle besoin d'un homme capable de faire des voyages pour son compte. Elle envoya donc un mot à Mohammad par l'intermédiaire de l'ami de ce dernier, Khozaymah Ibn al-Hakam, qui avait des liens de parenté avec elle - lui offrant le double du salaire pratiqué à l'époque. Mohammad entra dans son service avec le consentement d'Abû Tâlib.

Conduisant une caravane de commerce pour elle, il partit pour Bostra, sur le chemin de Damas. Maysarah, un serviteur de Khadîjah, l'accompagna pendant son voyage. Au cours du voyage à Bostra, Maysarah remarqua que Mohammad était ombragé par un nuage pendant la chaleur de la journée. Grandement surpris par ce phénomène, il le relata à Khadîjah à son retour. Une fois arrivé à destination, Mohammad réussit, par des échanges commerciaux avec les marchands syriens, à doubler les bénéfices habituels des marchandises de Khadîjah.

Selon un récit, avant de disposer des marchandises, il y avait eu un contentieux entre Mohammad et la personne qui voulait les lui acheter. Cette personne désirait que Mohammad jure par les déesses mecquoises: "Lât et 'Uzza", mais Mohammad refusa absolument de s'exécuter. Ce refus montre que Mohammad ne crut jamais aux idoles.

Lorsque Mohammad eut disposé des marchandises de son employeur et qu'il eut acquis pour elle les articles qu'elle voulait, il retourna à son pays natal avec Maysarah; et lorsqu'ils approchèrent de la Mecque, le serviteur reconnaissant persuada Mohammad d'être lui-même à la tête de la caravane à partir de Marr-al-Tzohran et d'apporter lui-même à sa maîtresse la bonne nouvelle de ses transactions réussies.

Khadîjah, entourée de ses servantes, était assise à l'étage supérieur de sa maison (qui est encore connue et vénérée comme étant "Mawled Fâtimah" ou le lieu de naissance de Fâtimah - La Dame de Lumière - un peu au nord-est de la Ka'bah) guettant l'arrivée de la caravane, lorsqu'un chameau apparut à l'horizon, s'avançant rapidement.

Quand il s'approcha un peu plus, elle s'aperçut que c'était Mohammad qui le montait, et qu'il arborait un visage brillant, protégé de la chaleur du soleil par un nuage. Elle fut éblouie par sa beauté et par tout ce qu'elle savait à son propos. Il entra dans la maison, raconta l'issue heureuse de ses affaires, et énuméra les articles de son goût qu'il lui apportait. Elle fut extrêmement contente de ce succès. Elle l'envoya ensuite pour la même raison au Yémen où, là encore, il obtint grâce à son savoir-faire et sa diligence un succès similaire, à la grande joie de Khadîjah.(18)

Khadîjah fait sa Demande en Mariage à Mohammad

Elle était une dame distinguée autant par sa haute naissance que par sa fortune. Elle avait déjà été mariée deux fois, et avait accouché de plusieurs enfants, mais elle était veuve à présent. Bien qu'elle eut quarante ans, elle paraissait plus jeune et avait un visage attirant, beau et rayonnant de bonne santé. Beaucoup de nobles Quraychites l'avaient demandée en mariage, mais préférant vivre dans un veuvage digne et indépendant, elle avait rejeté toutes ces demandes.

Mohammad était alors à la fleur de l'âge, n'ayant que vingt-cinq ans. Il était doté par la nature de beauté et d'une apparence agréable. Noble de naissance, il était aussi noble par sa conduite et par ses manières élégantes. Attirée par ses qualités personnelles, et fascinée par sa beauté et son élégance, Khadîjah désira l'épouser.(19)

Pour sonder son opinion à cet égard, elle députa une servante qui l'aborda: «Oh! Qu'est-ce qui se passe Mohammad?», faisant allusion adroitement au fait anormal de rester célibataire à cet âge. «Mais qu'est-ce qui t'empêche de te marier?». «Je n'ai rien à ma disposition, qui me permettrait de me marier», répondit-il. «Et si cette difficulté disparaissait et que tu sois invité à épouser une dame belle et riche, de noble naissance, qui te rendrait riche, ne désirerais-tu pas l'avoir?», lui dit la servante. «Qui pourrait ce être?», demanda Mohammad qui commençait à être saisi par cette idée. «C'est Khadîjah». «Mais comment pourrais-je y parvenir?». «Laisse-moi faire», rétorqua la femme. «Je n'ai pas d'objection à une telle union», affirma Mohammad. La femme repartit et rapporta la réponse à Khadîjah qui, sans perdre de temps, annonça à Abû Tâlib, l'oncle et le gardien de Mohammad, son désir de contracter une alliance matrimoniale avec ce dernier.

Mohammad Épouse Khadîjah

Après avoir consulté Mohammad, Abû Tâlib accepta la proposition, et le mariage eut lieu en 599 ap. J. -C. avec grand éclat et donna lieu à de nombreux festins.(20) Les invitations furent envoyées par Abû Tâlib et Khadîjah elle-même. Abû Tâlib lut lui-même le sermon de la cérémonie et paya de sa poche la dot de douze Okes et demi d'or, équivalent au prix de vingt jeunes chameaux de bonne race.(21)

Ce mariage s'avéra très avantageux pour Mohammad, car il le mit à l'abri de la nécessité de travailler dur pour gagner sa vie et lui donna le loisir de s'adonner à la méditation à laquelle il avait originellement tendance et qui avait été développée pendant la période de sa prise en garde par son oncle Abû Tâlib.

Il vécut d'une façon on ne peut plus affectueuse avec sa femme. Elle lui rendit bien son amour pour elle, et son estime pour lui augmentait au fur et à mesure que le temps passait. Le mariage fut un succès parfait à tous égards pour le couple. Khadîjah porta de lui son illustre fille, Fâtimah, destinée à devenir l'aïeule des Saints Descendants de Mohammad. Elle lui engendra également deux fils: Qâcim - dont le nom valut à Mohammad le sumom d'Abû Qâcim, et 'Abdullâh. Mais tous les deux moururent pendant leur enfance.

La Naissance de 'Alî

Ce fut sans doute à l'occasion de la mort d'un de ceux-ci que la femme d'Abû Tâlib, Fâtimah Bint Asad, qui était enceinte, offrit de céder son futur enfant, qu'il fût garçon ou fille à Mohammad, pour le consoler dans son deuil (Fâtimah n'était pas encore née). Cette offre s'avérera être un Décret Providentiel plus tard.

Fâtimah Bint Asad sentait l'enfant qui était dans son ventre la forcer à se lever par respect pour Mohammad chaque fois qu'il lui rendait visite, et il ne lui permit jamais de la laisser détourner sa face de Mohammad aussi longtemps qu'il se trouvait là. Ordinairement c'était le contraire qui aurait dû se produire, puisque la tante de Mohammad étant supérieure à ce dernier par le lien de parenté (tante - neveu) - elle était presque comme sa mère - avait droit à son respect pour elle; mais elle ne savait pas quelle force la faisait se lever dès qu'il arrivait, alors qu'il n'avait encore que trente ans.

Cet enfant n'était autre que 'Ali, qui naquit dans l'enceinte de la Ka'bah (600 ap. J. -C.), où personne d'autre n'était né depuis sa fondation des milliers d'années auparavant.

Lorsqu'il ouvrit ses yeux pour la première fois, la première chose qu'il vit fut le visage de Mohammad qui l'avait pris dans ses bras en le caressant. Son premier bain après sa naissance fut fait par Mohammad qui prédit à ce moment-là que l'enfant s'occuperait de son dernier bain (après sa mort). Cette prophétie se réalisera après le décès du Prophète. Le nouveau-né n'acceptait aucune autre nourriture que la salive de la langue de Mohammad, qu'il suça pendant plusieurs jours après sa naissance. Mohammad le caressait en le mettant sur ses genoux, et avait l'habitude de mâcher la nourriture pour nourrir 'Alî. Il le faisait souvent dormir à côté de lui dans le même lit, et 'Alî jouissait de la chaleur du corps de Mohammad et inhalait le parfum sacré de son souffle. Lorsqu'il grandit, il partagea les repas de Mohammad et il fut élevé, sous ses soins personnels, de façon à partager aussi son éthique élevée et ses murs.

'Alî était toujours prêt à risquer sa propre vie pour protéger Mohammad aux moments de danger et il lui était attaché affectueusement et avec une fidélité à toute épreuve. Les deux cousins étaient si soudés l'un à l'autre qu'ils vécurent toujours ensemble jusqu'à ce que la mort les séparât.

'Alî Adopté par Mohammad

Lorsque 'Alî ne fut plus un petit enfant, Mohammad, voulant compenser autant que possible toutes les peines que son oncle Abû Tâlib s'était données en prenant soin de lui et en lui assurant une éducation excellente, prit à sa charge son cousin 'Alî, âgé de cinq ans, en 605 ap. J. -C., afin de l'éduquer selon sa propre méthode; et selon la plupart des hadiths, il l'adopta.(22) Et, étant donné qu'une famine sévissait dans le pays à cette époque, Mohammad persuada son oncle al-'Abbâs de décharger Abû Tâlib des soins d'un autre fils, Ja'far.

Zayd Ibn Hârithah

Presque à la même époque, un garçon nommé Zayd, fils de Hârithah, fut offert à Mohammad par sa femme Khadîjah, comme esclave. Il était originaire d'une famille respectable d'une branche de la tribu des Khozaite, appelée Kalb; mais il avait été enlevé pendant son enfance par une bande de pillards et vendu à Khadîjah.

Ayant trouvé les traces de son fils, le père vint à la Mecque, prit contact avec Mohammad et lui proposa une grande somme pour son rachat, somme que Mohammad refusa poliment. Ce dernier(23), qui avait déjà affranchi Zayd, lui donna la permission d'opter pour le retour chez son père, mais Zayd ne voulut pas perdre le traitement affectueux auquel il s'était habitué, et préféra rester avec Mohammad qui le mariera plus tard à Om Ayman, son ancienne servante. Osâmah, le célèbre Général à qui Mohammad confiera le commandement de l'expédition contre les Grecs tout juste avant son décès, était le fils de ce même Zayd, et le fruit de ce mariage. Zayd fut tué à Mota alors qu'il commandait une précédente expédition contre le même peuple.

La Reconstruction de la Ka'bah

Mohammad était âgé de trente-cinq ans lorsqu'un événement survint qui augmenta sa popularité parmi les membres des tribus. Les murs de la Ka'bah étaient bas et délabrés, devenus mal affermis à la suite d'une inondation qui causait souvent des ravages similaires, comme ce sera le cas encore en 1627 ap. J. -C. où une telle inondation endommagera trois côtés du bâtiment sacré. En raison de l'absence d'un toit, des voleurs avaient escaladé les murs et volé de précieuses reliques, qu'on retrouva heureusement. C'est pourquoi on décida de rehausser les murs et de les couvrir d'un toit.

Entre-temps un bateau grec avait fait naufrage au bord de la Mer Rouge, près de Cho'aybah, l'ancien port de la Mecque. Walîd Ibn Moghîrah assista à la scène du désastre, récupéra les bois du bateau détruit, et s'assura les services de son capitaine, Baqum, qui était un architecte compétent, pour l'aider à la reconstruction de la Ka'bah.

Les nombreuses tribus de Quraych s'étaient regroupées en quatre corps dont chacun avait la charge d'un des quatre côtés de la Ka'bah. Ainsi, un côté était assigné aux Banî 'Abd Manâf, y compris les descendants de Hâchim: 'Abd Chams, Nawfal et 'Abdul-Muttalib, et aux Banî Zohrah; un second aux Banî Asad et aux 'Abd-al-Dâr; un troisième aux Banî Makhzûm et aux Banî Taym; et le quatrième aux Banî Sahm, à 'Adî et 'Amr Ibn Lo'ay. Les vieux murs dégradés furent démolis jusqu'à la couche de pierres vertes, appelées "Fondations d'Ibrâhîm", et c'est sur elles que furent élevés les nouveaux murs.

Pour la construction de l'enceinte sacrée, des pierres de granit vert furent coupées dans les collines avoisinantes et apportées par les citoyens sur leurs têtes. Mohammad et tout le corps de Quraych assistèrent aux travaux. Comme à l'accoutumée, les gens ôtèrent leurs sous-vêtements pour les poser sur leur tête afin de mieux supporter le poids et la rudesses des pierres. Lorsque Mohammad ôta à contrecur son vêtement, il tomba malencontreusement par terre et une voix s'éleva d'une source invisible, le prévenant de ne pas s'exposer au danger. Il se leva sur-le-champ, et personne ne le vit jamais dénudé depuis sa première jeunesse jusqu'à sa mort.

Al-Hajar al-Aswad ou la "Pierre Noire"

Lorsque les murs de l'angle est furent suffisamment hauts pour fixer al-Hajar al-Aswad, ou la "Pierre Noire" sacrée, une dispute éclata à propos de la partie à qui revenait l'honneur de placer la "Pierre Noire" dans son nouveau réceptacle, car chaque famille des Quraych revendiquait ce privilège. Le contentieux s'aggrava tellement qu'il faillit tourner à l'effusion de sang. La construction fut suspendue pendant quatre ou cinq jours. A la fin, Abou Omayyah (de la famille des Banî Makhzum, le frère de Walîd père de Khâlid), le citoyen le plus âgé, suggéra que celui qui aurait la chance d'entrer le premier dans l'enceinte sacrée par la porte de Banî Chaybah (ainsi appelée parce qu'elle avait été probablement construite par Chaybah Ibn Ahmad) soit choisi pour régler le différend ou placer lui-même la Pierre.

Sur quoi Mohammad apparut, alors qu'il s'était absenté provisoirement. Il fut donc le premier homme à entrer par ladite porte à l'intérieur de l'enceinte. Et l'assistance s'écria: «Voilà venu al-Amîn, l'arbitre! Nous sommes prêts à accepter ce qu'il décidera!».

Mohammad reçut la mission calmement et avec sang froid, et il saisit lui-même l'occasion à la fois d'accomplir son devoir comme le Missionnaire Divin (bien que ce fait n'eût pas été réalisé à ce moment là) et de réconcilier les quatre parties en conflit par sa solution rapide et judicieuse à ce problème épineux. Il ôta son manteau, l'étendit sur le sol, y plaça la pierre sacrée, invita un chef de chacune des quatre parties à s'avancer pour relever les quatre coins du manteau au niveau du mur. «Ils s'exécutèrent, et Mohammad poussa la "Pierre Noire" de ses propres mains vers sa place dans le mur, au coin sud-est de l'édifice, cinq pieds au dessus du niveau du sol». ("Madârij al-Nubuwwah"; "Rawdhat al-Ahbâb")

Il n'y a pas de doute que le fait que le jeune Mohammad ait été choisi pour arbitrer entre ses propres concitoyens des questions sacrées, malgré la présence de chefs âgés et vénérables, laisse entrevoir la main de la Providence et la Volonté Divine d'en faire l'Élu de Dieu pour être le prophète de son peuple. Bien que ce fait passât inaperçu parmi ce peuple, cette décision souligna le caractère de Mohammad pour son esprit prompt et pour sa détermination prudente, et rehaussa l'estime et le respect dont il jouissait parmi les membres des tribus.

Je n'essaierai pas de décrire la Pierre Noire de la Ka'bah comme un aérolithe ou comme un ange transformé en pierre. Quelle qu'elle puisse être, il suffit de dire qu'elle avait été tenue pour sacrée par Ibrâhîm et Ismâ'îl, universellement reconnus comme des Prophètes révérés, qui l'avaient fixée dans le sanctuaire de la Ka'bah, et qu'elle est considérée comme sacrée depuis lors.

Les Retraites Spirituelles de Mohammad

L'environnement de recueillement de la Ka'bah et les cérémonies sacrées que les gens y accomplissaient avaient déjà profondément marqué l'esprit de Mohammad. Mais sa dernière expérience lui avait montré que les diverses formes d'adoration n'étaient que des bêtises ou du moins des rites simplement transmis de père en fils. Les gens n'étaient pas sincères dans leur adoration. Il se sentit profondément affligé de leur irrespect et de leur négligence complète de leurs responsabilités devant le Tout Puissant Créateur et le Jour du Jugement.

Les traditions lui indiquaient la pureté de la foi de leur ancêtre Ibrâhîm, et il se rendit compte donc combien cette dévotion pure était maintenant corrompue et érigée en idolâtrie grossière et en crimes atroces perpétrés dans le pays. Il avait grande envie de ramener l'humanité égarée vers le droit chemin et de faire revivre l'adoration du Tout Puissant Seigneur telle qu'avait été pratiquée à l'époque d'Ibrâhîm.

En fait il avait toujours été un homme de réflexion et enclin aux méditations religieuses. Maintenant il se retirait avec ardeur dans le silence et la solitude pour prier et méditer. Pendant les heures de ses retraites solitaires dans le désert, que ce soit dans les ténèbres de la nuit ou sous la lumière éblouissante du jour, son attention était toujours fixée sur les preuves naturelles des étoiles scintillantes et des constellations brillantes, de la lune et du soleil glissant silencieusement tout au long du profond ciel bleu. Tous ces témoignages désignaient du doigt l'existence du Créateur, l'Administrateur Suprême. Ils semblaient le charger d'une mission spéciale. Une voix basse, qui ne passe jamais inaudible pour l'auditeur attentif, s'enflerait jusqu'à devenir majestueuse et prendre des tons plus impérieux, comme lorsque l'orage éclate avec son éclair en zigzag et son tonnerre grondant dans la vaste solitude des montagnes mecquoises.

Le Lieu de Séjour Favori de Mohammad

Le lieu de séjour favori de Mohammad était une grotte dans la Montagne de Hirâ, donnant sur la Ka'bah, à une distance d'environ cinq kilomètres au nord de la Mecque, où il se retirait fréquemment pour prier et méditer, et où il vivait tout seul, réservé et méditatif, pendant de longues périodes. II passait souvent des nuits entières dans cette grotte, absorbé par des pensées profondes, comme s'il était plongé dans une profonde communion avec l'Omniprésent Dieu de l'univers.

Pendant les mois de Rajab et de Ramadhân, il avait l'habitude de passer tout son temps dans cette grotte obscure et entourée d'un environnement sauvage, se résignant totalement à la Volonté du Tout Puissant et du Gouverneur Suprême et Juge de l'humanité. Enfin il eut des visions dans ses rêves où il entendit des voix d'une source invisible indiquant les traces de l'objet qu'il cherchait. Les conceptions du Très Haut se présentèrent à son esprit, exactement comme il l'espérait: une foi profonde et sérieuse en l'Omnipotent et l'Omniprésent Seigneur, le Seul Etre digne d'être adoré.

Désormais, il était considéré par les membres de la famille et les proches parents, ainsi que dans le cercle d'amis et de connaissances, comme un homme très pieux et saint. Lorsqu'il eut trente-huit ans, il commença à être conscient d'une certaine lumière qui l'entourait pendant ses prières de dévotion.


LA MISSION ET SES TROIS PREMIÈRES ANNÉES

A l'âge de quarante ans, alors que Mohammad passait le mois de Rajab, comme il en avait l'habitude, dans la solitude solennelle de la grotte de la montagne de Hirâ', priant, jeûnant et méditant sur la conception divine et sur la régénération humaine, il entendit subitement une voix qui rompit le silence profond et l'atmosphère calme de la nuit du 27 de ce mois-là pour l'appeler par son nom. Il regarda autour de lui, mais il ne vit personne. Il entendit de nouveau la même voix et un flot de lumière d'une splendeur éblouissante se présenta devant lui. Il vit tranquillement une forme humaine s'approcher de lui. C'était l'Ange Gabriel qui venait calmement vers Mohammad, tenant devant lui un rouleau de soie et lui demandant de lire ce qui y était écrit. Mohammad s'étonna: «Que devrais je lire?» Là, l'Ange pressa Mohammad fort contre lui de sorte qu'il fût humecté de sueur. Il sentit alors son esprit s'illuminer d'une lumière céleste, et ses yeux s'ouvrir pour lire ce qui était écrit sur le rouleau. Aussi put-il réciter:

«Lis au Nom de ton Seigneur Qui a créé. IL a créé l'homme d'un caillot de sang. Lis! Car ton Seigneur est le Très Généreux, Qui a instruit au moyen du calame. IL a appris à l'homme ce qu'il ne savait pas». (Sourate al-'Alaq, 96: 1-6).

Lorsqu'il eut fini la récitation, le messager céleste annonça: «Ô Mohammad! En vérité, tu es le Prophète de Dieu et je suis Son Ange Gabriel!».

Ce fut la première révélation du Ciel à Mohammad, et le premier passage du Livre Céleste, le Coran, descendu sur lui. L'Ange Gabriel partit. Les mots qu'il avait demandé à Mohammad de lire restèrent gravés dans le cur du Prophète.

Ne sachant pas avec certitude si tout ce qui s'était passé cette nuit était la réalité, et si son désir profond de ramener l'humanité égarée vers le droit chemin et de restaurer la vraie adoration du Tout-Puissant Allâh, telle qu'elle avait été pratiquée par les adeptes d'Ibrâhîm, avait été exaucé, ou si ce n'était qu'une pure illusion, il retourna troublé à la maison, tôt le lendemain matin.

Sur le chemin du retour il entendit des voix: «Que la paix soit sur toi! Ô Prophète d'Allâh!», comme si elles sortaient des pierres et des arbres. Les mots du rouleau de soie revinrent alors à son esprit et il sentit qu'il avait reçu l'ordre de promulguer l'Unicité Divine.

Il arriva enfin à la maison, tremblant, comme s'il avait peur, et il dit à sa femme Khadîjah: «Cache-moi! Cache-moi!». Elle le couvrit promptement et lui demanda tendrement la cause de ce comportement inhabituel. Il lui raconta tout ce qu'il lui était arrivé. Khadîjah reçut la nouvelle avec une grande joie, étant donné qu'elle croyait déjà en Un Dieu Unique et qu'elle reniait le polythéisme. Elle savait déjà que son vieux et vénérable cousin, Waraqah Ibn Nawfal, croyait Mohammad prophète. Aussi accourut-elle pour l'informer de l'événement en détail.

L'ayant écoutée attentivement s'écria: «Quddûsun! Quddûsun! Ceci était al-Namûs al-Akbar qui vint à Moïse», et il crut volontiers à tout ce qui lui avait été communiqué, affirmant qu'à son avis tel était le mode habituel de la Révélation. Il dit que de même qu'aux époques antérieures Dieu avait envoyé Gabriel pour faire des révélations aux grands prophètes, de même Gabriel était envoyé à présent par Allâh à Mohammad.(24)

Waraqah Ibn Nawfal connaissait très bien l'hébreu et était versé dans la connaissance des Ecritures juives et chrétiennes. Ayant lu dans ces livres sacrés des prophéties sur le futur prophète, il trouva que les traits caractéristiques de Mohammad correspondaient parfaitement, dans tous leurs détails, aux dites prophéties; aussi crut-il en lui comme étant le Prophète Promis.

La date de la première révélation fut, selon plusieurs historiens, le 27 Rajab (610 après J. -C.)(25), un lundi. Selon d'autres, ce fut le 17, le 18 ou le 19 Ramadhân, ou bien le 12 Rabî' al-Awwal. Il n'y a pas de différend concernant le jour de la semaine.

La mission de Mohammad est considérée généralement comme ayant commencé à cette date, qui marque le début d'une ère qu'on appelle l'année de la Bi'thah (Mission). A partir de là, et quelque temps après la première révélation, une succession de révélations lui furent faites tout au long de sa vie.

Les Révélations

Les révélations furent reçues de plusieurs manières: parfois comme une impression faite par l'action divine sur l'esprit du Prophète pendant son sommeil, parfois l'Ange Gabriel apparaissait soit sous forme humaine pour lui communiquer la révélation, soit sous sa forme angélique réelle, tout en restant invisible pour tous les autres yeux que ceux du Prophète; parfois le Prophète se trouvait dans un tel état d'esprit et de nerfs qu'il était insensible à toutes les apparences extérieures et qu'il avait une pâleur sur le visage qui reflétait une intense anxiété. Ce mode de révélation était d'autant plus pénible que même par un jour très froid son front était humecté de sueur dans ces moments-là. Le temps ou les circonstances de la révélation variaient également. Ainsi, parfois, il recevait des révélations même lorsqu'il se trouvait à cheval ou sur le dos de sa mule ou de son chameau.

Les Premiers Croyants(26)

On a déjà noté que Khadîjah crut à la mission prophétique de son mari dès son début. Le cousin du Prophète, 'Alî âgé alors d environ dix ans, le suivit ensuite aussi rapidement que Khadîjah. Puis Zayd Ibn Hârith, l'esclave affranchi qui vivait sous le même toit que Mohammad, embrassa sa foi.

«En fait, Ibn 'Abbâs, Anas, Zayd Ibn Arqam, Salmân al-Farecî et bien d'autres affirmèrent qu'il ('Alî) avait été le premier à embrasser l'Islam, et selon certains, il y a même un consensus sur cette question». ("History of Califat", p. 171, la traduction anglaise de Major Jarret de "Târîkh al-Kholafâ'" d'al-Suyûtî (abrév. "Histrory of Califat", traduc. Major)

L'illustre 'Ali fut donc le premier à embrasser sans hésitation la croyance de Mohammad et à croire qu'il était le Prophète de Dieu.

Mohammad disait que trois hommes, à savoir Ezakiel, Habîb Najjâr et 'Alî, qui avaient été les premiers à embrasser la foi de leurs prophètes respectifs, à savoir Mûsâ, 'Isâ et lui-même, sont notés comme Çiddîq.(27) 'Alî rejetait la revendication de cette épithète par toute autre personne (en dehors des trois désignés par le Prophète).(28)

Il est notable que Mohammad se présenta comme Prophète au début seulement aux membres de sa famille, c'est-à-dire à ceux qui étaient censés connaître le mieux ses défauts humains si défauts il y avait. Et on a là la preuve la plus crédible de la pureté de son caractère dans la vie domestique; autrement ils auraient dû être les derniers à croire à ses assertions.

La Conversion d'Abû Bakr

Plus tard, Abou Bakr Ibn Abî Qohâfah, un ami du Prophète, fut facilement persuadé de devenir un disciple de ce dernier, à l'âge de trente-huit ans. L'histoire de sa conversion se présente comme suit: au cours d'un voyage vers le Yémen, Abû Bakr rencontra un vieux sage très instruit de la tribu de Azd, qui lui prédit qu'un Prophète apparaîtrait à la Mecque, dans un proche avenir, avec un jeune homme et un autre homme d'un âge avancé pour l'aider. Lorsque Abû Bakr retourna à la Mecque, il rendit visite à son ami Mohammad qui l'invita à se joindre à sa religion, l'Islam, en se déclarant lui même Prophète.(29) Abû Bakr lui demanda alors de lui donner une preuve à l'appui de son assertion, Le Prophète lui relata la prédiction du Sage du Yémen alors qu'il n'avait pas assisté lui même à la relation de cette prédiction, puisqu'il était resté à la Mecque pendant toute l'absence d'Abû Bakr. Abû Bakr accepta alors l'Islam et devint un adepte de Mohammad.

«Ibn 'Asâkir rapporte le témoignage suivant de Mohammad Fils de Sa'd Abî Waqqâç: «Lorsque j'ai demandé à mon père: "Est-ce que Abû Bakr (al-Çiddîq) fut le premier d'entre vous à embrasser la foi (musulmane)?». Il répondit: "Non, car il y avait plus de cinq personnes qui s'étaient converties avant lui, mais il était le meilleur d'entre nous en Islam"».(30)

Ibn Kathîr dit: «Il est clair que la famille de Mohammad - sa femme Khadîjah, son esclave affranchi, Zayd et la femme de celui-ci, Om Aymân, 'Alî et Waraqah - crut en lui avant tous autres».(31)

Salim Ibn Abî Ja'd, cité par Ibn Abî Chayhab et Ibn 'Asâkir, dit: «J'ai demandé à Mohammad Ibn Hanîfah: "Abû Bakr fut-il la première personne à embrasser l'Islam?". Il a répondu: "Non". Je lui ai demandé encore "Pourquoi est-il donc si exalté et si préféré que tout le monde ne parle que de lui?". Il a répondu: "Parce qu'il était le plus excellent de tous en Islam, depuis sa conversion jusqu'à sa mort"».(32)

Ibn 'Abd al-Bar, un savant de l'Ecole Malikite, rapporte que lorsqu'on a demandé à Mohammad Ibn Ka'b al-Qartdhi, qui de 'Alî ou d'Abû Bakr fut le premier à embrasser l'Islam, il répondit que c'était certainement 'Alî, ajoutant que quelques autres compagnons éminents du Prophète - tels que Salmân al-Farçî, Abû Thar, al-Miqdâd, Khabab, Jâbir, Abû Sa'îd al-Khudri, Zayd Ibn Arqam - avaient eux aussi affirmé que 'Alî fut le premier parmi les hommes à embrasser l'Islam, et qu'ils l'exaltent et le préfèrent à tous les autres Musulmans.(33)

C'est un fait admis que 'Alî fut placé pendant son enfance sous la garde de Mohammad qui, comme un parent, lui donna une éducation morale, sociale et religieuse. Il vécut sous le même toit et dormit sur le même lit que Mohammad dont il partagea les repas. Ainsi, depuis sa tendre enfance, 'Alî suivit Mohammad aussi bien dans sa foi que dans tous les autres domaines. Il continua de le suivre lorsque Mohammad déclara être Prophète. Donc, on ne peut pas dire que 'Alî était un converti, car une conversion implique un changement de religion, alors qu'il n'y avait jamais eu aucune conversion dans le cas de 'Alî; ou en d'autres termes, on pourrait dire que 'Alî était né Musulman. Telles semblent être les circonstances dans lesquelles 'Alî déclarait qu'il s'était joint à Mohammad dans des prières, sept ans avant que nul autre n'en fasse autant. Par conséquent, personne d'autre que 'Alî ne peut prétendre avoir été le premier Musulman.

D'aucuns soutiennent qu'en soulevant cette controverse, bien que vaine, on cherchait à semer le doute dans l'esprit des masses dans le but de diminuer l'estime à laquelle 'Alî avait droit en tant que premier Musulman.(34)

Ja'far Rallie la Foi

Quelques temps après les événements précités, Abû Tâlib voyait parfois son fils 'Alî et son neveu Mohammad prier ensemble dans un endroit éloigné. 'Alî se mettait debout à droite de Mohammad. Abû Tâlib observait silencieusement leur nouvelle façon de pratiquer l'adoration - se courbant jusqu'à leurs genoux, puis se redressant tout droits, se prosternant ensuite jusqu'à ce que leur front eût touché le sol. Assistant à leur absorption et à leur humilité devant Dieu, il fut si impressionné par leur aspect de recueillement dans leur adoration qu'il(35) ordonna à Ja'far, un autre fils qui l'accompagnait, de se joindre à Mohammad à sa gauche. Lorsqu'ils eurent fini leurs prières, 'Alî expliqua à son père: «Je crois à l'Unicité d'Allâh, et que mon cousin Mohammad est Son prophète que je suis». «Suis-le, mon fils», répondit Abû Tâlib. «Il te guidera sur le droit chemin, et il ne t'invitera pas à fuir ce qui est bien».

Abû Tâlib, en tant que gardien de Mohammad, avait observé attentivement son comportement après la prédiction du moine nestorien, et il le trouvait supérieur en vertu à la jeunesse moyenne, ou pour mieux dire, il trouvait qu'il était considéré comme un homme saint.

Et sachant qu'il était déjà reconnu comme le guide spirituel de certaines gens, il croyait sans doute possible Mohammad le Messager de Dieu. C'est pourquoi il consentit à ce que ses fils Ja'far et 'Ali le suivent.



LES PRÊCHES PUBLICS ET
LES PERSÉCUTIONS QURAYCHITES










Mohammad Se Proclame Prophète

La quatrième année de sa Mission, le Prophète Mohammad reçut l'ordre d'Allâh d'avertir ses proches parents: «Avertis tes plus proches parents» (Sourate al-Cho'arâ', 26: 214).

Aussi les invita-t-il tous à un entretien dans le but d'exécuter le Commandement d'Allâh. Un banquet consistant en une grande tasse de lait avec un pain d'un çâ' (environ trois kilos) de farine de blé et de viande avait été préparé par 'Alî conformément aux instructions du Prophète. Quarante personnes de ses proches parents, les 'Abdul-Muttalib, répondirent à l'invitation. Les oncles du Prophète, Abû Tâlib, al-'Abbâs, Hamzah et Abû Lahab étaient parmi les invités.

Mohammad leur servit ce repas apparemment sobre et le goûta lui-même en le commençant par l'invocation du nom d'Allâh, le Clément, le Miséricordieux. Ils le suivirent tous et mangèrent à leur faim; mais à la surprise générale, rien ne fut entamé, tout semblait rester tel qu'il avait été servi. Abû Lahab se leva alors en s'écriant que Mohammad les avait tous ensorcelés. La réunion fut ainsi rompue. Mohammad ne put prononcer un mot, car ils étaient tous partis.

Mais il les invita à nouveau pour un entretien semblable. Cette fois-ci il s'adressa à eux comme suit: «Ô fils de 'Abdul-Muttalib! Je ne connais personne en Arabie qui ait apporté à ses proches parents une chose plus excellente que ce que j'ai apporté pour vous. Elle vous servira dans cette vie et dans la vie future. Me croiriez-vous si je vous disais qu'un de vos ennemis vous attaquera le jour ou la nuit?». Ils répondirent en chur qu'ils le croyaient être un homme véridique. Il dit alors: «Sachez donc tous qu'Allâh m'a envoyé pour guider l'homme dans le Droit Chemin, et qu'IL m'a ordonné d'appeler tout d'abord mes proches parents, de les inviter à Sa Sainte Volonté et de les avertir de Sa Colère. Vous avez vu le festin miraculeux auquel vous avez assisté, ne persistez donc pas dans votre infidélité! Ô fils de 'Abdul-Muttalib! Allâh n'a jamais envoyé un Messager sans qu'il ait désigné son frère, héritier et successeur parmi ses propres parents. Qui va donc m'assister dorénavant dans ma noble tâche et devenir mon frère, mon héritier et mon successeur? Il sera à moi ce que fut Hâroun à Mûsâ (Moïse)».

Mohammad Proclame 'Alî comme son Successeur

Mohammad qui venait de prononcer son discours avec une ferveur religieuse fut déçu de voir toute l'assemblée garder le silence, quelques-uns étonnés, d'autres souriant avec un air d'incrédulité et de dérision.

Personne n'était prêt à l'accepter comme guide spirituel. Mohammad semblait compatissant à leur égard. A ce moment critique, 'Alî, le cousin favori du Prophète s'avança. Mais Mohammad lui ordonna d'attendre jusqu'à ce que quelqu'un de plus âgé s'avance. Le Prophète essaya en vain trois fois. A la fin, 'Alî, n'appréciant pas l'attitude ridicule adoptée par l'assemblée, s'avança impatiemment pour la troisième fois, et déclara avec enthousiasme que, non seulement il croyait Mohammad Prophète de Dieu, mais aussi il s'offrait corps et âme au bon plaisir du Prophète: «Ô Prophète, dit-il. Je suis l'homme (que tu cherches). Quiconque se lève contre toi, je lui casserai les jambes et l'éventerai. Ô Prophète! Je t'assisterai et je serai ton vizir auprès d'eux».(36)

Sur ce, Mohammad, lançant ses bras autour du généreux jeune homme et le pressant contre sa poitrine, s'écria: «Voilà mon frère, mon lieutenant et mon successeur (ou Calife). Ecoutez-le tous et obéissez-lui».(37)

Ayant entendu ces propos, toute l'assemblée exhorta Abû Tâlib avec un rire de mépris bas et ironique, à se plier devant son fils 'Ali et à lui jurer obéissance. Ainsi les invités de Mohammad se dispersèrent-ils avec de la haine dans le cur et de l'ironie sur le visage.

Dans son livre "On Heroes, Hero-Worship and the Heric in History" ("Héros et Culte des Héros") Thomas Carlyle écrit: «L'assemblée se dispersa dans le rire. Pourtant il n'y avait rien de risible: tout était très sérieux. Quant à ce jeune 'Alî, on ne peut que l'aimer. Une créature noble d'esprit: comme il le montra sur le moment et par la suite, c'était un homme affectueux et d'un courage enflammé. Il y avait quelque chose de chevaleresque en lui: il était courageux comme un lion et digne de la chevalerie chrétienne».

Mohammad Prêcha en Public

Mohammad ne fut pas du tout découragé par le traitement dédaigneux que lui avaient réservé ses proches. Il se mit à prêcher publiquement à la Mecque. Il put, grâce à son air naturellement noble, son habileté plaisante et ses manières agréables, réussir toujours à rassembler autour de lui un grand nombre d'auditeurs. Et tant qu'il prêchait les croyances de l'Islam - c'est-à-dire: reconnaître Un Seul Vrai Dieu, le Tout-Puissant, le Juge Omniscient de l'humanité, se soumettre à Sa Volonté et se vouer à Son adoration en accomplissant les prières, en faisant l'aumône, et en se conduisant d'une manière honnête et droite conformément à Ses Commandements - les assistants l'écoutaient avec patience et attention. Mais dès qu'il aborda le sujet inévitable du rejet du polythéisme et de l'idolâtrie, et dès qu'ils constatèrent qu'il parlait légèrement de leurs dieux et de leur adoration impie, ils se mirent à le conspuer et à l'insulter, mais il continua patiemment ses prêches qui, malgré toute l'opposition qu'ils rencontrèrent finirent par être payants.

Mohammad Est Indirectement Attaqué

Mohammad continua à gagner du terrain, bien qu'à très petits pas. Quelques personnes, dont un membre des Omayyades en vue, 'Othmân fils de 'Affân, embrassèrent sa foi. Les Quraych, et notamment le clan des Omayyades qui vouait une vieille inimitié aux Hâchimites, s'en alarmèrent. Mais ils n'osaient pas s'attaquer franchement à Mohammad à cause de la protection d'Abû Tâlib. Lui nuire sérieusement les impliquerait nécessairement dans des conflits familiaux, risque qu'il ne fallait pas prendre à la légère. Aussi élaborèrent-ils un plan visant à mener un combat indirect mais efficace contre Mohammad, de l'intérieur même de sa famille. Abû Lahab - le seul Hâchimite opposé à Mohammad et l'ami intime des Omayyades, ayant épousé une sur d'Abû Sufiyân, leur chef(38) - en accord avec sa femme, obligea ses deux fils 'Otbah et 'Otaybah à divorcer de leurs femmes respectives, Om Kulthûm et Roqayyah qui étaient les filles de Khadîjah - nées de son premier mari - et les belles-filles de Mohammad, et qu'ils avaient épousées longtemps avant que Mohammad ne se proclamât Prophète. Mohammad dut souffrir beaucoup de ces troubles familiaux. Mais Roqayyah ne tarda pas à se marier avec 'Othmân Ibn Affân et plus tard après sa mort, sa sur Om Kulthûm, se maria avec lui aussi.

Les Persécutions

Sans trop se soucier des affaires domestiques, le Prophète poursuivit sa mission avec plus de ferveur que jamais. Les Quraych commencèrent à réagir violemment à son action et à s'opposer vigoureusement à ses enseignements et innovations. Ils l'insultaient publique-ment, jetaient de la poussière et de la saleté sur lui pendant qu'il priait, criaient à tue-tête, sifflaient ou chantaient des chansons frénétiques pour couvrir sa voix lorsqu'il prêchait. Mais à leur grande déconvenue ils ne purent le décourager.(39) Ayant échoué dans leurs tentatives de réduire au silence Mohammad, par les mots, les menaces, les insultes et les attaques, ils essayèrent de le pacifier en lui faisant miroiter fortune, pouvoir, position ou mariage avec la plus belle femme. Mais il rejeta avec dédain toutes ces offres.

Violences contre les Adeptes de Mohammad

Constatant que tous leurs efforts avaient été vains, ils se mirent à utiliser la violence contre ses adeptes et à les traiter avec mépris.(40) Les principales victimes de ces violences parmi ses adeptes furent ceux qui n'avaient aucune position indépendante ni aucun soutien familial pour les défendre. C'est sur eux que les Quraych vidaient leur colère. Ils étaient détenus et emprisonnés. Quelques-uns furent enfermés dans des cottes de mailles et allongés sur les sables arides sous le soleil brûlant de midi. La torture infligée par le métal chauffé par le soleil torride au-dessus d'eux et par le sable brûlant au-dessous, est difficilement descriptible. Les esclaves convertis des Quraych, qu'ils fussent hommes ou femmes, étaient traités impitoyablement par leurs maîtres qui les torturaient brutalement et les frappaient sauvagement. Par exemple, 'Omar Ibn al-Khattâb avait l'habitude de frapper son esclave, une femme, dénommée Lobaynah, jusqu'à ce qu'il fût fatigué lui-même.(41)

Bilâl, l'Africain, un converti, esclave de Omayyah Ibn Khalf, fut torturé cruellement, exposé au grand soleil de midi, allongé sur le gravier brûlant de la vallée mecquoise.(42) Lorsque le tourment était aggravé par une soif insupportable, on exigeait du malheureux supplicié de reconnaître les idoles de la Mecque; cependant Bilâl refusait d'abjurer, et du fond de son angoisse, il criait: «Ahad! Ahad!» (Un, Un le Dieu Unique!). Mohammad (Que la paix soit sur lui et sur sa Famille), ayant appris son malheur, fut tellement apitoyé sur son sort qu'il décida de l'arracher aux tortures en le rachetant.

Yâcir et sa femme Somayyah, ayant refusé catégoriquement d'abjurer, furent torturés à mort par les Quraych. Somayyah avait été attachée à deux chameaux et cruellement transpercée par une lance.(43) Leur fils, 'Ammâr, lorsqu'il fut torturé et forcé d'abjurer, ayant peur de partager le sort insoutenable de ses parents qu'il avait vu mourir de ses propres yeux, et désirant échapper à une mort certaine, finit par obéir aux exigences de ses tortionnaires,(44) bien que son cur ne s'accordât pas avec sa langue. Le Prophète ayant été informé que 'Ammâr avait renié la foi, dit que cela était impossible, car 'Ammâr était imprégné de foi, du sommet de la tête jusqu'à la plante des pieds, la foi étant fusionnée dans son sang et sa chair. Lorsque 'Ammâr réapparut devant lui, pleurant et poussant des cris de regret, le Prophète récita ces paroles du Coran: «Celui qui renie Dieu après avoir cru - sauf celui qui le fait par contrainte et dont le cur reste ferme dans la foi (...) la colère de Dieu est sur lui et un terrible châtiment l'atteindra». (Sourate Al-Nahl, 16: 106).

Il essuya les larmes sur le visage de 'Ammâr et le consola en lui disant: «Tu n'es pas coupable, s'ils t'y ont forcé».

L'Emigration en Abyssinie

Dans de telles circonstances, il n'était plus possible pour les adeptes de Mohammad de vivre en paix plus longtemps à la Mecque, et il n'était plus raisonnable pour lui de poursuivre ses prêches dans une ville où ses auditeurs risquaient d'être attaqués. Aussi conseilla-t-il à ses adeptes qui n'avaient pas de protection à la Mecque de chercher refuge et pays d'exil ailleurs. L'Abyssinie fut l'endroit proposé à cet effet, et accepté unanimement. Conformément à cette décision, un groupe de onze hommes et quatre femmes, dont Othmân et sa femme Roqayyah, fuirent vers ce pays au mois de Rajab de la cinquième année de la Mission (environ 615 ap. J. -C.). Ils furent reçus avec une bienveillance remarquée par Najâchî (le Négus), le Roi chrétien d'Ethiopie, qui embrassera lui-même l'Islam et deviendra un adepte de Mohammad un peu plus tard.

Encouragé par cet accueil aimable des réfugiés en Abyssinie, le Prophète permit à d'autres adeptes d'y émigrer pour avoir la vie sauve. Par conséquent, trente hommes et dix-huit femmes quittèrent la Mecque individuellement ou par petits groupes et se rendirent en Abyssinie. Ja'far Ibn Abî Tâlib les suivit avec cinquante autres personnes. Ainsi cent treize réfugiés arrivèrent sains et saufs en Abyssinie.

Une Délégation de Quraych en Abyssinie

Les Quraych se sentirent déjoués par la fuite des convertis en Abyssinie; aussi décidèrent-ils d'envoyer une délégation dirigée par 'Amr Ibn al-'Âç et 'Abdullâh Ibn Omayyah, et munie de cadeaux coûteux au Roi d'Ethiopie. 'Amr et 'Abdullâh se prosternèrent tout d'abord devant le Roi en signe de respect et ouvrirent ensuite leur mission par la présentation de leurs cadeaux de grande valeur.(45) Puis ils expliquèrent au Roi que certains membres de leurs tribus, ayant adopté une nouvelle Foi qui leur enseignait de penser légèrement à propos de Jésus et de sa mère Marie, avaient abandonné leur véritable religion ancestrale et fui dans son pays. Ils le prièrent, au nom des Quraych - les nobles de la Mecque - de leur livrer les fuyards.

Le Roi était un homme juste. Il fit venir les Musulmans pour entendre leur défense à propos de l'accusation d'hérésie dont ils faisaient l'objet. Ils se présentèrent en un groupe dirigé par Ja'far, le frère de 'Alî, un des fils d'Abû Tâlib, et un cousin du Prophète Mohammad. Aucun membre de la délégation musulmane ne se prosterna devant le Roi, se contentant de le saluer à leur manière habituelle par la formule: «Assalâmu 'Alaykum». Le Roi n'en fut pas offusqué; il admira même leurs manières. Puis, il leur exposa les charges portées contre eux par leurs propres compatriotes.

Ja'far, qui était un homme d'apparence noble, favorisé par une expression de visage et une éloquence persuasives, s'avança et exposa les croyances de l'Islam avec zèle et enthousiasme. Le Roi, qui était, comme nous l'avons déjà noté, un chrétien nestorien, trouva ces doctrines similaires à celles de sa propre religion et opposées au polythéisme des Quraych. Il manifesta son désir d'entendre Ja'far réciter quelques passages des Révélations faites au Prophète.(46)

Ja'far récita quelques versets de la Sourate Mariyam qui touchèrent le Roi au cur, au point qu'il ne put retenir ses larmes. Il était surtout heureux d'entendre Ja'far présenter ses arguments. Il s'ensuivit qu'au lieu de livrer les Musulmans aux membres de la délégation Quraychite, il leur octroya des faveurs bien supérieures à la protection dont ils jouissaient déjà. Il expulsa la délégation Quraychite de sa cour en lui rendant les cadeaux qu'elle lui avait apportés.

Le Prophète à Dâr al-Arqam

Après l'exil d'un nombre aussi grand que cent treize membres du petit groupe des adeptes du Prophète, la position de celui-ci s'affaiblit beaucoup à la Mecque. D'autre part les Quraych, ayant durement ressenti l'expulsion déshonorante de leurs envoyés à la Cour d'Abyssinie, décidèrent de se venger de Mohammad en persistant dans leurs tentatives de s'opposer à ses prêches avec plus de rigueur.

Mohammad décida donc de chercher refuge, en cette sixième année de sa Mission, dans la maison de l'un de ses adeptes, nommé al-Arqam, près du sanctuaire de la Ka'bah, où il put faire ses prières et ses enseignements paisiblement.

Un jour, pendant que le Prophète était assis à la porte de la maison, Abû Jahl, le chef de la grande et riche famille de Banî Makhzûm, passa à son niveau et proféra des mots grossiers à son encontre. Le Prophète fut très choqué, mais il ne prononça aucun mot de remontrance.

Une fille esclave de 'Abdullâh Ibn Jod'ân, qui vivait tout près, fut très mécontente de cette insulte gratuite de la part d'Abû Jahl. Peu après, elle raconta l'incident à Hamzah - un oncle du Prophète - qui passait par là pour regagner sa maison après une excursion de chasse. Hamzah, qui était un homme célèbre parmi les Arabes pour sa grande vaillance et sa chevalerie se sentit profondément affecté par ce traitement outrageux qu'Abû Jahl avait réservé à Mohammad. Aussi se rendit-il directement chez Abû Jahl, et après lui avoir fait des remontrances, il le frappa avec son arc, lui portant un coup sur la tête. Les partisans d'Abû Jahl se levèrent pour le venger, mais il les calma et dit à Hamzah sur un ton conciliant que s'il avait insulté Mohammad, c'était seulement parce qu'il vilipendait leurs dieux. Hamzah déclara alors qu'il méprisait lui-même ces dieux de pierre, et il défia Abû Jahl de faire quoi que ce soit contre lui. Et pour se proclamer publiquement protecteur de Mohammad, Hamzah prononça à haute voix la profession de Foi islamique: «Il n'y a pas de dieu, si ce n'est Le Vrai Dieu Unique; et Mohammad est Son Prophète». Sur ce, il se déclara Musulman. Dès lors il s'avéra être un Musulman ferme jusqu'à la fin de sa vie.

Ce fut là un très heureux événement pour Mohammad et pour les Musulmans, spécialement à ce moment critique où les choses tournaient si mal pour le petit groupe de Musulmans que l'adhésion d un tel notable à leur cause, adhésion qui constitua une vraie main secourable tendue par le Ciel.(47)

'Omar Accepte la Mission de Tuer Mohammad

Ayant subi cette humiliation que lui avait infligée Hamzah, Abû Jahl décida de mettre un terme, une fois pour toutes, aux innovations contagieuses de Mohammad, et fixa une récompense de cent chameaux ou de mille onces d'or, payée comptant, pour la tête de Mohammad. 'Omar Ibn al-Khattâb, qui était aussi viscéralement hostile à Mohammad qu'Abû Jahl, son oncle maternel se proposa de gagner la prime de ce crime de sang.(48) Il avait à l'époque trente-trois ans. Il prit donc son épée et se dirigea vers la maison d'al-Arqam.

En chemin, 'Omar rencontra Sa'd Ibn Abî al-Waqqâç à qui il lui fit par de son projet, ne sachant pas qu'il était un adepte de Mohammad. Sa'd le mit d'abord en garde contre le risque qu'il courait, puis il lui conseilla d'aller voir en premier lieu sa propre sur et son mari qui étaient déjà des adeptes de Mohammad. 'Omar, se rendant compte de la sagesse de cet avertissement, se tourna vers la maison de sa sur, où il entendit un cours d'enseignement du Coran dispensé par un Khabbâb à sa sur Âminah, et à Sa'îd Ibn Zayd, son mari. Il entra brusquement dans la maison fonça tout droit sur Sa'îd, engagea un corps à corps avec lui, et le jetant à terre où il tomba sur le dos, il s'assit sur sa poitrine. Là, sa sur intervint. Elle reçut à son tour une claque qui la fit saigner, mais dans un accès de colère elle cria. «Ô fils de Khattâb! Fais ce que tu voudras! J'ai vraiment changé de Foi», et elle avoua qu'ils étaient tous deux - elle et son mari sans aucun doute Musulmans.

La Conversion de 'Omar

Ayant honte de l'avoir acculée à une telle effronterie, 'Omar s'écarta et lui demanda de réciter ce qu'elle apprenait. Elle récita les versets avec une solennité qui affecta le fond de son cur. Le passage qu'elle lui avait récité était les quatorze premiers versets de la Sourate Tâhâ.

'Omar fut stupéfait par la langue, qui avait un effet surnaturel auquel il ne put résister lui-même. A la fin, il leur demanda à tous les deux de le conduire à Mohammad. Khabbâb qui s'était caché dans la maison en voyant 'Omar foncer vers eux, sortit alors de sa cachette. Ils amenèrent tous les trois 'Omar à la maison d'al-Arqam où il croisa Hamzah à la porte. Il fut conduit auprès du Prophète. 'Omar était si intimidé qu'il frémissait devant le Prophète qui le tint par la main et dit: «Ô Omar! Veux-tu continuer jusqu'à ce que Dieu envoie sur toi une calamité et un châtiment comme IL l'a fait avec al-Walîd Ibn Moghîrah?», et il l'appela à l'Islam, qu'il accepta tout de suite en prononçant sa Profession de Foi (les Chahadatayn). La conversion de 'Omar eut lieu seulement trois jours après que Hamzah se fut proclamé Musulman, la sixième année de la Mission.

La Délégation de Quraych auprès d'Abû Tâlib

Après la conversion de Harnzah et de 'Omar, le Prophète prit deux fois le risque de faire ses prières avec ses adeptes publiquement à la Ka'bah, et la nécessité de tenir les rassemblements religieux dans le secret, notamment chez al-Arqam, ne s'imposait plus.(49) Il réapparut donc publiquement pour prêcher, et l'Islam faisait des progrès sûrs parmi les différentes tribus arabes. Cela ne manquait pas de faire enrager plus que jamais les Quraych. Désormais, ils changèrent de tactique et pensèrent qu'il était plus sage de s'approcher d'Abû Tâlib, l'oncle et le protecteur du Prophète, et le chef de sa famille. Ils le prièrent chaleureusement d'imposer silence à Mohammad, et en cas d'insuccès, de lui retirer sa protection. Abû Tâlib les calma d'une manière ou d'une autre, mais sans toutefois informer Mohammad de leurs exigences. Mohammad continua donc à accomplir son travail selon sa manière habituelle.(50)

Les Quraych se contentèrent d'observer pendant un certain temps, mais à la longue, n'ayant constaté aucun changement dans l'attitude de Mohammad, ils perdirent patience. Ils se rendirent de nouveau, en groupe, chez Abû Tâlib, et lui demandèrent, sur un ton menaçant, ou bien de convaincre son neveu de s'abstenir d'attaquer leurs dieux, ou bien de le laisser seul. Abû Tâlib convoqua alors son neveu et lui fit part de tout ce dont les Quraych le chargeaient. Il lui suggéra de modérer ses attaques contre les Quraych afin d'éviter un conflit familial.

Mohammad mit en avant ses convictions avec force et dit fièrement qu'il ne se permettrait pas de désobéir aux Commandements de Dieu, et qu'il était décidé à les appliquer jusqu'aux derniers moments de sa vie: «Même s'ils mettaient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche, dit-il, pour me faire abdiquer ma tâche, je ne le ferais pas, et ce jusqu'à ce que Dieu la couronne de succès, ou que je me sacrifie pour elle» ("Abul-Fidâ'").

Mohammad pensa que son oncle voulait lui retirer sa protection pour éviter un conflit familial. Aussi lui dit-il qu'il ne comptait que sur la protection et d'aide de Dieu, le Tout-Puissant, même si son oncle n'était pas désireux de continuer de se charger de la défendre.

Ayant dit cela, Mohammad se tourna pour s'en aller, le cur serré, mais Abû Tâlib le retint, et sans plus discuter, lui promit de s'élever lui-même contre tous ses ennemis et de le défendre jusqu'à sa mort contre toutes les agressions. Abû Tâlib crut lui-même aux convictions de son neveu, et en conséquence il fit comprendre aux Mecquois que son neveu était réellement un Messager de Dieu et que pour cela, ils devraient le considérer comme leur dirigeant et guide spirituel.(51)

Avec cette réponse froide d'Abû Tâlib, les Mecquois ne savaient plus quoi faire contre Mohammad et ses adeptes. Abû Sufiyân, le chef des Omayyades, saisit l'occasion pour jeter le discrédit non seulement sur Mohammad ou sur tel ou tel de ses proches parents qui avaient épousé sa Foi, mais sur toute la lignée de Hâchim qui, bien que ne partageant pas ses croyances, le protégeait par solidarité clanique.

Evidemment l'hostilité d'Abû Sufiyân n'était pas suscitée simplement par sa haine personnelle ou par ses scrupules religieux, mais par rivalité familiale. II avait l'ambition de transférer à sa propre famille les honneurs de la cité, si longtemps accaparés par les Hachimites. (W. Ivring, "Life of Mohammad", p. 56). D'après les témoignages historiques disponibles c'est à cette époque-là que l'opposition à la propagation de la Foi de Mohammad atteignit son paroxysme.

L'Interdiction et la Mise au Ban

Poussés par Abû Sufiyân, les chefs des différentes familles décidèrent de former une ligue pour couper tous contacts avec Mohammad, ses adeptes et les Hâchimites qui avaient refusé de se séparer de Mohammad. Ils prirent l'engagement solennel de n'avoir aucune sorte de relation commerciale avec eux - ne rien leur acheter et ne rien leur vendre - et de ne contracter aucune alliance matrimoniale avec eux. La septième année de la Mission (environ 616 ap. J. -C.) cette Convention fut rédigée, signée et scellée. Et pour lui conférer une valeur solennelle, elle fut conservée dans la Ka'bah.(52)

Abû Tâlib amena alors Mohammad à son logement connu sous la dénomination de Chi'b Abî Tâlib. Les Hâchimites soumis eux aussi au boycottage à cause de Mohammad, se retirèrent au même endroit. L'un d'entre eux seulement, Abû Lahab, s'en sépara et fit cause commune avec les Mecquois.(53)

Désormais les Hâchimites, mis au ban de la société, furent entièrement éloignés du reste des habitants de leur ville. Ils devinrent des gens excommuniés, condamnés à souffrir toutes les privations. Même la forteresse de Chi'b Abî Tâlib était occasionnellement assiégée par les Quraych afin de renforcer le blocus et de prévenir toute possibilité d'approvisionnement. Les Hâchimites se virent ainsi acculés à la famine pour cause de manque de provisions qu'ils ne pouvaient acquérir qu'à des prix exorbitants chez des commerçants étrangers pendant les jours de Trêve, c'est-à-dire aux mois de Rajab et de Thilhaj de chaque année.

Ils étaient constamment surveillés par les Quraych et n'osaient pas sortir dehors. Abû Tâlib craignait même des assassinats nocturnes. Aussi était-il toujours sur ses gardes et changeait-il souvent la chambre à coucher de Mohammad par mesure de précaution contre une attaque surprise. Cet état des choses dura environ trois ans. II commença vers la fin de la septième année de la mission et se termina la dixième année, où Mohammad atteignit l'âge de cinquante ans.

Il est à noter ici que pendant ces années-là le Prophète ne négligea pas sa Mission. Il s'appliquait à l'amélioration des mentalités de ses proches en prêchant le Monothéisme afin de rendre plus effective leur soumission à sa Foi, et chaque fois qu'il lui arrivait de sortir pendant les jours de Trêve, il se mêlait aux pèlerins, effectuait ses prêches parmi eux, exposait ses doctrines et annonçait ses révélations dans des occasions propices.

Quelques-uns des Miracles les Plus Remarquables

«De cette façon - écrit W. Ivring dans son livre "Life of Mohammad", pp, 57- 60 - il fit de nombreux convertis qui à leur retour dans leurs régions respectives apportèrent avec eux les germes de la nouvelle religion. Parmi ces convertis on comptait même des princes ou des chefs de tribu dont l'exemple fut suivi par leurs partisans. Les légendes arabes font un récit fastueux de la conversion de l'un de ces princes, laquelle conversion, étant en rapport avec l'un des miracles les plus notables de Mohammad, mérite d'être racontée:

»Le prince en question était Habîb Ibn Mâlik, surnommé le Sage en raison de sa vaste connaissance et érudition, puisqu'il est présenté comme étant versé profondément dans la magie et les sciences et comme connaissant parfaitement toutes les religions jusqu'à leurs fondements mêmes, ayant lu tout ce qui avait été écrit à leur propos et ayant acquis une information pratique les concernant après avoir appartenu tour à tour au Judaïsme, au Christianisme et au Zoroastrisme. Il est vrai qu'il avait eu largement le temps pour acquérir des connaissances si vastes et des expériences si larges, puisque, selon la légende arabe, il vécut cent quarante ans. Un jour, il vint à la Mecque à la tête d'une puissance armée, forte de vingt mille hommes, amenant avec lui une belle jeune fille, Satihah, pour qui il offrit des prières à la Ka'bah, parce qu'elle était devenue sourde, muette, aveugle, et privée de l'usage de ses membres.

»Toujours selon la légende, Abû Sufiyân et Abû Jahl pensèrent que la présence de ce prince très puissant, très idolâtre, très âgé et très sage à la tête d'une armée si formidable, constituait une occasion favorable de provoquer la ruine de Mohammad. Par conséquent, ils informèrent Habïb le Sage de l'hérésie du prétendu prophète et obtinrent de lui qu'il le convoquât à son campement dans la vallée de "Flints", pour qu'il justifiât ses croyances. Ils espéraient ainsi, qu'en s'obstinant dans l'erreur, Mohammad s'attirerait la mort ou le bannissement.

»La légende fait un conte somptueux de la parade des Quraychites idolâtres, fièrement ornés, à cheval et à pied, conduits par Abû Sufiyân et Abû Jahl, venus assister à la grande inquisition dans la Vallée de "Flints", et de la façon orientale dont ils furent reçus par Habîb le Sage, assis sous une tente de tissu cramoisi, sur un trône d'ébène incrusté d'ivoire et de santal, et couvert de plaques d'or.

»Mohammad était dans la maison de Khadîjah lorsqu'il reçut la sommation de comparaître devant ce formidable tribunal. Khadîjah criait fort ses avertissements et ses filles s'accrochèrent à son cou, pleurant et se lamentant, car elles pensaient qu'il allait à la rencontre de sa mort certaine. Mais il apaisa gentiment leurs craintes et leur demanda d'avoir confiance en Allâh.

»A la différence des manières ostentatoires de ses ennemis, Abû Sufiyân et Abû Jahl, il s'approcha de la scène du procès en vêtements simples, habillé d'une longue chemise blanche, d'un turban noir et d'un voile fait d'étoffe d'Aden. Ses cheveux tombaient au-dessous de ses épaules, la lumière mystérieuse de la prophétie rayonnait sur son visage, et bien qu'il n'eut pas oint sa barbe ni utilisé aucun parfum excepté un peu de musc et de camphre sur les poils de sa lèvre supérieure, partout où il passait, un parfum doux répandait autour de lui et exhalait de sa personne.

»Une crainte silencieuse régna dans l'assemblée lorsque le Prophète s'approcha. Pas un murmure, pas un chuchotement. Les animaux sauvages même parurent se plaire dans le silence; les hennissements des coursiers, les cris des chameaux et les braiments des ânes avaient cessé.

»Le vénérable Habîb le reçut gracieusement. Sa première question était déjà prête: "Ils disent que tu prétends être envoyé par Dieu. Est-ce ainsi?" "Certainement, Allâh m'a envoyé pour proclamer la Véritable Foi", répondit-il.

»Bien, répliqua le Sage, prudent. Mais chaque prophète a donné la preuve de sa Mission par des signes et des miracles. Noé avait son arc-en-ciel; Salomon, son anneau mystérieux; Abraham, le feu de la fournaise qui devint froid sur son ordre. Ismâ'îl, le bélier qui fut sacrifié à sa place; Moïse, son bâton magique, et 'Issâ ressuscitait les morts et calmait les tempêtes par de simples mots. Donc, si tu es vraiment un prophète, fais nous un miracle en guise de preuve.

»Les partisans de Mohammad tremblèrent de peur pour lui lorsqu'ils entendirent cette demande, et Abû Jahl battit des mains et exalta la sagacité de Habîb le Sage. Mais le Prophète le réprimanda avec mépris. "Paix! Chien de ta lignée! Disgrâce de ta famille et de ta tribu!" Puis, il se mit calmement à exécuter les désirs de Habîb.

»Le premier miracle demandé à Mohammad consistait à révéler ce que Habîb gardait dans sa tente et pourquoi il l'avait amené à la Mecque.

»Sur ce, dit la légende, Mohammad se pencha vers le sol et traça des figures sur le sable. Puis, relevant la tête, il répondit: "Ô Habîb! Tu as amené ici ta fille, sourde-muette, estropiée et aveugle, Satihah, dans l'espoir d'obtenir du Ciel qu'elle soit soulagée. Va à ta tente, parle-lui et écoute sa réponse, et sache que Dieu est Tout-Puissant".

»Le vieux prince se dépêcha vers sa tente. Sa fille le reçut d'un pas léger et les bras ouverts, en possession de toutes ses facultés: ses yeux rayonnaient de joie, son visage dessinait un sourire et elle paraissait plus belle que la lune d'une nuit sans nuage». (W. Irving)

Le Miracle de la Disjonction de la Lune

Le second miracle que Habîb avait demandé au Prophète de réaliser c'était de faire couvrir le ciel de midi de ténèbres surnaturelles et de faire apparaître la lune au-dessus de la Ka'bah. Le Prophète pria. Tout d'un coup une noirceur complète couvrit la lumière de jour et l'orbe glorieux de la lune brilla sur le sanctuaire. Le Prophète fit un signe de son doigt et l'orbe fut coupé en deux moitiés de sorte que la montagne d'Abû Qubays se dressa entre elles. Un peu plus tard, il fit de nouveau un signe et les deux moitiés se rejoignirent.(54) Quelques fissures profondes sont toujours visibles sur le disque de la lune, comme si elles voulaient indiquer les traces de la réunion de deux parties.

Le prince et quatre cent soixante-dix de ses partisans, ainsi qu'un grand nombre de Mecquois, ayant été parfaitement convaincus, embrassèrent la foi du Prophète. Abû Jahl et Abû Sufiyân s'écrièrent que tout cela n'était qu'un ensorcellement de Mohammad; ils étaient des incroyants endurcis. On dit que les événements ci-dessus relatés eurent lieu cinq ans avant l'Emigration.(55)

La Fin Miraculeuse de la Mise au Ban

A la fin de la troisième année de l'Interdiction - la dixième année de la Mission - Mohammad informa Abû Tâlib qu'Allâh avait montré Sa Désapprobation de la Convention dirigée contre Lui et qu'IL avait envoyé des fourmis pour dévorer chaque mot du Document placé dans la Ka'bah, à part Son propre Nom qui y figurait. Abû Tâlib, ayant cru son neveu comme receveur des Révélations du Ciel, alla voir les Quraych sans hésitation et il leur raconta ce que Mohammad lui avait dit à propos du document, en leur disant que si l'information qu'il leur rapportait se vérifiait après l'examen du document, ils devraient s'engager à se retirer de leur convention et à abandonner leurs hostilités contre Mohammad et ses partisans, et si elle s'avérait fausse, il s'engagerait pour sa part à leur livrer Mohammad.

Mot'im Ibn 'Adî, Zam'ah Ibn Aswad, Abul-Bakhtari et quelques autres parmi les voisins des Quraych, qui étaient affligés pour les lamentations douloureuses des enfants quasi faméliques des Hâchimites mis au ban de la société et sympathisaient avec eux dans leurs souffrances, accompagnèrent Abû Tâlib pour s'assurer que sa demande juste ne fût pas refusée par les Quraychites. La proposition d'Abû Tâlib fut toutefois volontairement acceptée par tout le monde. Tous ensemble allèrent inspecter le document. Et à leur grande surprise, ils le virent dévoré par les fourmis. Il n'en restait que le Nom d'Allâh. Abû Tâlib fut transporté de joie devant ce miracle accompli par un acte surnaturel en faveur du Prophète Mohammad, alors que les Quraych semblaient confus et hébétés. Ils dirent que c'était un ensorcellement fait par Mohammad; mais devant la persistance d'Abû Tâlib et de ses partisans, ils finirent par céder et déclarer le document nul et non avenu. Le bannissement étant annulé, tous les Hâchimites regagnèrent leurs maisons, et Mohammad (Que la paix soit sur lui et sur sa famille) fut une fois de plus libre.

LES ANNÉES PRÉCÉDANT L'ÉMIGRATION

Le Retour des Émigrés d'Abyssinie

Lorsque les mesures d'interdiction imposées par les Quraych aux Musulmans furent élevées, et que les Hâchimites devinrent libres d'avoir des relations commerciales avec les citoyens de la Mecque, des nouvelles parvinrent en Abyssinie faisant état de l'instauration de la paix entre Mohammad et les Mecquois. Et étant donné que les Émigrés en Abyssinie avaient une grande envie de revoir leurs foyers, ces nouvelles constituèrent un événement heureux. Par conséquent, vingt-neuf émigrants, dont 'Othmân et sa femme Ruqayyah, qui étaient les plus soucieux de retourner chez eux, mirent fin à leur exil et regagnèrent la Mecque en l'an dix de la Mission. Ils constatèrent que les choses n'avaient pas changé et qu'elles étaient telles qu'ils les avaient laissées lorsqu'ils avaient pris la fuite. Aussi demandèrent-ils la protection de quelques Mecquois dignes de confiance, et ils vécurent ainsi à la Mecque jusqu'à ce que le Prophète leur ordonnât d'émigrer à Médine.

D'autres émigrés retournèrent d'Abyssinie en l'an cinq de l'émigration du Prophète à Médine. Quant à Ja'far Ibn Abî Tâlib et une vingtaine dé ses proches, ils ne revinrent qu'en l'an sept de l'émigration, alors que le Prophète était engagé dans une guerre contre les Juifs de Khaybar.

La Mort d'Abû Tâlib

A l'âge de cinquante ans, et en l'an dix de la Mission, quelques mois après la levée de l'interdiction, le Prophète perdit son oncle affectueux, Abû Tâlib, qui mourut à l'âge patriarcal de quatre-vingt sept ans - un oncle qui l'avait nourri pendant son enfance, éduqué pendant sa jeunesse, l'avait installé dans une vie familiale confortable lorsqu'il avait grandi, l'avait protégé et défendu fermement contre la foule de ses ennemis. Mohammad ressentit donc profondément cette perte.

L'attitude d'Abû Tâlib envers son neveu Mohammad, décrite dans les pages précédentes, ainsi que certains de ses vers encore préservés prouvent, selon Abul-Fidâ', qu'il avait cru en Mohammad et l'avait reconnu comme le vrai Prophète de Dieu, et qu'il avait cru et reconnu sa religion comme la meilleure de toutes les religions de l'univers. Il ne fait pas de doute qu'Abû Tâlib mourut vraiment en croyant, ayant sur les lèvres la profession de foi musulmane. Les vers suivants, parmi bien d'autres qui lui sont attribués, prouvent clairement sa croyance en Mohammad:

«Je crois que la Foi de Mohammad est la meilleure de toutes les religions de l'univers».

«Ne voyez-vous pas que nous trouvons Mohammad Prophète comme Mûsâ. Il est déjà prédit dans les précédentes Ecritures».

«A lui est le visage illuminé de l'intermédiaire pour la tombée des pluies(56); il est une fontaine pour les orphelins et un protecteur pour les veuves».

«Les gens ont eu connaissance de ses mérites vertueux, et n'ont pas pu lui trouver un égal dans l'humanité».

«Humble, vertueux, sage et prudent, ne lui est pas indifférent Celui qu'il aime».

«Pour l'exalter, IL fit dériver son nom du Sien: alors que le Maître du Trône s'appelle Mahmûd, IL l'a nommé Mohammad».

L'Année du Deuil

Mohammad ne tarda à souffrir d'une autre perte encore plus pénible. Trois jours seulement après la mort d'Abû Tâlib, sa femme bien-aimée, Khadîjah, rendit le dernier soupir, laissant derrière elle sa fille unique, Fâtimah. Sa disparition rendit Mohammad inconsolable, vu son attachement profond à la disparue.

«Mohammad pleura à chaudes larmes sur sa tombe et porta les vêtements de deuil pour elle et pour Abû Tâlib. C'est pour cela que cette année fut appelée l'Année du Deuil». (W. Irving)

Khadîjah avait été le soutien puissant de la cause de son mari, et sa bienfaitrice. Elle avait été la première, avant tout le monde, à accepter la vérité de sa Mission Divine, et elle avait cru en lui comme étant le Prophète de Dieu. Mohammad l'avait traitée avec un respect considérable qui avait été payé de retour par la haute estime qu'elle avait éprouvé pour lui. C'est dans ce respect mutuel qu'ils avaient joui de leur vie conjugale pendant vingt-cinq ans. Il garda dans sa mémoire le souvenir de sa bonté et de sa foi ferme, jusqu'à sa mort, et il la reconnut comme étant l'une des quatre femmes à la foi parfaite par lesquelles Dieu avait daigné bénir cette terre; il s'agit d'Asiya, la femme du Pharaon, Maryam, la mère de 'Isâ, Khadîjah, la femme de Mohammad, et Fâtimah, sa fille et l'épouse de 'Alî Ibn Abî Tâlib.

Le Prophète à Tâ'if

Après la mort des deux meilleurs soutiens de Mohammad, les Quraych devinrent plus méchants et plus menaçants que jamais auparavant. Le Prophète commença à sentir que sa position à la Mecque était de plus en plus intenable.(57) Aussi se décida-t-il à chercher refuge ailleurs. Il partit donc avec Zayd, son esclave affranchi, à Tâ'if, l'une des forteresses de l'idolâtrie, située à cent vingt kilomètres à l'est de la Mecque, et où l'image de pierre d'Al-Lât, couverte de gemmes et de bijoux, faisait l'objet d'adoration. Le Prophète y prêcha ses doctrines pendant une semaine. Les adorateurs de l'idole que Mohammad dénonçait furent très irrités et ils le jetèrent hors de la ville, meurtri et en sang, l'ayant poursuivi et lapidé jusqu'à ce qu'il trouvât refuge dans un clos appartenant à un certain noble Mecquois.

Découragé profondément par cette attitude brutale des habitants de Tâ'if, Mohammad rebroussa chemin pour regagner la Mecque.

Des Djinns embrassent l'Islam

Sur le chemin du retour, il fit halte, une nuit, à Nakhlah où, alors qu'il récitait après ses prières habituelles quelques versets coraniques, un groupe de sept ou neuf djinns, qui se dirigeaient vers le Yémen, passa par là. Ils semblèrent touchés par le ton mélodieux et l'excellence des paroles de la récitation, et apparaissant devant le Prophète, ils acceptèrent ses doctrines. A leur arrivée à destination, ils les propagèrent parmi les leurs, lesquels embrassèrent l'Islam:

«Lorsque Nous avons amené devant toi un groupe de djinns écoutant le Coran, et qu'ils furent présents, ils dirent (les uns aux autres): "Ecoutez" et quand ce fut terminé, ils retournèrent en prêcheurs auprès de leur peuple.

»Ils dirent: "Ô notre peuple! Nous avons entendu la lecture d'un Livre révélé après Mûsa: il confirme les précédents, guide vers la vérité et vers le chemin droit.

»Ô notre peuple! Répondez à celui qui appelle à Dieu! Croyez en Lui! IL vous pardonnera vos péchés et IL vous préservera d'un châtiment douloureux.

»Quiconque ne répond pas à celui qui appelle à Dieu ne pourra pas frustrer (la vengeance de Dieu) sur la terre; et il n'y aura pas de protecteur en dehors de Lui. Ceux-là sont dans un égarement manifeste» (Sourate al-Ahqâf, 46: 29 - 32).

Le Prophète de Nouveau à la Mecque

A l'aube, Mohammad se remit en route toujours en direction de la Mecque, et une fois arrivé à la montagne de Hirâ', il s'y arrêta et envoya Zayd pour négocier avec quelques concitoyens amis leur protection, étant donné qu'il ne pouvait s'aventurer dans cette ville où son retour risquait d'être indésirable pour les autres et dangereux pour lui-même. Après de longues négociations, Zayd réussit cependant à s'assurer l'aide de Mot'im Ibn 'Adî, l'un de ceux qui s'étaient rangés du côté d'Abû Tâlib pour obtenir la levée des mesures d'interdiction imposées aux Hâchimites. Ainsi, Mot'im Ibn 'Adî vint voir Mohammad, lui offrit la sécurité et l'amena à sa propre maison à la Mecque.

Désormais le Prophète pouvait apparaître publiquement seulement pendant la période de trêve, soit aux mois de Rajab et Thilhaj, et prêcher les doctrines de sa Foi aussi bien aux pèlerins qu'aux Mecquois. Abû Lahab et Abû Jahl, les ennemis invétérés de Mohammad et de sa Foi le suivaient et le contredisaient. Ils postèrent des Quraychites sur les routes des pèlerins pour mettre ceux-ci en garde contre Mohammad en le présentant comme un magicien dangereux.

Les Fiançailles avec 'Âyechah

Depuis la mort de Khadîjah, à qui il avait été très attaché, Mohammad semblait sombre et affligé. Abû Bakr, qui guettait une occasion pour cimenter son amitié avec lui ne pouvait pas perdre cette chance inespérée pour tenter de le consoler. Aussi lui offrit-il sa fille 'Âyechah en mariage. Bien qu'elle n'eût encore que sept ans, les coutumes reconnaissaient cependant une telle alliance. Sur les sollicitations réitérées et persuasives d'Abû Bakr, Mohammad finit par consentir à ce mariage, tout en se contentant pour le moment uniquement des fiançailles; la consommation du contrat aura lieu à Médine après l'Émigration.(58) C'était là un acte de clairvoyance caractéristique d'Abû Bakr.

A l'exemple d'Abd Bakr, 'Omar aussi était désireux d'avoir une influence semblable dans la vie conjugale du Prophète; et il finira plus tard par marier sa fille Hafçah au Prophète, mariage dont nous parlerons en une autre occasion, plus loin.

Les Hommes de Médine Embrassent l'Islam

La onzième année de la Mission du Prophète, et alors qu'il prêchait à 'Aqabah, entre Mina et 'Arafât, six Khazrajites de Yathrib (Médine), venus accomplir le pèlerinage à la Mecque, l'écoutèrent attentivement.(59) Ayant entendu patiemment les principes fondamentaux de la Foi de Mohammad et ses propres sentiments, ils furent frappés par la véracité de ses paroles et embrassèrent l'Islam en conséquence.

A leur retour à Yathrib, ils diffusèrent les doctrines de l'Islam parmi leur peuple et parlèrent de leur conversion à la Foi de Mohammad avec beaucoup de louanges pour sa vérité, son caractère saint, son amour fraternel, sa conduite pacifique et sa personnalité attirante.

Le Premier Serment de 'Aqabah

L'année suivante(60), soit la douzième année de la Be'thah (Mission), sept autres personnes, attirées par curiosité, après avoir entendu les rapports des six premiers convertis, quittèrent Yathrib pour la Mecque, en compagnie de cinq personnes parmi ceux qui avaient embrassé l'Islam l'année précédente. Ils rendirent visite au Prophète au même endroit, à 'Aqabah et furent très contents de ses enseignements.

Ils embrassèrent sa Foi et lui prêtèrent serment de ne reconnaître aucun autre dieu que l'Omniscient, l'Omniprésent et l'Unique Seigneur, Allâh, d'obéir au Messager de Dieu quant à ses commandements consistant à observer scrupuleusement les prières et à mener une vie sans péché, c'est-à-dire ne pas commettre l'adultère, ni la fornication, ni l'infanticide, ni le vol, et à s'abstenir de la calomnie et de la diffamation.

Ce serment est connu dans l'histoire comme le Premier Serment de 'Aqabah. Les douze hommes, ayant prêté serment d'allégeance au Prophète et à sa Foi, retournèrent à Yathrib, à environ quatre cent dix kilomètres au nord de la Mecque, en tant que propagateurs de l'Islam. Deux disciples du Prophète, Moç'ab Ibn 'Omayr, un petit-fils de Hâchim, et 'Abdullâh Ibn Om Maktum, furent envoyés avec eux pour enseigner le Coran et les doctrines fondamentales de l'Islam. Ces propagateurs furent chargés d'informer le Prophète des résultats de leurs efforts au même endroit lors de la prochaine saison du pèlerinage.

Le Mi'râj

Le 27 Rajab de la douzième année de sa Mission, alors que Mohammad venait de terminer ses prières de nuit à la maison de sa cousine, Om Hânî, la fille d'Abû Tâlib, et que les habitants de la Mecque dormaient déjà, l'Ange Gabriel apparut devant lui et l'amena à la Ka'bah. Là, il le fit monter sur un cheval nommé Borâq, et le conduisit à Jérusalem, où ils descendirent dans le temple. Après y avoir dirigé la Prière en assemblée d'un groupe de prophètes envoyés avant lui. Mohammad enfourcha de nouveau son cheval et fut transporté aux cieux où on lui montra les beautés du Paradis et les horreurs de l'Enfer.

Il vit parmi les Lumières célestes - où il reçut de Dieu de nouveaux Préceptes et Commandements, ainsi que l'ordre pour sa Ummah de faire cinq prières quotidiennes obligatoires - son propre nom inscrit avec celui de 'Alî dans la Profession de Foi musulmans: «Il n'y a de dieu que Dieu l'Unique, Mohammad est Son prophète avec 'Alî comme sa Main Droite».(61)

«Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée (de Jérusalem) dont Nous avons béni l'enceinte, et ceci pour lui montrer certains de Nos Signes. Dieu est vraiment Celui qui entend et qui voit parfaitement». (Sourate Banî Isrâ'îl, 17: 1).

Aucun Musulman ne doit avoir le moindre doute sur ce voyage nocturne. Il y a encore l'empreinte du pied du Prophète sur la pierre d'une roche à Jérusalem, roche sur laquelle il était monté pour enfourcher Borâq et effectuer son voyage aux cieux. La Mosquée construite par le calife 'Omar en vue de préserver la mémoire de l'empreinte sur la pierre se dresse toujours là.

Mais il y a cependant quelques personnes notables qui n'ont pas cru à l'ascension corporelle du Prophète aux Cieux. Ces personnes croient à un voyage plutôt spirituel dans lequel l'esprit du Prophète aurait vu les choses décrites ci-dessus. Ce point de vue a été soutenu notamment par 'Âyechah, la fille d'Abû Bakr al-Çiddîq et l'une des femmes du Prophète, ainsi que par Mu'awiyeh, le célèbre fils d'Abû Sufiyân.

Il ne serait pas déplacé de noter ici qu'à l'époque où l'ascension eut lieu 'Âyechah était une enfant d'environ sept ans, vivant avec ses parents et ses proches, et non avec le Prophète qu'elle ne rejoignit comme épouse qu'environ deux ans plus tard à Médine. Le père de 'Âyechah, Abû Bakr, croyait pourtant à l'ascension corporelle du Prophète, et d'aucuns disent même que le titre d'al-Çiddîq, ou le véridique, lui fut décerné spécialement pour avoir corroboré l'histoire de l'ascension.

«Moç'ab Ibn Zobayr et d'autres dirent que les gens s'accordèrent à l'appeler al-Çiddîq (témoin de la vérité) parce qu'il avait vite témoigné que Mohammad était le Prophète de Dieu». ("History of Califat", p. 25, traduc. anglaise par Major Jarret de "Târîkh al-Kholafâ'" d'al-Suyûtî)

Mu'âwiyeh n'était pas encore né lors de l'ascension. Il naquit un an plus tard (l'année où le Prophète se réfugia dans la grotte de parents païens qui étaient les ennemis mortels du Prophète à l'époque. Il se convertit à l'Islam dix ans plus tard.

La Propagation de l'Islam à Médine

La terre de Yathrib s'avéra très fertile pour l'Islam. Moç'ab Ibn 'Omayr commença vite, après son arrivée à Yathrib, à prêcher publiquement la nouvelle religion du Prophète Mohammad; et il put, grâce à l'assistance et à l'exemple des douze propagateurs de cette Foi, réaliser un grand succès. Les gens, qui attendaient déjà quelqu'un qui avait été promis dans les Ecritures, identifièrent Mohammad comme étant le Prophète attendu lorsqu'ils entendirent parler de lui et de ses doctrines.

Beaucoup d'entre eux ne tardèrent pas à embrasser l'Islam. Osays Ibn Hozayr, un noble de cette ville, et Sa'd Ibn Mo'az, le prince de la tribu de Aws, furent les premières personnalités importantes à se convertir, et leur exemple fut suivi par toutes leurs grandes familles connues sous le nom de Banî 'Abd al-Ach-hal. De même Abû Qays et la plupart de ses partisans se convertirent un peu plus tard.

Le Second Serment de 'Aqabah

L'année suivante, la treizième année de la Bi'thah (Mission), au mois de Thilhaj - jours de célébration joyeuse à la Mecque - soixante-treize hommes et deux femmes parmi les convertis de Aws et de Khazraj de Yathrib accompagnèrent Moç'ab Ibn 'Omayr à la Mecque, dans une caravane juive de trois ou cinq cents pèlerins conduits par leur chef Ibn Obay. Dès leur arrivée à la Mecque, ils se rendirent auprès du Prophète, lui présentèrent leurs profonds respects, et lui firent part de leur désir de le voir les accompagner à Yathrib.

L'invitation était une aubaine - une bénédiction du Ciel - à un moment où les Quraych, ayant échoué dans leurs tentatives d'endiguer la progression de la religion de Mohammad et de faire échec à la propagation de l'influence grandissante des Musulmans un peu partout, commençaient à envisager le recours à la violence ouverte et même à l'assassinat du Prophète. Il était donc imprudent que Mohammad restât plus longtemps à la Mecque.

Pour examiner la proposition des convertis de Yathrib, on fixa un autre rendez-vous à 'Aqabah la troisième nuit, c'est-à-dire une nuit après le jour du Sacrifice. En se rendant au rendez-vous, le Prophète se fit accompagner par son oncle al-'Abbâs, devenu à présent le chef de la famille et le protecteur officiel de Mohammad. Il observait silencieusement le déroulement de la conférence. Les Yathribites s'engagèrent à protéger le Prophète contre ses ennemis et contre tous les périls. Ils manifestèrent leur désir d'entendre le Prophète donner sa parole que s'il venait à être réclamé par les habitants de sa ville natale, il n'abandonnerait pas ses nouveaux alliés. Il leur promit d'être (et leur demanda de le considérer) désormais comme l'un d'entre eux, lié par les liens d'intérêt, d'honneur et de sang. Puis ils demandèrent quelle serait leur récompense s'ils étaient tués au service de cette cause.

A cette question le Prophète répondit que le Paradis serait la récompense de tous ceux qui mourraient en défendant le Prophète sur le chemin de l'Islam. Tout le monde fut très content des réponses du Prophète et réitéra son serment d'allégeance et de fidélité. Chacun des congressistes vint serrer la main du Prophète. Cet événement est connu dans l'histoire comme le Second Serment de 'Aqabah.

Ayant constaté le sérieux des Yathribites et leur adhésion dévouée à Mohammad, al-'Abbâs transféra solennellement la charge de la protection de Mohammad, de lui-même à ces derniers à Yathrib. Le pacte ayant été unanimement confirmé, l'émigration du Prophète à Yathrib (Médine) fut définitivement décidée.

Malgré tout le secret dont furent entourées les négociations de 'Aqabah, qui s'étaient déroulées en pleine nuit, un espion de Quraych vociféra dès la fin de la conférence qu'il allait les dénoncer.(62) Le prophète dit: «Ne le craignez pas! II est l'ennemi d'Allâh». Sur ce, l'assemblée se dispersa. Le matin suivant, alors qu'ils effectuaient leur voyage de retour chez eux, leur caravane fut poursuivie par les Mecquois, mais la poursuite fut infructueuse. Les Mecquois eurent beaucoup de craintes des conséquences des négociations de 'Aqabah et furent alarmés de voir Mohammad avoir des amis et protecteurs hors de leur portée.

L'Etablissement de la Fraternité

Maintenant le Prophète rassembla ses adeptes mecquois et établit entre chacun d'eux un lien de fraternité. Ainsi Abû Bakr et 'Omar furent réunis en deux frères; Hamzah devint le père de Zayd Ibn Hârithati. De la même façon un lien fraternel établit entre 'Othmân et 'Abd-el-Rahmân, Zubayr et Ibn Mâs'ûd, 'Obaydah Ibn Hârith et Bilâl; Talhah et Sa'îd Ibn Zayd, Moç'ab Ibn 'Omayr et Sa'd Ibn Abî Waqqâç, Abû 'Obaydah et Salîm... Le Prophète réserva sa fraternité à 'Ali.(63)





L'INTENTION DES QURAYCH D'ASSASSINER MOHAMMAD ET SA FUITE À MÉDINE

Le Commencement de l'Emigration à Médine

Les Quraych renouvelèrent désormais leurs persécutions avec plus de détermination et de férocité, spécialement contre les adeptes de Mohammad. Leur principal objectif était d'empêcher l'émigration de leurs compatriotes vers Médine. Toutefois, leur violence ne fit que précipiter cette émigration. Le Prophète, qui avait déjà établi un plan de sauvetage pour ses adeptes avec les hommes de Yathrib lors de leur prestation de serment d'allégeance solennel à 'Aqabah, et qui avait établi par groupes de deux adeptes un lien de fraternité afin de consolider leurs sentiments de sympathie réciproque, donna l'autorisation du départ pour Yathrib.

A peine avaient-ils reçu la permission d'émigrer que certains adeptes de Mohammad prirent le départ en direction de Yathrib. Ainsi, au printemps de la treizième année de sa Mission, commença la Hijrah ou l'Exode vers Yathrib. Les convertis Mecquois qui émigrèrent à Médine furent appelés Muhâjirin, alors que les hommes de Médine qui entreprirent la défense du Prophète contre ses ennemis furent dénommés les Ançar ou les Partisans. Plus tard tous les convertis de Médine se distinguèrent par le surnom de Ançâr. L'émigration continua calmement et discrètement, et en deux mois, environ cent cinquante Musulmans mecquois réussirent à gagner Médine. A la fin, le départ public de 'Omar en compagnie de vingt convertis parmi les siens, alarma les Quraych.

Le Prophète resta à la Mecque en attendant le commandement de Dieu concernant son émigration. 'Alî, son frère favori, et Abû Bakr restèrent seuls avec lui pour lui tenir compagnie.

La Conspiration en Vue d'Assassiner Mohammad

Entre-temps, les Quraych, assistant avec appréhension à l'exode des adeptes de Mohammad et s'alarmant des conséquences de la nouvelle alliance scellée entre le Prophète et ses adeptes d'une part, et les gens de Yathrib de l'autre, formèrent une conjuration en vue d'empêcher coûte que coûte sa fuite vers Yathrib. Aussi le maintinrent-ils sous une surveillance étroite et prirent-ils les mesures nécessaires pour qu'il restât a leur portée en vue de le mettre à mort. Ils tinrent un conseil pour discuter des moyens d'en finir avec lui une fois pour toutes. Quelqu'un proposa qu'il fût emprisonné dans une cellule n'ayant pour issue qu'un tout petit trou à travers lequel on lui passerait de très maigres repas jusqu'à ce qu'il meure. Un autre suggéra qu'il fût banni. Ces deux propositions furent rejetées par les autres de crainte qu'il réussisse à se dégager et à se venger. A la fin, ils décidèrent de pénétrer de force dans la maison de Mohammad, la nuit du même jour, et ils désignèrent un homme de chacune de leurs familles respectives pour participer à l'assassinat de Mohammad, et ce, afin de rendre difficile toute tentative des Hâchimites de se venger des meurtriers, étant donné qu'il leur serait impossible de courir le risque d'entrer en conflit avec toutes les familles dont un membre aurait pris part à l'attaque meurtrière.(64)

La conspiration secrète était en pleine action lorsque l'Ange Gabriel se rendit auprès du Prophète, l'informa du complot qui le visait, et lui communiqua l'autorisation d'Allâh d'émigrer de la Mecque à Médine cette nuit même. Cela est mentionné dans le Coran comme suit:

«Lorsque les incrédules complotèrent contre toi pour te garder (comme prisonnier), pour te tuer ou pour t'expulser; et qu'ils complotent (contre toi), mais Dieu complote (contre eux), et Dieu est le plus fort en complot (c'est-à-dire: la surveillance de Dieu déjoue les complots des méchants contre les vertueux)». (Sourate al-Anfâl, 10: 30).

La Fuite du Prophète

Pendant que les meurtriers commençaient à se rassembler devant la maison du Prophète, il avisa son cousin favori, 'Alî, du danger imminent et de son intention de quitter la maison une fois pour toute. Il ordonna à 'Alî de dormir à sa place dans son lit, et il le couvrit de son fameux manteau vert (de Mohammad). 'Alî s'exécuta sans hésitation aucune et Mohammad, récitant les huit premiers versets de la sourate de Yassîne du Saint Livre, se mit en route sans qu'aucun des assaillants ne le vît, comme s'ils avaient été frappés d'aveuglement(65):

«Et Nous avons placé une barrière devant eux et une barrière derrière eux. Nous les avons enveloppés de toutes parts pour qu'ils ne voient rien». (Sourate Yassîne, 36: 9)

«Lorsque les assassins furent assemblés, écrit W. Irving, ils s'arrêtèrent à la porte et, regardant à travers une fente, ils crurent apercevoir Mohammad drapé dans son manteau vert et dormant sur son lit. Ils attendirent un moment pour décider s'il fallait tomber sur lui pendant qu'il dormait ou attendre jusqu'à ce qu'il sorte. A la fin, ils firent irruption et coururent vers le lit. Le dormeur se leva, mais au lieu de Mohammad, c'était 'Alî, fils d'Abû Tâlib, qui se dressa devant eux. Stupéfaits et confus, ils demandèrent: "Où est Mohammad?" "Je ne sais pas", dit-il, et s'avançant, il ajouta: "Et personne n'a osé l'inquiéter».(66)

John Davenport décrit cet incident dans les termes suivants: «Après avoir assiégé la maison, les assassins y pénétrèrent de force, mais ayant trouvé au lieu de leur victime prévue, le jeune 'Alî attendant calmement et avec résignation la mort destinée à son chef, même ces hommes sanguinaires furent pris de pitié devant tant de dévotion. Aussi partirent-ils sans lui faire aucun mal».

Le Dévouement de 'Alî

Le dévouement de 'Alî au Prophète, en courant le risque, sans crainte aucune, de perdre sa vie, fut très apprécié de l'Omniscient Juge des hommes, Dieu le Miséricordieux, qui envoya les Anges Gabriel et Mikhâël pour le protéger contre la bande meurtrière, et IL informa le Prophète qui poursuivait sa route vers Médine, de Sa satisfaction de la résignation de 'Alî à Sa Volonté, dans les termes contenus dans le verset 207 de la Sourate al-Baqarah:

«Il en est un parmi les hommes qui se vend lui-même pour plaire à Dieu; et Dieu est bon envers Ses serviteurs».

La Grotte dans la Montagne de Thawr

En quittant la maison, le Prophète avait rencontré Abû Bakr à qui il avait demandé de l'accompagner. Tous les deux partirent à la faveur de la nuit et aussi rapidement qu'ils le purent vers le sud, direction opposée à celle de Médine vers laquelle les Mecquois avaient supposé naturellement qu'il s'était dirigé. Après environ une heure et demie de marche, ils atteignirent un sommet rocheux de la Montagne de Thawr, à travers un passage accidenté et difficile. Là, ils trouvèrent une grotte basse avec une ouverture qui suffisait à peine à leur passage l'un après l'autre. Abû Bakr y pénétra le premier, la nettoya et la balaya, laissant entrer ensuite le Prophète, pour y trouver tous deux refuge. Durant la nuit, une araignée tissa une toile épaisse devant l'ouverture de la grotte, et une végétation touffue poussa tout près, dans laquelle un pigeon déposa ses ufs et construit son nid. La grotte paraissait ainsi désertée depuis longtemps.

Les Quraych, exaspérés par la fuite réussie de leur victime désignée, fixèrent une récompense de cent chameaux pour la capture de Mohammad, mort ou vivant. Des éclaireurs furent engagés pour rechercher le fugitif dans toutes les directions. Ils explorèrent tous les repaires se trouvant dans un territoire de plusieurs kilomètres autour de la Mecque. Ils arrivèrent près de la grotte dans laquelle le Prophète s'était caché. Abû Bakr devint mal à l'aise et craignit le danger imminent d'être découvert. Il se mit à se lamenter et dit en tremblant au Prophète: «Et si nos poursuivants venaient à nous découvrir? Nous ne sommes que deux!» «N'aie pas peur! répliqua le Prophète. Allâh est avec nous». S'approchant de la grotte et voyant la providentielle toile d'araignée et le nid du pigeon avec ses oeufs, les éclaireurs des Quraych furent convaincus que l'endroit était désert depuis longtemps. Ils rebroussèrent chemin sans se donner la peine d'y regarder de plus prés.

L'Emigration du Prophète

Mohammad passa trois jours d'incertitude, avec une confiance constante et tranquille en Dieu, dans cette grotte située sur la roche aride de la région montagneuse sauvage, en compagnie d'Abû Bakr. A la fin du troisième jour, le zèle de la poursuite ayant diminué et la curiosité affairée de la première agitation s'étant atténuée, 'Alî leur fournit des chameaux avec un guide chargé de les conduire à Médine par un chemin non fréquenté. Le soir du lundi 5 Rabî' al-Awwal (ou 21 juin 622 ap. J. -C.), ils reprirent leur voyage.(67)

Le deuxième jour de leur voyage, alors qu'ils se sentaient hors de danger d'être poursuivis, ils(68) aperçurent loin derrière eux, un homme qui se rapprochait. Il s'agissait de Soraqah Ibn Mâlik qui, toujours alléché par la récompense fixée pour la capture du Prophète, n'avait pas cessé ses recherches. En le voyant, Abû Bakr commença de nouveau à crier: «Nous sommes perdus». Mohammad le réconforta, une fois encore, en lui disant: «N'aie pas peur! Allâh est avec nous».

Après quoi le Prophète pria Dieu de les protéger. Alors que leur poursuivant s'avançait, son cheval se cabra et tomba par terre, immobile. Le poursuivant se trouva ainsi sans ressource. Désorienté et stupéfait, Soraqah fut convaincu de l'intervention du Ciel, et il sollicita le pardon du Prophète en lui promettant de ne pas le trahir. Le Prophète pria pour lui. Son cheval se releva. Il l'enfourcha pour retourner à la Mecque. Mohammad fut de nouveau libre de poursuivre sa route en longeant le rivage de la mer.

Un Miracle

Avant cette rencontre avec son poursuivant, le Prophète s'était reposé un peu à Qadid, sous une tente appartenant à une noble dame, Om Ma'bad. Lorsqu'il s'était levé pour reprendre son voyage, il avait fait l'ablution préparatoire à la prière de l'après-midi en laissant tomber l'eau (de l'ablution) sur une plante près de la tente. La plante se trouva changée le lendemain en un arbre chargé de fruits et de feuilles plus grandes qu'il n'en avait jamais eu auparavant. Les gens qui goûtèrent ses fruits, les trouvèrent délicieux et ayant une saveur plaisante. L'arbre sera considéré désormais comme béni et les malades chercheront remède dans ses feuilles et ses fruits. Il acquit rapidement une grande célébrité. Les gens affluaient autour de lui de loin. Quelque dix ans plus tard, il perdit subitement tous ses fruits. L'incident coïncida avec la mort du Prophète. Après environ trente ans, le jour du martyre de 'Alî, ses fruits tombèrent tous d'un coup, de nouveau, et pour n'en produire plus jamais. Toutefois, les gens se contentaient de ses feuilles pour soigner leurs maladies. A la fin, le jour du martyre d'al-Hussayn, le petit-fils du Prophète, à Karbalâ, un liquide rouge coula à profusion de son tronc et il finit par se dessécher.(69)





L'ARRIVÉE ET L'INSTALLATION DU PROPHÈTE À MÉDINE

L'Arrivée à Qobâ

Mohammad arriva à Qobâ, dans la banlieue de Médine, à environ trois kilomètres de la ville, le lundi 12 Rabî ' al-Awwal, à la fin de la treizième année de sa Mission, et de la cinquante troisième année de sa vie. C'était une localité située dans une vallée fertile et célèbre pour ses vergers et ses jardins d'arbres fruitiers. Son chameau s'assit de son propre gré dans un lieu dit Al-Taqwâ, où le Prophète descendit pour s'installer dans la maison de Kulthfim B. Hadam ou Sa'd B. Kathimah. Abû Bakr continua sa route vers Médine et s'installa chez Khabib B. Osaf ou Zayd B. Kharjah, à Sonh, une autre banlieue de Médine. Le Prophète fit halte pendant quatre jours à Qobâ pour se reposer après avoir effectué un long voyage de plus de quatre cents kilomètres, fatiguant et plein d'anxiété.(70)

Boraydah B. al-Hocîb

A Qobâ, Boraydah et soixante-dix de ses partisans, venus de la Mecque à la poursuite du Prophète, étaient arrivés avant lui. A leur arrivée, ils avaient tous embrassé l'Islam. Le Prophète se réjouit de ce premier signe de succès alors qu'il posait à peine le pied dans la banlieue de Médine.(71)

Salmân al-Fârecî

Vint ensuite Salmân, un vénérable vieillard, un commerçant d'origine persane et de confession chrétienne, mais à présent l'esclave d'un Juif de Médine. Il attendait avec anxiété le Prophète promis dans les Ecritures, et se présentant devant lui, il l'identifia comme étant le Prophète Promis et embrassa sans hésitation sa Foi.(72)

Le Ravitaillement dans la Grotte

Le frère et lieutenant du Prophète, 'Alî, qu'il avait laissé derrière lui pour restituer à leurs propriétaires les biens qu'on lui avait confiés, parvint à faire parvenir de la nourriture au réfugié et à son compagnon dans la grotte,(73) étant donné qu'aucun autre ne pouvait, naturellement, être mis dans le secret de la cachette du Prophète sans mettre en péril sa vie précieuse. Il y a aussi une autre version de l'histoire de l'approvisionnement du Prophète en nourriture. D'aucuns maintiennent qu'une certaine dame s'occupait de fournir des provisions aux réfugiés dans la grotte. Mais le bon sens refuse de croire qu'une femme (une fille de treize ou quatorze ans, probablement non mariée) ait pu oser traverser une région montagneuse sauvage (aller-retour) toute seule et sans protection, de nuit, pour apporter la nourriture au nez même des éclaireurs Quraychites, surtout lorsqu'on connaît les conditions naturelles qui entouraient la grotte, qui était à une distance d'une heure et demie de course d'homme, et située sur le sommet d'une montagne qu'on ne pouvait atteindre qu'en traversant des chemins abrupts et en zigzag. 'Alî était donc le seul homme à convenir (âgé alors de vingt-trois ans, et étant le confident du Prophète) à l'accomplissement de cette tâche,(74) et aussi à celle de fournir au fugitif et à son compagnon un moyen de transport et un guide digne de confiance pour assurer leur fuite à Médine.

'Alî à Qobâ

Après s'être acquitté d'une façon satisfaisante des responsabilités dont il avait été chargé, et ayant pris les dispositions nécessaires pour le départ sans danger des membres de la famille du Prophète à Médine, 'Alî se hâta en direction de cette ville, voyageant seulement de nuit et se cachant pendant le jour, pour éviter de tomber entre les mains des Quraych qui l'avaient maltraité sérieusement après la disparition du Prophète.(75) Il arriva à Qobâ trois jours après le Prophète, les pieds grièvement blessés et saignants.(76) Le Prophète, ravi de le voir, le reçut à bras ouverts, et le trouvant fatigué et exténué il eut les larmes aux yeux, preuve de son affection pour lui. Puis il appliqua sa salive avec sa main sur les blessures des pieds de 'Alî et pria pour lui. L'effet bénéfique s'en fit sentir immédiatement.

«Quand le Prophète s'apprêta à fuir à Médine, il ordonna à 'Alî de rester derrière lui à la Mecque pendant quelques jours pour le décharger de certaines responsabilités qui lui incombaient et restituer certains biens qui lui avaient été confiés, et de le rejoindre par la suite, avec sa famille. 'Alî exécuta les ordres du Prophète et il fut présent par la suite à ses côtés à Badr, à Ohod et lors de toutes les autres expéditions, à l'exception de la campagne de Tabûk, car le Prophète d'Allâh l'avait nommé son lieutenant à Médine» ("History of Califat", p. 171, traduc. ang. par Major Jarret d'al-Suyûtî, op. cit.).

La Fondation d'un Masjid à Qobâ

Les convertis de Qobâ firent part au Prophète de leur désir de le voir poser pour eux la pierre de fondation d'un masjid. Le Prophète demanda à ses compagnons de monter sur son chameau et de faire un tour. Abû Bakr et 'Omar, qui étaient parmi les compagnons - les visiteurs venus de Médine montèrent l'un après l'autre sur le chameau, mais celui-ci refusa de bouger. Puis le Prophète demanda à 'Alî, son Lieutenant, d'essayer à son tour. Dès qu'il mit le pied sur l'étrier, le chameau se mit debout, et le Prophète demanda à 'Alî de le laisser marcher à sa guise sans le guider. 'Alî lâcha les rênes et le chameau fit un tour sur une petite parcelle de terrain, et revenant à son point de départ, il s'agenouilla. Le Prophète marqua le site, et fixant la position de la Qiblah, il posa la pierre de fondation du masjid à construire là (on trouve l'évocation de ce masjid par le Coran dans la sourate al-Tawbah, verset 109, dernière partie).

La nouvelle de l'arrivée du Prophète se répandit dans des régions vastes et lointaines. Les prosélytes de Médine, ayant appris la date de son entrée solennelle dans leur ville, et mus par le sens de leur devoir de faire preuve de profonde révérence pour lui, accoururent à sa rencontre pour lui réserver un accueil convenable.

Le 16 Rabî' al-Awwal, le Prophète quitta Qobâ un peu avant minuit. Boraydah B. al-Hocîb et les soixante-dix de ses partisans formèrent la procession de tête du cortège, portant en guise d'étendard sa lance au bout supérieur de laquelle fut attaché un morceau de son turban.(77)

Comme c'était un vendredi, le Prophète fit halte à Ranawna, un endroit à mi-chemin entre Qobâ et Médine pour y faire la Prière du Vendredi, suivie d'un sermon à l'intention des Musulmans présents pour l'occasion. Cette Prière du Vendredi suivie du sermon, qui était la première du genre, devint désormais une tradition, et le Vendredi un jour de congé pour toujours. La plupart des convertis médinois, et presque tous les Musulmans mecquois qui avaient émigré à Médine, vinrent à cet endroit pour accueillir le Prophète et le suivirent dans la Prière.

L'Entrée du Prophète à Médine

Quand le Prophète se mit en route vers Médine après la prière, le spectacle de son départ, avec sa solennité, paraissait vraiment grandiose. On aurait cru voir une procession triomphale conduite par un monarque. La grandeur majestueuse du cortège devint plus remarquable lorsqu'il s'approcha de la ville où des milliers de personnes s'étaient rassemblées pour voir le grand Prophète de l'Islam, qui n'était autre que ce même Mohammad (Que le salut soit sur lui et sur ses saints descendants) qui avait été banni de sa chère maison par ses propres concitoyens, non sans l'avoir soumis tout d'abord aux plus durs persécutions pour mettre ensuite sa tête à prix, et qui avait échappé à la mort, à peine une quinzaine de jours auparavant. Mais les persécutions poussées jusqu'à l'extrême, au lieu de stopper le cours naturel des choses, le précipitent généralement. Cela est encore plus vrai lorsqu'il s'agit de la propagation religieuse. Tel fut le cas avec Mohammad lorsqu'il entra à Médine comme un Monarque Spirituel(78) qui faisait vibrer les curs des Musulmans et des non Musulmans. L'histoire du monde ne connaît pas un exemple plus grand du triomphe de la vérité.

Avant l'établissement du Prophète à Médine, cette ville s'appelait Yathrib. Après son installation, elle prit le nom de "La Ville du Prophète" ou "Madinat al-Monawwarah (La Ville illuminée) car une brume surplombant la ville frappe l'il du pèlerin musulman lorsqu'il y arrive.

Chaque tribu par laquelle il passait exprimait son désir d'être honorée par sa présence, et le priait d'habiter chez elle. Le fugitif, refusant toutes ces offres, disait que le chameau sur le dos duquel il se trouvait était bien inspiré et qu'il l'amènerait là où il conviendrait. Le chameau continua à se diriger vers le quartier de l'est pour s'agenouiller dans la cour ouverte des Bani Najjâr, près de la maison de Khâlid Ibn Zayd, connu dans l'histoire sous le nom d'Abû Ayyûb al-Ançârî, le chef de la famille de Banî Najjâr à l'époque - famille à laquelle avait appartenu Salma, la mère du grand-père de Mohammad, 'Abdul-Muttalib. Il était ravi d'être le bienheureux qui eut l'honneur de la présence du Prophète chez lui. Mohammad prit donc sa maison comme résidence temporaire pendant environ sept mois, jusqu'à ce qu'un masjid et des maisons convenables pour lui-même fussent construits dans la cour où le chameau s'était arrêté.

Masjid al-Nabî

Cette cour, avec les quelques dattiers qui y avaient poussé, était la propriété de deux orphelins, Sohâl et Suhayl, qui décidèrent d'en faire cadeau au Prophète lorsqu'ils apprirent qu'il désirait construire un masjid à cet endroit.(79) Mais le Prophète ne pouvait pas accepter l'offre, et leur paya dix "mithqâl" d'or comme prix de ce lopin de terre.

Après l'acquisition du terrain, les arbres furent coupés et un masjid d'environ cinquante mètres de large et de cinquante-cinq mètres de long y fut construit avec des briques d'argile et de la boue. Il fut recouvert d'une toiture de chevrons de bois de palmier revêtus de branches et des feuilles de palmier et d'argile. La toiture n'était pas assez solide pour résister aux pluies. Aussi utilisa-t-on des troncs de dattiers comme piliers pour la soutenir. Les travaux de construction avaient été répartis entre les convertis - les Muhâjirin et les Ançâr. Le Prophète lui aussi y prit part. Mais il était très rare qu'on le laissât travailler lui-même, étant donné que 'Ammâr Ibn Yâcir, un des premiers convertis et fidèle compagnon du Prophète, s'appliquait à accomplir le travail du Prophète en plus du sien. 'Ammâr fut le premier à commencer la fondation du masjid.(80)

Une Prophétie

C'est à cette occasion que le Prophète, débarrassant avec affection le corps de 'Ammâr Ibn Yâcir de la poussière qui s'y était amassée pendant le travail, prédit que ce compagnon était destiné à tomber en martyr sous les coups de sabre de rebelles, prédiction qui se réalisera effectivement quelque trente-huit ans après.(81)

Près d'un côté du masjid, des appartements furent construits pour le Prophète et sa famille, et de l'autre côté, des chambres pour des adeptes qui n'avaient pas de maison. Leur nombre était d'environ soixante-dix à l'époque, et plus tard ce nombre sera porté à environ quatre cents. Les chambres des adeptes s'appelaient "Suffa".

Bien que le masjid fût de structure très simple, et construit avec des matériaux rudes et rugueux, il demeure comme le plus glorieux des masjids dans les annales de l'Islam, étant donné qu'il fut construit par le Prophète lui-même et ses compagnons qui y effectuèrent en outre la plus grande partie de leur adoration du Seigneur Suprême, que le Prophète y accomplissait chaque semaine la Prière du Vendredi et les sermons devant une large assemblée, que des milliers de gens y reçurent et acceptèrent les doctrines de l'Islam et y renoncèrent à leurs pratiques établies de l'idolâtrie pour embrasser avec ferveur la foi professée par le Prophète, que le Prophète y passa toute sa vie après son émigration de la Mecque, et qu'il y est enterré.

Lorsque le masjid et les bâtiments résidentiels furent achevés, le Prophète déménagea de son logement temporaire chez Abû Ayyûb al-Ançârî pour s'installer dans cette résidence permanente, avec les membres de sa famille qui étaient déjà arrivés. A cette époque-là, il avait une seule femme, Sawda. Sa future femme, 'Âyechah, était encore avec son père Abû Bakr, vivant à Sonh. Mais plus tard, après la consommation du mariage à l'âge de neuf ans, quelque huit ou neuf mois après l'arrivée du Prophète à Médine, elle fut conduite avec ostentation à l'un des appartements proches du Masjid.

La Fermeture des Portes Ouvrant sur le Masjid

Plus tard, quelques autres compagnons du Prophète construisirent eux aussi leurs maisons près du Masjid, avec des portes ouvrant sur sa cour. Quelques temps après, un jour, alors qu'ils avaient entendu une voix réclamer: «Ô gens! Fermez vos portes ouvrant sur le Masjid», ils furent étonnés d'entendre cette voix, mais restèrent assis, muets, sans se donner la peine d'exécuter le Commandement, et ce jusqu'à ce qu'ils aient entendu de nouveau l'ordre de fermer les portes sous peine de subir la Colère Divine. Terrifiés par cet avertissement, ils allèrent voir le Prophète qui se trouvait dans son appartement.

'Alî aussi sortit de son appartement qui était séparé des chambres du Prophète par un mur de cloisonnement depuis son mariage avec Fâtimah. Il se mit debout à côté du Prophète lorsque celui-ci ordonna que toutes les portes ouvrant sur le Masjid, excepté la sienne et celle de 'Alî, fussent fermées. Les gens commencèrent à murmurer. Le Prophète se mit en colère face à cette attitude.

Aussi leur dit-il: «Dieu avait ordonné à Son Prophète Mûsâ de construire un masjid sacré et IL lui avait permis, ainsi qu'à Hârûn et à ses deux fils, Chabbar et Chabir, d'y vivre. De même, j'ai reçu l'ordre de construire un masjid sacré dans lequel moi et mon frère 'Alî, ainsi que ses deux fils, al-Hassan et al-Hussayn, avons la permission de vivre. Je ne fais vraiment que ce que je reçois l'ordre de faire. Je n'entreprends jamais une action selon mon propre désir. Ce n'est certainement pas moi-même qui ai émis un ordre personnel de fermer vos portes ni de laisser ouverte celle de 'Alî. C'est Dieu qui accorda à 'Alî une demeure dans le Masjid sacré».

A la suite de quoi, les compagnons dont les maisons longeaient la cour du Masjid fermèrent leurs portes.

«D'après Sa'd, le Prophète a dit à 'Alî: "Il n'est pas permis à personne d'autre que moi et toi d'être à la Mosquée, sans se soumettre à l'obligation de faire une ablution consciencieuse"». ("History of Califat", p. 175, traduc. de M. Jarret d'al-Suyûtî, op. cit.)

«'Omar Ibn al-Khattâb a dit: "'Alî est favorisé par trois qualités dont si je n'avais qu'une seule, elle me serait plus précieuse qu'un cadeau de chameaux de race supérieure". Et lorsqu'on lui avait demandé quelles étaient ces qualités, il a répondu: "Son mariage avec Fâtimah, la fille du Prophète; le fait de demeurer dans la cour de Mosquée, ce qui lui donne l'autorisation de ce qui ne m'est pas permis; et le fait qu'il ait porté l'Etendard le jour de Khaybar."». (Ibid.)

L'Autorité de Mohammad

A Médine, les Aws et les Khazraj étaient les tribus arabes prédominantes et formant la plus grande partie de la population de la ville. A l'origine, ils descendaient des Banî Qayla, Arabes du Yémen. Quelques siècles avant Mohammad, ils avaient émigré à Yathrib, Médine maintenant, et chassé les Juifs dont une partie sera disséminée parmi les Arabes et sous leur protection, et une autre regroupée en communautés indépendantes, telles que les Banî Qaynoqâ', les Banî Nadir et les Banî Quraydhah; mais la plupart des Juifs partirent et s'établirent ailleurs: à Wâdî al-Qorâ, Khaybar, Fadak, Taymah, etc.

Les Banî Qayla arabes étaient divisés en deux branches, les Aws et les Khazraj, qui étaient ennemis implacables les uns des autres. Peu avant l'arrivée de Mohammad, la Bataille de Bo'ath, qui eut lieu la septième année de la Mission du Prophète, entre les frères ennemis, avait brisé le pouvoir des Khazraj qui pensaient maintenant à faire d'Ibn Obay le roi de Médine, afin qu'il les guidât et qu'il consolidât leur force, étant donné qu'ils étaient plus nombreux que l'autre partie.

A ce moment précis, l'apparition du Prophète et la conversion de la majorité des Aws firent pencher la balance du côté du Prophète, lequel se trouvait dans une conjoncture propice pour résoudre les conflits et rétablir l'ordre. Jusqu'ici les Arabes avaient l'habitude de soumettre tous les cas compliqués de leurs disputes à leurs Kâhin ou prêtres.

Maintenant ils les soumettaient à Mohammad, en sa qualité de leur chef religieux. Mohammad avait une intelligence aiguë et pénétrante, et il était un homme de jugement excellent, doué naturellement d'une faculté de compréhension saine. Il écoutait leurs arguments et il était aidé par la Providence pour résoudre leurs énigmes. Ses jugements étaient toujours acceptables par les parties en conflit. Ses raisonnements judicieux et ses décisions équitables rehaussaient encore plus sa position aux yeux des gens et renforçaient la croyance de ceux-ci à sa sainteté en tant que Messager de Dieu. Il réussit à réconcilier les tribus des Aws et des Khazraj, et à rétablir la paix et l'ordre entre eux. Il était pour cela le restaurateur de la Loi et de la Justice, à une époque où prévalaient la violence et la haine. Il devint le véritable "Hâkim bi-amr-Allâh", pour eux, et son autorité était reconnue par tous les habitants de Médine.

Fraternité entre les Muhâjirîn et les Ançâr

Le Prophète inculqua aux Musulmans le principe fondamental selon lequel la fraternité ne dépendait pas du sang, mais de la foi. Aussi les relations des Musulmans avec les non-Musulmans furent-elles entièrement désavouées. Les droits de l'héritage familial en Islam étaient expressément valides et sacrés. Ces commande-ments aboutirent à une extension considérable de la Communauté musulmane.

Le Prophète établit individuellement la fraternité entre les Muhâjirin de la Mecque et les Ançâr de Médine. Par exemple il établit la fraternité entre Abû Bakr (Muhâjir) et Kharjah Ibn Zayd (Ançâri), entre 'Omar Ibn al-Khattâb (Muhâjir) et 'Othbân Ibn Mâlik (Ançârî), entre 'Othmân Ibn 'Affân (Muhâjir) et Aws Ibn Thâbit (Ançâri).(82) Sa propre fraternité, le Prophète l'accorda à 'Alî, son cousin, comme il l'avait fait précédemment à la Mecque - en déclarant, d'après al-Suyûtî: «Tu es mon frère dans ce monde et dans l'autre monde».

Les Musulmans devinrent compatissants et bien intentionnés les uns envers les autres après l'établissement de la fraternité entre eux par groupes de deux personnes. Ils étaient si enthousiastes dans leur foi qu'ils devinrent indifférents à tout ce qui était considéré comme sacré avant l'Islam ou en dehors de lui. Finalement, ils étaient animés d'un étrange esprit de solidarité quant à leur adhésion au Prophète, et de cohésion, quant à leur volonté de rester ensemble.

Gibbon décrit cet état de choses dans les termes suivants: «Pour détruire les germes de la jalousie, Mohammad coupla judicieusement ses principaux adeptes par les droits et les obligations de la fraternité; et alors que 'Alî se trouvait sans pair, le Prophète déclara qu'il serait le compagnons et le frère du jeune noble. L'expédient fut couronné de succès, la fraternité sacrée était respectée en temps de guerre comme en temps de paix, et les deux parties rivalisaient l'une avec l'autre dans une émulation généreuse de courage et de fidélité». (W. Smith, p. 460)

Le décret de la fraternité est exprimé de la façon suivante dans le Coran:

«Ceux qui ont cru, ceux qui ont émigré et ceux qui ont combattu - avec leurs biens et leur vie - dans le chemin de Dieu, et ceux qui ont offert l'hospitalité aux croyants et qui les ont secourus, seront proches parents les uns des autres». (Sourate al-Anfâl, 8: 72)

Conformément à ce décret, chacune des deux personnes entre lesquelles la fraternité avait été établie jouit du droit d'hériter de l'autre, jusqu'à la révélation du verset suivant après la Bataille de Badr:

«Le Prophète est plus proche parent des croyants qu'ils ne le sont d'eux-mêmes; et ses épouses sont leurs mères; mais selon le Livre de Dieu, ceux qui sont liés par un lien de sang sont plus proches (parents) les uns des autres que des autres croyants et émigrés». (Sourate al-Ahzâb, 33: 6).(83)

Les Hypocrites

Malgré tout ceci, des sentiments d'antipathie existaient chez un nombre considérable de membres de la Communauté. Ibn Obay - 'Abdullâh Ibn Obay al-Salfil - un homme riche et puissant qui avait une grande influence sur la tribu de Khazraj, était jaloux de Mohammad qui était arrivé à un moment où lui-même rêvait de se faire couronner roi de Médine. Lui et ses partisans affectaient le plus grand respect pour le Prophète, mais dans leur for intérieur ils étaient très indisposés à son égard. Toutefois, ils ne pouvaient pas entreprendre ouvertement une action hostile contre lui par manque d'une opinion tranchée et d'une force suffisante. Ces hommes étaient surnommés "Munâfiqînes" ou "Hypocrites".

L'Appel à la Prière

Au cours de la deuxième année de l'Emigration, un appel à la prière, tel que l'avait communiqué au Prophète l'Ange Gabriel, fut introduit; et Bilâl l'Africain fut désigné pour appeler les Musulmans, avec sa voix puissante et agréablement mélodieuse, à chacune des prières quotidiennes.(84)

La Ka'bah comme Qiblah

Au début les Musulmans ne tournaient leur face vers aucun lieu ou direction particulier lorsqu'ils faisaient leurs prières. A Médine, le Prophète leur ordonna de se tourner vers Jérusalem qui devint leur Qiblah jusqu'à la mi-Cha'bhân de la deuxième année de l'Emigration. A cette époque, alors qu'il était en train d'accomplir sa prière de midi, il reçut d'Allâh l'ordre de commander à ses adeptes de tourner leur face vers la Ka'bah, à la Mecque (Sourate al-Baqarah, versets 139,140).

Depuis lors la Ka'bah est observée strictement comme la Qiblah vers laquelle les Musulmans se tournent pour prier et pour se prosterner jusqu'à ce que leur front touche le sol en signe d'humilité et de soumission au Tout-Puissant Seigneur, le Créateur de tous les êtres.(85)

Le Jeûne de Ramadhân

L'observance obligatoire du jeûne au mois de Ramadhân fut aussi décrétée à peu près à la même époque (voir versets 179-181 de la Sourate al-Baqarah).

Le Prophète occupa la première année et demie suivant l'Emigration à Médine, à l'installation, au rétablissement de la paix et de l'ordre parmi les citoyens, à la restauration de la Loi et de la Justice, à la consolidation de sa force, tout en s'occupant de ses fonctions religieuses et de la réglementation de l'observance des prières, du jeûne et des aumônes par les Musulmans, ainsi que de leur adoration du Seigneur Suprême, ce qui était le but principal de sa vie.

Le Mariage de Fâtimah

Les fiançailles de Fâtimah, la fille unique du Prophète, avec son cousin et fidèle disciple, 'Alî, eurent lieu au mois de Ramadhân de l'an 2 de l'Hégire, mais les cérémonies nuptiales furent organisées deux mois plus tard, au mois de Thilhaj.(86)

Cette alliance avait été ordonnée,(87) suivant une révélation faite au Prophète, (comme celui-ci l'affirma à sa fille), Fâtimah, par Dieu Qui l'avait informé qu'IL avait élu parmi les plus nobles créatures de la terre deux hommes bénis - l'un étant lui-même (Mohammad, le Père de Fâtimah) et l'autre, 'Alî (son mari) - et qu'IL avait décrété que ses descendants (du Prophète) en ligne directe seraient issus du couple ('Alî et Fâtimah) et non directement de lui-même (du Prophète).

Les cérémonies de mariage de la fille unique de Mohammad montrent bien la simplicité idéale dans laquelle elles furent organisées. Le festin de mariage consista en dates et olives, la couche était une peau de mouton, les ornements, les effets généraux et les articles de ménage pour la fiancée, consistaient en tout et pour tout en une paire de bracelets en argent, deux chemises, une toilette, un oreiller de cuir bourré, de feuilles de palmier, un moulin à grains, une tasse à boisson, deux grands récipients et une cruche. C'était tout, et cela concordait avec la situation du Prophète Mohammad et de son gendre 'Alî, qui dut vendre sa cotte de mailles pour se procurer le prix de la dot qu'il avait à offrir.

La véritable grandeur de ce mariage ne réside pas dans l'ostentation, mais dans les bénédictions du Ciel pour lequel ce mariage est le plus mémorable dans les annales de l'Islam. Le couple - lié dans une alliance matrimoniale par Dieu - était destiné à être l'origine d'une progéniture illustre qu'on appelle les fils du Prophète, qui sont distingués des autres membres de la Ummah par leur titre d'Imam ou de Commandeur des croyants, et par leur position de successeurs du Prophète de Dieu.

Ils sont universellement reconnus par les Musulmans comme étant la source de la piété et de la sagesse. Al-Hassan et al-Hussayn, les fils de ce couple béni, jouaient dans le giron du Prophète qui les montrait fièrement du haut de sa chaire en les appelant: les deux Maîtres de la Jeunesse du Paradis. Les parents eux-mêmes étaient exaltés, tout comme leurs enfants, par le Prophète qui disait: «Je suis la cité du Savoir, 'Alî en est la porte».

Ainsi, 'Alî qui prouva à maintes occasions qu'il était un héros vaillant, acquit le mérite d'être surnommé "Le Lion d'Âllâh". Quant à Fâtimah, qui polarisait l'amour et la confiance du Prophète, elle fut rangée parmi les quatre nobles dames "à la foi parfaite" par lesquelles Dieu daigna bénir cette terre, et qui sont: Âsya(88), la femme du Pharaon, Maryam, la mère de 'Isâ, Khadîjah, la femme de Mohammad, et Fâtimah, la femme de 'Alî.



LA BATAILLE DE BADR ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA DEUXIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION

Les Préoccupations de Mohammad

Après son Emigration à Médine, le Prophète constata que les Quraych de la Mecque avaient expédié des équipes d'éclaireurs à qui on avait promis une récompense alléchante pour sa capture vivant ou mort, et que l'un d'eux - un groupe de soixante-dix éclaireurs - réussit à le précéder à Médine, comme nous l'avons déjà noté.

Il apprit(89) aussi que les Quraych étaient en communication secrète avec 'Abdullâh Ibn Obay, un hypocrite qu'ils avaient incité à provoquer une révolte contre lui afin de l'obliger de quitter Médine, et auprès de qui ils avaient brandi la menace de marcher sur Médine au cas où il ne parviendrait pas à satisfaire leurs désirs. Il ne pouvait donc pas oublier leur insistance à le persécuter ni leur inimitié envers lui. Il sut également que les Quraychs activaient pour former une alliance avec les bédouins installés sur leur route vers Médine et que ces derniers avaient déjà montré leur choix en prenant récemment le risque de s'avancer sous la conduite de Kurds Ibn Jâbir Fihri jusqu'aux pâturages de Médine où ils mirent le feu aux terres environnantes après en avoir enlevé les chameaux et le bétail.

Il dut naturellement craindre qu'ils ne risquent de le surprendre à Médine, qui était située sur la route très fréquentée vers la Syrie, et par laquelle ils transportaient leurs marchandises dans des caravanes puissamment escortées. Puis, certains Juifs et Arabes, voyant d'un mauvais oeil le renforcement de l'autorité du Prophète à Médine, avaient émigré à la Mecque pour se joindre aux Quraych, ce qui accentua sa crainte d'être pris au dépourvu.

«Dans l'état de nature, dit Gibbon, tout homme a le droit de défendre par les armes sa personne et ses biens, de repousser ou même de prévenir les violences de ses ennemis et d'étendre les hostilités à des mesures raisonnables de satisfaction et de représailles».

Or, dans le cas du Prophète, il ne s'agissait pas de défendre seulement sa personne; il avait aussi à protéger ses concitoyens qui avaient beaucoup souffert et tout perdu pour la religion. Il s'agissait de défendre ses partisans médinois qui, en lui offrant l'hospitalité, s'exposaient ouvertement aux attaques de l'ennemi. Il s'agissait d'empêcher l'annihilation de leur foi, l'étouffement de sa religion, et, en dernier lieu, d'éviter le même sort qu'avait subi son illustre prédécesseur, Jésus-Christ.

Pour atteindre ce but, il sentit profondément la nécessité de recourir aux mesures les plus efficaces - l'épée - à l'instar d'autres prophètes avant lui.(90) Mais, il ne pouvait pas prendre les armes sans avoir la permission de l'Autorité Suprême sur Laquelle reposaient toutes ses activités.

La Permission de Prendre les Armes

Plus d'un an et demi s'étaient passés à Médine dans une intense anxiété. Finalement la Permission arriva, comme il ressort des passages suivants du Coran, parmi bien d'autres:

«L'autorisation de se défendre est donnée à ceux qui ont été attaqués, parce qu'ils ont été opprimés, et Dieu est Puissant pour les secourir. Ceux qui ont été chassés de leurs maisons pour avoir dit seulement: "Notre Seigneur est Dieu"». (Sourate al-Hajj, 22: 39-40).

«Rien n'est plus naturel, dit un conférencier averti, qu'en voulant, par Sa Miséricorde, humaniser les habitants barbares d'Arabie et les sortir de l'abîme de l'immoralité et de la superstition dans lequel ils s'étaient enfoncés, Dieu ait choisi un homme d'une totale détermination et d'une fidélité constante à la tâche qui lui fut confiée, un homme doué d'un génie qui s'adapte à tout changement de circonstances, un homme capable d'endurer les difficultés et d'aider les autres sans penser à ses propres intérêts, et disposé à résister à l'oppresseur même physiquement si nécessaire, pour préserver son peuple». Le Saint Prophète Mohammad n'avait jamais dégainé son épée que par mesure défensive». Le Professeur J. W. Arnold, pourtant de foi chrétienne, a prouvé habilement que l'Islam avait été propagé sans épée.

La Nakhlah

Ayant été autorisé à prendre les armes contre ses ennemis, le Prophète organisa de petits groupes parmi ses fidèles partisans et les envoya en éclaireurs pour surveiller les activités des Mecquois et notamment le mouvement des caravanes sortant de la Mecque ou y retournant. Bien que le Prophète ait enjoint formellement à chaque groupe d'éviter toute violence non nécessaire, il était très improbable qu'aucun groupe n'aurait d'accrochage avec les Quraych.

Ainsi, un petit groupe de huit ou douze hommes fut envoyé à Nakhlah, un endroit entre la Mecque et Tâ'if, pour recueillir des informations sur le passage des caravanes par ce lieu.(91) Ces hommes eurent un accrochage avec quatre Mecquois transportant des raisins secs de Tâ'if à la Mecque. L'un des Mecquois - un noble distingué, nommé 'Amr Ibn 'Abdullâh - fut tué, un autre s'enfuit, et les deux derniers furent capturés indemnes et amenés au Prophète. Le groupe en question s'était trompé sur la date du jour de l'accrochage, en croyant que c'était le dernier jour de Jamadî II, alors que les Mecquois affirmaient que c'était le premier jour du mois sacré de Rajab durant lequel toutes formes d'hostilités étaient interdites. L'action fut donc considérée comme une violation de l'immunité de ce mois sacré.

Le Prophète se fâcha contre 'Abdullâh Ibn Johach, le chef du groupe, pour avoir manqué de respect pour le privilège sacré, et dédommagea la famille de la personne tuée. Entre-temps, le Prophète eut une révélation qui tendait à justifier l'action par le fait de l'éloignement des croyants de l'édifice sacré, la Ka'bah, dû à la méchanceté des Quraych. Plus tard, l'un des deux prisonniers, qui étaient encore détenus, embrassa l'Islam et resta à Médine, alors que l'autre fut relâché contre paiement d'une rançon.

La Bataille de Badr

Malgré l'indemnisation payée pour la mort d'un Mecquois à Nakhlah, les Quraych étaient furieux et préparaient une vengeance terrible. Ils prétendaient être encore plus irrités par une rumeur, totalement dénuée de fondement, selon laquelle la caravane rentrant de Syrie et richement chargée de biens précieux serait attirée dans une embuscade par les partisans de Mohammad, en représailles contre la perte de leurs propriétés à la suite de leur exil hors de la Mecque. Pour toutes ces raisons, les Mecquois commencèrent à se mobiliser.

Le Prophète reçut d'autre part, des informations faisant état des activités des Mecquois. Aussi pensa-t-il qu'il n'était pas raisonnable d'attendre à Médine l'attaque de l'ennemi, car s'il en était réellement ainsi, cela causerait, des dommages aux habitants de la ville, lesquels en souffriraient sûrement. En outre, il présuma que les sympathisants des Mecquois à Médine même étaient plus nombreux que ses propres partisans, ce qui pourrait être très dangereux pour lui si le fait s'avérait exact. Il reçut également des informations selon lesquelles Abû Sufiyân, le plus implacable de ses ennemis, était sur le chemin de retour à la Mecque, avec ses trente gardes armés qui escortaient la caravane venant de Syrie, et il devrait passer par une route proche de Médine.

En conséquence, le Prophète se résolut à affronter l'ennemi hors de Médine et il sortit avec trois cent treize de ses partisans - quatre-vingt-deux Muhâjirin et deux cent trente et un Ançâif - les auxiliaires de Médine (dont soixante et un de la tribu d'Aws, et cent soixante-dix de la tribu de Khazraj).

Cette petite force fut conduite hors de Médine derrière la Bannière du Prophète portée par le jeune 'Ali.(92) De toute cette armée, seuls deux hommes étaient à cheval, les autres montaient à tour de rôle sur soixante-dix chameaux. 'Othmân ne put pas se joindre à l'armée, en raison de la grave maladie de sa femme, Roqayyah.

Lorsque l'armée arriva à la vallée fertile de Badr, un point d'eau et un terrain de campement sur la route des caravanes, à trois étapes au nord de Médine, le Prophète donna l'ordre d'y faire halte pour occuper une position convenable près d'un ruisseau d'eau fraîche, en attendant l'arrivée de l'ennemi, c'est-à-dire soit l'armée de Quraych, de la Mecque, soit Abû Sufiyân de la Syrie. Il apprit alors de ses éclaireurs que la caravane d'Abû Sufiyân s'approchait d'un côté, et que la grande armée des Quraych avançait de l'autre.

Pour réfléchir mûrement à la rencontre avec l'une ou l'autre force ennemie, le Prophète consulta ses principaux compagnons(93), lesquels parurent peu disposés à faire face à la grande force armée de l'ennemi - trois fois plus nombreuse que la leur - et choisirent avec insistance et obstination de poursuivre la caravane. Mais leur courage fut ravivé et stimulé par les mots réconfortants du Prophète soulignant à leur intention le rôle de l'Assistance divine au moment de l'épreuve. Il préféra nettement l'exécution de l'ordre de Dieu d'engager le Jihâd contre le grand nombre de la force plus nombreuse des Mecquois infidèles, à la confrontation avec Abû Sufiyân et sa petite horde de partisans.

«Lorsque vous demandiez le secours de votre Seigneur, IL vous exauça: "JE vous envoie un renfort de mille anges, les uns à la suite des autres"». (Sourate al-Anfâl, 8: 9).

Il était prudent de la part du Prophète de choisir cette voie, car Abû Sufiyân était suffisamment intelligent pour flairer préalablement ce danger imminent. D'autant plus qu'il se faisait informer de tous les mouvements de Mohammad et avait demandé une aide urgente de la Mecque. En outre, par mesure de prudence, il avait abandonné la route habituelle pour emprunter un chemin moins fréquenté, longeant le rivage de la mer, ce qui lui permit finalement d'éviter en toute sécurité le danger.

Les Mecquois, qui étaient déjà mobilisés, après avoir reçu l'appel à l'aide d'Abû Sufiyân dépêchèrent à son secours huit cent cinquante combattants d'infanterie et cent cinquante de cavalerie sous le commandement d'Abû Jahl. Bien qu'Abû Sufiyân les eût informés de son passage sain et sauf par une route détournée à l'ouest de Badr, et qu'il leur eût conseillé de retourner chez eux, Abû Jahl et son armée, obsédés par leur désir de venger le meurtre de Nakhlah, continuèrent leur marche jusqu'à Badr où ils prirent position en face du rassemblement ennemi.

Le lendemain, le Vendredi 17 Ramadhân de l'an 2 de l'Hégire (le 13 janvier 624 ap. J. -C.), ils firent lentement mouvement sur un terrain rendu lourd, boueux et difficile à piétiner, par les pluies de la veille. En revanche, ces mêmes pluies rendirent le sol des hauteurs sableuses, qui faisaient face à l'armée de Musulmans, plus léger et plus ferme, et donc plus facilement franchissable. Les forces mecquoises étaient victimes d'un autre désavantage, en occurrence le fait d'avoir le lever du soleil en face d'eux, alors que l'armée musulmane faisait face à l'ouest. Le principal corps de l'armée de Quraych, soufflant dans leurs trompettes, s'approcha cependant de l'adversaire et les deux forces s'engagèrent dans la bataille.

Le Prophète s'assit sous un dais formé de branches de palmier, qui fut dressé et gardé de près par Sa'd Ibn Mo'âth. Abû Bakr ne rejoignit pas les rangs des combattants; il s'assit auprès du Prophète.

Trois guerriers Quraychites, 'Otbah, le beau-père d'Abû Sufiyân, Walîd son fils et Chaybah, le frère de 'Otbah, s'avancèrent et défièrent les plus courageux des Musulmans de s'engager dans un combat en duel. Ils étaient tous trois des hommes de haut rang et de position élevée dans leur tribu.

Trois Ançâr de Médine sortirent des rangs de leur armée pour relever le défi, mais les trois combattants de Quraych refusèrent de les considérer comme leurs égaux et invitèrent les "renégats" mecquois (comme ils les appelaient) à s'avancer, s'ils en avaient le courage.

Sur ce, 'Alî et 'Obaydah, deux cousins du Prophète, et Hamza, son oncle, répondirent au défi, et le combat commença. Après une lutte féroce et longue, 'Alî et Hamza réussirent à maîtriser et à battre leurs adversaires respectifs, Walîd et Chaybah. Puis ils accoururent au secours de 'Obaydah qui était grièvement blessé et presque vaincu par 'Otbah. Ils abattirent ce dernier et ramenèrent 'Obaydah qui succomba à ses blessures quatre jours plus tard. A présent le combat faisait rage, les Quraych marquaient des points et les Musulmans subissaient beaucoup de pressions.(94)

Le Prophète, qui regardait le champ de bataille avec anxiété, pria Allâh de venir à son secours, et sortant du dais en chaume, il lança une poignée de sable en l'air en direction de l'ennemi en disant: «Que leurs visages soient couverts de honte», et s'adressant à ses hommes, il cria: «Courage mes enfants! Serrez vos rangs, lancez vos flèche! Ce jour est le vôtre». Les deux armées entendirent sa voix tonnante. Les combattants crurent voir des anges guerriers.(95)

Les lignes des Quraych devinrent défaillantes et un grand nombre parmi les plus braves et les plus nobles d'entre eux tombèrent. Ils prirent la fuite ignominieusement et, dans leur hâte de fuir, ils jetèrent leurs armes et abandonnèrent leurs bêtes de transport ainsi que tout leur campement et équipage. Soixante-dix des plus courageux des combattants de Quraych furent tués et quarante-cinq furent faits prisonniers.(96)

Leur commandant, Abû Jahl - le Pharaon de son peuple - tomba dans la bataille et sa tête fut apportée au Prophète. Son nom originel était 'Amr alias Abû Hakam, c'est-à-dire "Le père de la Sagesse", fils de Hichâm, mais les Musulmans le changèrent, par mépris, en Abû Jahl (le Père de la Déraison) et c'est ce dernier nom qui sera son nom pour toujours. Du côté musulman, il y eut vingt-deux tués: quatorze Muhâjirin et huit Ançâr (Dans la Sourate al-Anfâl, versets 9-13, il y a une allusion au secours divin accordé au Prophète dans cette bataille).

Les Puits de Qalîb à Badr

Le jour touchait à sa fin, et les Musulmans rassemblèrent les corps des tués pour les jeter dans un puits appelé Qâlib. Le Prophète jeta un coup d'oeil sur ces corps et Abû Bakr, qui était debout à côté de lui, examina leurs visages et cita à haute voix leurs noms: «'Otbah! Chaybah! Wallid! 'Omayyah! Abû Jahl! etc..»".

Et pendant qu'on jetait un à un leurs corps dans le puits profond et ténébreux, le Prophète s'exclama: «Hélas! Avez-vous maintenant trouvé vrai ce que vos seigneurs vous avaient promis? Quant à ce que mon Seigneur m'avait promis je l'ai trouvé absolument vrai. Malheur à vous! Vous m'avez rejeté, moi, votre Prophète! Vous m'avez chassé, et d'autres me donnèrent refuge! Vous m'avez combattu, et d autres sont venus à mon aide!».(97)

«Ô Prophète! dit 'Omar qui était lui aussi debout à côté de lui. «Est-ce que tu parles aux morts?» «Oui, en effet, répondit le Prophète, car ils comprennent mieux que vous ce que je leur dis».(98)

Les Prouesses de 'Alî

Bien que ce fût le premier combat auquel participait le jeune 'Alî, il y réalisa de tels résultats qu'il fut complimenté par tout le monde. En effet, il tua au cours de cette bataille, pas moins de seize (certains historiens avancent le chiffre de trente-six)(99) combattants parmi les plus braves et les plus éminents de l'armée de Quraych.

Les Prisonniers de Badr

Au cours de son voyage de retour vers Médine, le Prophète assista à la décapitation, à Safra, une étape entre Badr et Médine, de deux des prisonniers les plus haïssables, 'Oqbah Ibn Abi Mo'eit et Al-Nadhr Ibn al-Hârith. Les autres prisonniers furent conduits à Médine où ils furent relâchés contre paiement comptant d'une rançon.

Parmi eux figuraient(100) 'Abbâs, un oncle du Prophète, et Abul-'Âç, le mari de Zaynab, fille de Khadîjah.

'Abbâs était un homme de grande taille et bien bâti. Il fut capturé par Abul-Yasar, un homme relativement maigre, décharné et de petite taille. Lorsqu'on demanda à 'Abbâs comment un tel homme avait pu le vaincre, il répondit que son adversaire lui avait paru un géant sur le moment.

«Un signe vous a été donné à travers la rencontre entre deux armées: l'une combattait dans la voie de Dieu, 1'autre était infidèle. Ils (les infidèles) voyaient de leurs propres yeux les fidèles en nombre deux fois supérieur au leur, car Dieu assiste de Son Secours, qui IL veut. Voilà un exemple pour ceux qui sont doués de clairvoyance». (Sourate Âle 'Imrân, 3: 13).

On demanda à 'Abbâs de payer une rançon pour son élargissement et pour celui de ses deux neveux, Nawfal et 'Aqi. Il objecta que s'il payait ce qu'on lui demandait, il serait réduit à mendier la charité des Quraych pour le reste de sa vie. Mais à sa grande surprise, le Prophète lui révéla le secret de l'or qu'il avait confié à sa femme, à minuit, au moment de son départ avec l'armée mecquoise, et récita le verset 70 de la sourate al-Anfâl:

«Ô Prophète! Dis à ceux des captifs qui sont tombés entre vos mains: "Si Dieu reconnaît un bien dans vos coeurs, IL vous accordera des choses meilleures que celles qui vous ont été enlevées. Il vous pardonnera: "Dieu est Celui qui pardonne, IL est Miséricordieux!"».(101)

Ayant entendu cette révélation 'Abbâs eut la certitude que Mohammad était le vrai Prophète de Dieu, déclarant que personne ne pouvait connaître le secret de l'or, sauf Dieu. Aussi embrassa-t-il tout de suite l'Islam, avec ses deux neveux. Quelques années plus tard, lorsqu'il se trouva en possession d'une grande fortune, il réfléchit à la récitation du Prophète et se rendit compte que la prophétie qu'elle contenait s'était réalisée.

Pour obtenir la libération d'Abul-'Âç, sa femme Zaynab envoya quelques-uns de ses bijoux, dont un collier offert en dote pas sa mère Khadîjah. Le Prophète identifia le collier et se souvint avec tristesse de Khadîjah. Aussi remit-il le collier à Abul-'Âç afin qu'il le rende à Zaynab, et il le relâcha à condition qu'il lui ramenât Zaynab. Zayd Ibn Hârithah accompagna Abul-'Âç dans son voyage de retour à la Mecque et ramena Zaynab à Médine. Mais une fois à Médine, Zaynab refusa de retourner à son mari jusqu'à ce qu'il embrassât l'Islam, quelque temps avant la conquête de la Mecque, lorsqu'il fut de nouveau amené devant le Prophète comme prisonnier de guerre.

La Distribution du Butin de Guerre

Sur place (à Safra) le butin, qui consistait en armes et en chameaux pris dans la bataille, fut distribué en parts égales par le Prophète entre chacun de ses adeptes. Ceci étant fait, le Prophète retourna à Médine après une absence de quinze ou dix-neuf jours. Dans le même temps, Roqayyah, la femme de 'Othmân mourut des suites de sa maladie qui avait empêché son mari de se rendre au champ de bataille.

Les Conséquences de la Guerre

La bataille de Badr est la plus importante bataille de l'histoire de l'Islam, et par conséquent la plus célèbre parmi les Musulmans. Cette victoire ouvrit devant le Prophète les portes de la progression de sa foi, étant donné que la plupart de ses opposants les plus détestables et les plus influents étaient tombés dans cette bataille. Cette première victoire du Prophète contribua beaucoup au renforcement de sa position. A Médine, les hypocrites et les non-Musulmans étaient découragés d'entreprendre toute action ouverte contre le Prophète. Les vétérans mecquois qui avaient pendant si longtemps dédaigné avec haine le Prophète et ses adeptes furent très humiliés par la défaite infligée par une force relativement inexpérimentée et numériquement plus petite que la leur.

La défaite de Quraych à Badr fut vraiment un coup mortel pour Abû Lahab - le seul Hâchimite qui était l'opposant le plus détestable du Prophète - et il mourut attristé par la perte de ses amis et proches qu'étaient Walîd, Chaybah et 'Otbah, après une maladie d'une semaine.

Sawiq ou la Guerre de la Farine

La deuxième personne qui ressentit très douloureusement la défaite était Abû Sufiyân.(102) Son coeur brûlait de rage de voir l'homme qu'il détestait et haïssait tant lui porter un coup si sévère. Il jura qu'il ne s'oindrait plus ni ne s'approcherait plus de sa femme avant de se venger de Mohammad, mais il réalisera plus tard qu'il avait fait un serment trop irréfléchi d'abstinence. Cependant, pour tenir sa promesse, il partit pour Médine un mois de Thilhaj de l'an 2 de l'hégire avec deux cents cavaliers. Arrivé à Oraydh, à cinq kilomètres au nord-est de Médine, il tomba sur un Ançâri et son serviteur qu'il tua. Ensuite il mit le feu à quelques huttes et coupa quelques dattiers.

Le Prophète ayant reçu des informations sur cet incident, envoya une expédition contre Abû Sufiyân et ses hommes, lesquels avaient déjà fui à la hâte en jetant leurs sacs de farine pour accélérer leur fuite. Ces sacs furent ramassés par les Musulmans, et cet incident prit le nom de la Guerre de la Farine. Ainsi, Abû Sufiyân réalisa son voeu, tout en se mettant à réfléchir à une autre expédition sur une plus grande échelle.







LA BATAILLE D'OHOD ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA TROISIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION

Les Juifs

Les Juifs de Médine, vivant dans des communautés indépendantes ou sous la protection des Arabes, étaient puissants. Ils étaient des gens industrieux et ils s'occupaient du commerce, ce qui leur avait permis de s'enrichir. Bien qu'ils ne constituassent qu'une petite partie de la population, ils exerçaient une grande influence sur les Arabes. Seuls quelques-uns parmi eux dont un cohen, 'Abdullâh Ibn Salâm avaient embrassé l'Islam. La majorité d'entre eux ne croyaient pas que Mohammad fût le prophète promis dans leur Livre, car ils s'attendaient toujours à ce que l'Homme Promis fût un Israélite, qu'il apparaisse en Syrie (la grande Syrie) comme les précédents prophètes, et qu'il fût de langue hébraïque.

Remarquant leur attitude arrogante et voulant se les concilier, Mohammad promulgua un Décret proclamant sa protection des Juifs, garantissant leurs droits de s'intégrer dans la nationalité des Musulmans et leur permettant d'exercer librement leurs rites religieux.

Les Juifs acceptèrent avec joie les privilèges que leur offrait le Décret et ils conclurent un traité de paix avec le Prophète. Ils paressèrent satisfaits pendant un certain temps de leur nouveau sort, mais voyant grandir le pouvoir du Prophète, ils ne tardèrent pas à être jaloux et à essayer de le discréditer aux yeux de ses adeptes. Des disputes éclatèrent entre eux et les Musulmans, suscitant inimitié et haine mutuelles. Les Juifs traitaient les Musulmans et même le Prophète lui-même avec mépris chaque fois qu'ils le pouvaient.

Les Juifs de Banî Qaynoqâ'

Environ un mois après le retour du Prophète de Badr, un conflit éclata entre les Musulmans et les Juifs Banî Qaynoqâ' qui vivaient dans une banlieue de Médine, solidement construite. Ces derniers avaient agressé indécemment une jeune fille Musulmane, et un homme de chaque côté des antagonistes avait été tué dans l'échauffourée qui s'était ensuivie.

Le Prophète convoqua les Juifs pour les rencontrer, mais ils réagirent par le mépris et par une attitude hautaine, sans se soucier du Traité qu'ils avaient conclu. Le Prophète fût donc contraint de prendre des mesures énergiques contre la tribu révoltée. Il assiégea leurs maisons, et après une quinzaine de jours ils durent se rendre. Etant coupables de trahison envers l'autorité nouvellement établie et reconnue par la plupart des gens, ils méritaient une punition exemplaire, mais grâce à l'arbitrage de 'Abdullâh Ibn Obay, ils furent seulement bannis vers la Syrie.

Le Sort de Ka'b Ibn Achraf

D'autres tribus juives vivant à Médine commencèrent à être rétives. Ka'b Ibn Achraf, l'ennemi le plus acharné du Prophète et de sa religion, un poète riche et influent, et chef de la tribu des Nazarites, se rendit à la Mecque pour comploter avec les Quraych contre le prophète, et en y faisant circuler des élégies pleurant le triste sort des Mecquois tombés à Badr et dénigrant sévèrement le Prophète, il suscitait des sentiments de haine contre lui. Revenant de la Mecque, il récitait personnellement des épigrammes contre le Prophète et ses partisans, et adressait publiquement des sonnets érotiques à leurs femmes. Ces sarcasmes abjects indisposaient les Musulmans qui finirent par perdre toute patience et par le tuer (le 14 Çafar, 3. H.).

Les Juifs Hors-la-Loi

Dans de telles circonstances, le Prophète ne pouvait que constater que le Traité était devenu bel et bien nul et non avenu par l'abus des Juifs des privilèges du Décret. Par conséquent, ils devinrent hors-la-loi et quittèrent Médine tribu après tribu pour chercher refuge dans les quartiers juifs périphériques. Les Juifs les plus puissants et les plus riches ne quittèrent toutefois pas Médine, décidant ainsi de défier l'autorité du Prophète.

Dispositions Préliminaires des Mecquois en Vue de la Campagne d'Ohod

Hind, la femme d Abû Sufiyân , criait jour et nuit qu'il fallait se venger de 'Alî et de Hamza qui avaient tué son père 'Otbah, son oncle Chaybah et son frère Walîd dans la bataille de Badr. Abû Sufiyân, pour sa part, pensait à la revanche, et commença à persuader les siens de consacrer à la préparation guerre tous leurs gains de l'année, et de prendre des contacts avec les tribus du littoral pour s'assurer leur coopération, comme alliés, dans la campagne contre Mohammad.(103)

Pour réunir les fonds nécessaires pour la prochaine grande action contre le prophète, et pour compenser leurs pertes pécuniaires à Badr, les Mecquois s'activèrent sérieusement dans leurs affaires commerciales. Pour éviter la route habituelle des caravanes, devenue peu sûre, ils explorèrent une nouvelle route vers la Syrie, traversant le désert et longeant l'Euphrate. Cependant, ils ne purent échapper à la vigilance des Musulmans qui finirent par les atteindre à Qaradha, dans les abords de Najd, à quelque huit étapes de Médine, au mois de Jamâdî II de l'an 3 de l'hégire. L'escorte de la caravane prit la fuite, et Zayd Ibn Hârithah, qui dirigeait la force des Musulmans, devait rapporter un bien riche butin.

La Campagne d'Ohod

Abû Sufiyân, irrité par le sentiment de perte de la richesse privée et publique, accéléra les préparatifs de la campagne contre Mohammad. Ses alliés des tribus du littoral s'étant rassemblés avec les Banî Kinânah et les Banî Tihâmah, son armée devint forte de trois mille hommes dont sept cents étaient équipés de cottes de mailles, et deux cents cavaliers, ainsi que mille chameaux qui suivaient la marche. Le tout fut renforcé par la venue d'un homme influent de Médine avec un très grand nombre de partisans. Ainsi Abû Sufiyân sortit vers Médine à la tête de cette force puissante dont 1'aile droite était commandée par Khâlid Ibn Abî Jahl.

Sa femme, la vindicative Hind se trouvait avec quinze matrones mecquoises à l'arrière. Elles battaient tous leurs tambours pour animer et exalter la grandeur de Hobal, la plus célèbre idole de la Ka'bah. Sur le chemin de Médine, lorsque l'armée arriva à Abwa, Hind voulut exhumer de la tombe les restes de Âminah, la mère du Prophète, qui reposait là depuis cinquante ans, mais elle fut retenue de cette abjection non sans difficulté.

L'armée arriva finalement à destination sans aucun obstacle, le 4 Chawwâl, de l'An 3 H., et elle campa à Thulholayfa, un village situé à environ huit kilomètres au nord-est de Médine dans les champs verts de céréales près de la Montagne d'Ohod.

La Marche du Prophète

Le Prophète se trouvait à Qoba lorsqu'il reçut des informations de son oncle 'Abbâs qui vivait à la Mecque, sur l'expédition des Quraych.(104) Aussi retourna-t-il rapidement à Médine et consulta-t-il ses adeptes pour savoir s'il valait mieux attendre l'attaque de l'ennemi contre la ville et se défendre à l'intérieur de Médine, ou s'il fallait le rencontrer à l'extérieur. Il était lui-même pour la première solution à laquelle beaucoup de ses partisans souscrivirent, mais la majorité des Musulmans le poussèrent à choisir la seconde solution, laquelle fut finalement adoptée.

Et bien que lorsque le Prophète s'apprêta à sortir de la ville à la tête de ses partisans, ceux-ci aient changé d'avis pour revenir à la première solution, il continua sa marche vers l'extérieur avec environ mille hommes conduits par 'Alî comme porte-étendard.(105)

'Abdullâh Ibn Obay Salûl se joignit, avec quelques khazrajites et quelques-uns de ses alliés juifs - dont le nombre total était d'environ trois cents hommes - à la force musulmane, mais le prophète refusa toute aide venant des Juifs, à moins qu'ils ne se convertissent à l'Islam. Ainsi, 'Abdullâh retourna avec ses trois cents hommes, alors que le Prophète, une fois arrivé à la Montagne d'Ohod avec ses sept cents hommes, prenait position sur la déclivité de la colline, plaçant les Quraych entre son armée et Médine, de sorte que la montagne d'Ohod se dressât derrière son armée faisant face à Médine.

Le Prophète posta cinquante archers (pour garder l'étroit défilé de la montagne) à l'arrière de son flanc gauche et leur donna l'instruction formelle de ne pas quitter leur poste pour quelque motif que ce soit, à moins qu'il ne leur en donnât l'ordre lui-même.

La Bataille d'Ohod

Le Prophète était arrivé à Ohod, un samedi matin, le 7 du mois de Chawwâl de l'an 3 H. Janvier ou février 625 ap. J. -C.) pour se trouver face à face avec les forces mecquoises prêtes à déclencher la bataille.(106)

Les Quraych s'avancèrent en formation en croissant, et l'aile gauche de leur cavalerie était conduite par Khâlid Ibn al-Walîd, un guerrier notoire. Abû Amîr, un champion mecquois s'avançant avec ses cinquante archers fut le premier à pointer ses flèches vers les Musulmans, lesquels répondirent par un tir nourri et prompt.

La bataille était donc engagée. Les archers mecquois revinrent et leur porte-étendard, Talha Ibn Abî Talha, fit quelques pas en avant en guise de défi aux Musulmans.

'Alî s'avança et lui trancha une jambe. Il tomba à terre et un autre champion hissa l'étendard, mais il fut à son tour mis hors de combat par Hamza qui le tua. Un troisième combattant quraychite redressa le drapeau, et il fut vite abattu par 'Alî. Ainsi neuf ou dix porte-étendard furent-ils tués l'un après l'autre seulement par 'Ali.

Il n'y a dans cette bataille un incident qui mérite d'être noté: Talha, le premier porte-étendard des Mecquois, qui avait perdu une jambe par suite du coup d'épée de 'Alî, était tombé à terre, et son sous-vêtement s'étant détaché, il était resté nu.(107) 'Alî, au lieu de l'achever, lui tourna le dos et cessa de le frapper. Le Prophète ayant assisté à la scène s'exclama: "Allàh-û-Akbar!" (Dieu est le Plus Grand), et lorsqu'il demanda à 'Alî pourquoi il avait épargné l'homme, celui-ci répondit que l'homme était nu et qu'il l'avait supplié d'épargner sa vie par amour de Dieu.

'Alî et Hamza, les héros de Badr, semant généreusement la mort parmi l'ennemi firent des ravages dans ses rangs. Toutefois, Hamza, alors qu'il combattait en duel contre Saba Ibn 'Abdul-'Uzza, un héros mecquois, fut perfidement transpercé d'un coup de lance par derrière par Wahchî, un esclave éthiopien qui se cachait derrière un rocher dans cette intention, ayant reçu la promesse de Hind, la femme d'Abû Sufiyân, d'être affranchi s'il parvenait à venger la mort de son père ou de son frère, abattus par 'Alî et Hamza lors de la bataille de Badr.

Maintenant 'Alî, se faisant accompagner par Abû Dajana, Mos'ab Ibn 'Omayr et Sahl Ibn Honayf, des héros musulmans, chargea l'ennemi. La force de la charge brisa le centre de l'ennemi et la masse de combattants vacilla. 'Alî et ses héros musulmans purent gagner le camp de l'ennemi. Ils firent fuir l'armée ennemie qui laissa derrière elle son camp aux Musulmans, lesquels se l'approprièrent.

Mais la hâte des soldats musulmans de s'emparer du butin laissé sur place compromit la victoire déjà remporté par 'Alî et les quelques Musulmans héroïques.(108) En effet, les archers postés dans le défilé abandonnèrent leurs positions pour rejoindre les pilleurs, laissant 'Abdullâh Ibn Jobayr, un officier subalterne, seul avec environ dix hommes, malgré ses protestations.

Khâlid Ibn al-Walîd, le Commandant de la cavalerie mecquoise, qui attendait derrière le défilé le moment propice pour charger, réussit habilement à se frayer un chemin parmi le petit groupe de dix défenseurs du défilé et à les faucher, pour lancer ensuite une attaque foudroyante contre l'arrière de l'armée musulmane. Moç'ab Ibn 'Omayr, un héros musulman qui ressemblait beaucoup au Prophète fut tué. Ibn Soraqa s'écria à haute voix que Mohammad avait été tué. Les fuyards mecquois revinrent vers le champ de bataille. Leur bannière, qui se trouvait par terre, fut ramassée par une matrone mecquoise qui s'appelait 'Omrah Bint 'Alqamah, et redressée par un esclave nommé Sowab, ce qui permit aux Mecquois de se rassembler autour d'elle. La plupart des Musulmans, y compris les principaux compagnons du Prophète tels qu'Abû Bakr, 'Omar, 'Othmân et Abû 'Obayday, prirent la fuite.(109)

Ce revirement soudain de la chance mit les Musulmans en échec. Ils se trouvèrent ainsi entourés par les Mecquois. La confusion était telle qu'il était difficile de distinguer l'ami de l'adversaire. La discipline ne put donc pas être restaurée.

D'aucuns disaient que même si Mohammad n'avait pas été tué,(110) qu'est-ce qui prouvait qu'il était un vrai prophète.(111) D'autres parlaient de la nécessité de demander le pardon d'Abû Sufiyân et de chercher refuge chez lui. La sourate Âlé 'Imrân, verset 144 fait allusion à ces gens dans les termes suivants: «Mohammad n'est qu'un prophète; des prophètes ont vécu avant lui. Retourneriez-vous sur vos pas s'il mourait, ou s'il était tué? Celui qui retourne sur ses pas ne nuit en rien à Dieu; mais Dieu récompense ceux qui sont reconnaissants», alors que le verset 149, de la même sourate s'adresse à ces mêmes gens ainsi: «Ô vous les croyants! Si vous obéissez aux incrédules, ils vous feront revenir sur vos pas; vous reviendrez, alors, ayant tout perdu».

Toutefois, quelques-uns des partisans du Prophète, décidèrent de ne pas lui survivre et persistèrent à lutter. (112) Anas Ibn Nazâr, un oncle d'Anas Ibn Mâlik, voyant ce jour-là, 'Omar Ibn al-Khattâb et Talhah Ibn 'Obaydullâh assis posément avec d'autres personnes, leur demanda ce qu'ils faisaient. Ils répondirent qu'ils n'avaient rien à faire puisque Mohammad avait été tué.

Anas leur dit à haute voix: «Mes amis! Même si Mohammad était tué, le Seigneur de Mohammad vit certainement et IL ne meurt pas. Donc ne vous attachez pas trop à la vie, combattez plutôt pour la cause pour laquelle il a combattu». Puis, il s'écria: «Ô Dieu, je suis excusé devant Toi et innocent de ce qu'ils disent». Et dégainant son épée, il combattit vaillamment jusqu'à ce qu'il fit tué. (Sale, p. 52, d' "Al-Beizâwi").

L'Ange Gabriel apparût alors au Prophète pour lui révéler le verset suivant qui l'informait qu'il y avait parmi ses adeptes des personnes qui ne pensaient qu'à cette vie, et d'autres qui songeaient à l'autre vie: «... Certains d'entre vous désirent le monde présent, certains d'entre vous désirent la vie future ...» (Sourate Âle 'Imrân, 3: 152).

'Alî Loué par les Anges

'Ali, qui se défendait encore courageusement, courut vers le Prophète qui se trouvait tout seul et se mit à côté de lui. Le Prophète lui demanda pourquoi il n'avait pas fui avec les autres.(113) Il répondit qu'il lui appartenait, qu'il n'avait rien à faire avec les autres, et qu'en tant que Croyant, il ne voulait pas se transformer en incroyant ou infidèle. A présent, deux groupes de Quraych s'apprêtaient à attaquer le Prophète l'un après l'autre. Ce dernier demanda à 'Alî de le défendre, et le héros vaillant repoussa les assaillants avec une telle intrépidité qu'il fut loué par les anges(114) dont on entendit les voix: «Thulfiqâr est la seule véritable épée, et 'Alî est l'unique héros».

'Alî Aidé par Gabriel

'Alî eut seize blessures dont quatre si sérieuses qu'elles faillirent causer sa chute de son cheval.(115) Mais chaque fois qu'il allait tomber un beau jeune homme le retenait, le remettait en place sur sa selle et le réconfortait par ces mots d'encouragement: «Continue à te battre, ô héros! Dieu et Son prophète apprécient tes services». Ce jeune homme n'était autre que l'Ange Gabriel qui loua devant le Prophète le courage de 'Alî et son dévouement ardent pour lui à un moment où tous les autres l'avaient abandonné. Le Prophète dit à Gabriel: «Rien d'étonnant! 'Alî vient de moi, et je viens de lui, c'est-à-dire que chacun de nous est une partie d'une seule et même Lumière Céleste»; ce à quoi Gabriel ajouta que lui aussi venait de tous les deux.

Le Prophète Blessé

Dans la mêlée, un héros mecquois, Obay Ibn Khalaf, s'élança en direction du Prophète pointant sa lance vers lui, mais il fut lui-même tué avec sa propre lance que le Prophète avait arrachée de ses mains pour lui en porter un coup mortel. Selon un autre récit, il fut blessé par la main du Prophète, blessure des suites de laquelle il mourut lors de son voyage de retour à la Mecque.(116)

Tout de suite après cet accrochage, le Prophète fut blessé par une pierre lancée avec une fronde par 'Otbah, le frère de Sa'd Ibn Abî Waqqâç. La Pierre le toucha à la bouche, coupant ses lèvres et cassant deux de ses dents de devant. Il fut également blessé au visage par une flèche dont il ne put par lui-même extraire la pointe en fer. Il resta ainsi par terre, saignant pendant un certain temps.(117)

Bénies furent alors l'aide opportune et la main amicale de 'Alî qui, après avoir repoussé les ennemis, revint vers le Prophète, et le trouvant dans un lieu sûr, put extraire la pointe de la flèche de son corps, étancher le sang de sa blessure et la panser, aidé par sa femme Fâtimah, la fille du Prophète.(118)

'Alî prouva à cette occasion, comme il l'avait prouvé auparavant et qu'il le prouvera par la suite, qu'il était le vrai défenseur et la main droite du Prophète à tous les moments de danger, et ce conformément au Décret Divin que le Prophète avait vu inscrit dans les cieux, la nuit de son Ascension (Mi'râj). Le lecteur peut se rappeler aussi comment 'Alî avait risqué sa vie pour protéger le Prophète, en acceptant de dormir dans son lit et de se couvrir de son célèbre manteau vert, lors de sa fuite vers la Mecque, et ce pour faire croire aux Mecquois que le Prophète était à la maison, les empêchant ainsi d'aller à sa recherche pendant plusieurs heures, et lui permettant pendant ce temps de trouver refuge dans une grotte sur la Montagne de Thawr.

La Fin de la Bataille

Ayant découvert que le Prophète n'avait pas été tué mais seulement blessé, les Musulmans commencèrent à se rassembler autour de lui. Les Mecquois n'ayant pas eu le courage de les mettre en déroute, se contentèrent de priver Mohammad de la victoire, et quittèrent le champ de bataille après avoir mutilé et profané les cadavres des Musulmans tués. Faisant halte à Rawha, à treize kilomètres d'Ohod, sur le chemin du retour, Abû Sufiyân se sentit mal à l'aise devant ce résultat tout à fait infructueux de sa campagne et songea à lancer un raid sur Médine.

Le Prophète de son côté, soupçonnant une action traîtresse derrière ce retrait hâtif de l'ennemi, décida d'entreprendre une action immédiate, et il mit par conséquent son armée à leur poursuite jusqu'à Hamra al-Asad où il apprit, le lendemain matin, qu'ayant reçu des informations sur son avancée vers eux, les Mecquois avaient déjà repris leur chemin de retour vers la Mecque.

Au cours cette bataille, les Mecquois eurent vingt-huit morts, dont douze furent tués par l'épée de 'Alî, alors que les Musulmans offrirent soixante-dix martyrs, dont les plus braves étaient: Hamzah Ibn 'Abdul-Muttalib, Moç'ab Ibn 'Omayr, Sa'd al-Rabî', Ammara Ibn Ziyâd et Handhalah, un fils d'Abû Amir, le héros mecquois qui avait été le premier à sortir des rangs des Mecquois pour charger les Musulmans avec cinquante archers. Parmi les martyrs Musulmans figurait l'oncle du Prophète, Hamzah Ibn 'Abdul-Muttalib dont le cadavre, avait été mutilé. Le monstre, Hinda, la femme d'Abû Sufiyân, avait arraché et sucé son foie pour assouvir sa soif de vengeance de la mort de son père que Hamzah avait tué lors de la bataille de Badr.

Le Prophète rassembla les corps de tous les martyrs musulmans, les enterra, et offrit des prières pour chacun d'eux. Il observa que ces martyrs étaient ses compagnons et qu'il témoignerait de la perfection de leur foi le Jour du Jugement. Abû Bakr, ayant entendu cette affirmation, lui demanda s'il n'était pas, lui aussi, son compagnon. Le Prophète répondit que si, en ajoutant: «Mais je ne peux pas voir ce que tu innoveras après moi».

Lamentations sur les Morts

Ayant terminé ses engagements à Ohod en cinq ou six jours, le Prophète retourna à Médine où il entendit les gémissements des femmes des Banî 'Abdul-Achhal pour leurs morts. Aussi exprima-t-il son regret que Hamzah n'eût personne pour pleurer sa mort. Sa'd Ibn Mo'az ressenti ce regret du Prophète, se rendit auprès des femmes de sa famille, et les amena à la maison du Prophète afin qu'elles pleurent sur la mort de Hamzah. Le Prophète les en bénit. Cet exemple fut suivi par toutes les femmes des Ançâr et des Muhâjirin à Médine.(119)

Un Canal sur les Tombes à Ohod

Pendant le règne de Mu'âwiyeh, on projeta la construction d'un canal passant à travers le cimetière dans la vallée d'Ohod. Le Gouverneur écrivit à Mu'âwiyeh que, sans raser les tombeaux des martyrs, le canal ne pouvait passer à travers cette région. En conséquence, une proclamation fut décrétée qui autorisa l'exhumation des corps des martyrs pour être replacés ailleurs. On constata alors que, bien qu'ils fussent là depuis plus de quarante-cinq ans, ils se trouvaient toujours frais et inaltérés, et lorsqu'ils furent sortis des tombeaux, ils avaient l'air de dormir d'un profond sommeil. Le corps de Hamzah saignait du pied à la suite d'un coup accidentel donné pendant le creusage.

Om Kulthûm

'Othmân Ibn 'Affân ayant perdu sa femme, Ruqayyah, décédée au mois de Ramadhân de l'an 2 H. , le Prophète le maria à Om Kulthûm au mois de Rabî' I de l'an 3 H. Celle-ci vivra avec son mari pendant six ans et mourra sans laisser d'enfant.

En fait, les deux femmes de 'Othmân étaient des belles-filles du Prophète, mais ce dernier les appelait ses filles par courtoisie.

Hafçah

Au mois de Cha'bân, le Prophète épousa Hafçah, la veuve de Jaych Ibn Hothayfah al-Sahmî qui était mort à Médine quelque temps après la bataille de Badr.(120) Elle était la fille de 'Omar Ibn al-Khattâb qui l'avait offerte d'abord à Abû Bakr, ensuite à 'Othmân, lesquels déclinèrent tous deux, l'offre. 'Omar s'en plaignit auprès du Prophète, lequel, pour l'obliger, accepta d'épouser sa fille. Toutefois, elle fut répudiée plus tard en raison de son caractère, mais le Prophète cédant aux supplications de son père, la garda parmi son harem. Elle mourut au mois de Cha'bân de l'an 45 de l'hégire, à l'âge de soixante ans.(121)

La Naissance d'al-Hassan, Fils de 'Alî

A la mi-Ramadhân de l'an 3 de l'hégire, 'Alî eut un fils de sa femme Fâtimah, la fille favorite du Prophète. L'enfant fut nommé "Al-Hassan". Lorsque son frère naquit l'année suivante, il eut pour nom, "Al-Hussayn". Les deux noms furent choisis selon la Volonté Divine. Ils n'avaient jamais été donnés à personne d'autre auparavant.





LA BATAILLE DU FOSSE ET
LE RÔLE DES JUIFS

Comme nous l'avons déjà noté, les Juifs devenaient de plus en plus jaloux de l'accroissement constant de la force et du pouvoir du Prophète. La tribu juive la plus distinguée et la plus riche, les Banî Nadhîr, qui vivait à Médine en défiant l'autorité du Prophète, uvrait en vue de sa ruine, par tous les moyens, loyaux ou déloyaux. Le chef des Banî Nadhîr, Ka'b Ibn Achraf, complotait, comme nous l'avons déjà vu, avec les Mecquois. L'attaque mecquoise d'Ohod eut lieu après qu'il eut été tué, et c'est ce qui explique pourquoi les Banî Nadhîr ne participèrent pas ouvertement à cette bataille. S'il avait été encore vivant, ils se seraient sûrement engagés dans l'expédition. Bien que celle-ci fût considérée dans une certaine mesure comme une campagne réussie, elle n'affecta pourtant en rien le pouvoir du Prophète, dont l'autorité resta intacte.

L'Expulsion des Banî Nadhîr

Les Juifs Nadhîrites, qui vivaient à quelque cinq kilomètres de Médine, ourdirent un complot pour tuer le Prophète traîtreusement lors d'une invitation amicale. Ils l'invitèrent à un dîner et placèrent son siège dans la cour, juste sous un toit en pente pour faciliter la chute d'une meule sur lui et le tuer de la sorte. Une fois assis à la place qui lui avait été désignée, avec quelques compagnons, le Prophète découvrit le dessein perfide, et quitta sur-le-champ le lieu, pour retourner seul et discrètement à sa maison, ayant compris que les Juifs ne cherchaient pas à nuire à ses compagnons mais à sa personne seulement. Ces derniers, découvrant un peu plus tard la cause de sa disparition soudaine, s'alarmèrent et suivirent son exemple.

Le Prophète décida alors de chasser les Banî Nadhîr hors de Médine et ordonna qu'ils partent dans les dix jours sous peine de mort. Mais ils refusèrent d'obtempérer et prirent la résolution de résister audit ordre. Il s'ensuivit qu'ils furent assiégés à l'intérieur de leurs murs, et après un siège de quinze jours, ils durent se rendre et on les expulsa à l'été de l'an 4 de l'hégire (625 ap. J. -C.) (Sourate al-Hachr). On les autorisa à emporter avec eux leurs biens mobiliers à l'exception des armes. La plupart d'entre eux allèrent à Khaybar où ils prirent propriété, d'autres se dirigèrent vers la Syrie. Leurs propriétés immobilières furent confisquées. Leurs bâtiments furent distribués aux Muhâjirin qui n'avaient pas encore de maisons depuis leur immigration. Certains Ançâr qui ne possédaient rien en propriété privée eurent aussi droit à des logements dans ces propriétés confisquées.

La Mort de la Mère de 'Alî

La mère de 'Alî, Fâtimah Bint-Asad, qui avait nourri affectueusement Mohammad après la mort de 'Abdul-Muttalib, mourut en l'an 4 de l'Emigration. Le Prophète la couvrit avec sa propre chemise après le bain préalable à son inhumation. Il participa lui-même au creusement de sa tombe, et lorsque celle-ci eût été creusée, il descendit lui-même tout d'abord dans le caveau et pria pour elle. Lorsqu'on lui demanda pourquoi toute cette attention particulière et toutes ces faveurs inhabituelles accordées à la défunte, le Prophète répondit qu'elle avait été une mère pour lui.

La Naissance d'al-Hussayn, Fils de 'Alî

Le 3 Cha'bân de l'an 4 H., un second fils de 'Alî naquit de Fâtimah, la fille du Prophète. Il fut appelé Hussayn. Sa naissance intervint après une grossesse de six mois seulement. On dit qu'à part le Prophète Yahyâ Ibn Zakariyyâ et al- Hussayn Ibn 'Alî, aucun autre enfant, né au terme d'une si courte grossesse, ne put survivre. Alors que le Prophète était en train d'embrasser l'enfant sur la gorge, l'Ange Gabriel apparut. Il le félicita pour la naissance de son petit-fils, mais il ne put retenir ses larmes.(122)

Lorsque le Prophète l'interrogea sur la raison de ses pleurs, l'Ange Gabriel lui prédit l'assassinat d'al-Hussayn après sa disparition (du Prophète). L'Ange Gabriel tendit une poignée de terre du sol sur lequel l'assassinat aurait lieu. En apprenant cette information, le Prophète s'attrista, pleura et maudit les Banî Omayyah. Cette poignée de terre fut gardée dans une bouteille par Om Salmâ, la femme du Prophète, celui-ci lui ayant demandé de la conserver aussi longtemps qu'elle conserverait la couleur rouge du sang, qui symbolisait le martyre d'al-Hussayn.

L'Invasion des Mecquois

Comme nous l'avons noté plus haut, les Juifs ne restèrent pas inactifs après leur expulsion. Ils formèrent une coalition avec les autres tribus qui avaient été bannies épisodiquement, et remuèrent ciel et terre pour annihiler leur ennemi commun, le Prophète. Ils incitèrent les Juifs de Khaybar pour qu'ils se joignent à eux dans leur lutte contre cet ennemi. Ils envoyèrent des délégations aux tribus bédouines et aux Quraych à la Mecque. Ils réussirent à conclure un traité avec les Mecquois, les engageant conjointement à s'opposer à Mohammad jusqu'à la fin. Ils réussirent également à conclure des alliances avec les grandes tribus bédouines de Ghataffan, Solayman, Banî Qays et de Banî Asad, en vue de supprimer l'Islam. Ils projetèrent une attaque en masse contre Médine afin de détruire le Prophète et sa religion dans sa source même.

Les Mecquois, forts de quatre mille combattants avec trois cents chevaux et quinze cents chameaux, furent renforcés par six mille alliés envoyés par les tribus juives et bédouines. Cette force considérable composée ainsi de trois armées totalisant dix mille hommes se mit en marche sous le commandement d'Abû Sufiyân au mois de Chawwâl de l'an 5 de l'hégire (Février 627, ap. J. -C.)

La Tranchée Défensive

Le Prophète reçut un renseignement sur l'invasion avant l'arrivée de l'ennemi, mais il avait à peine le temps de se préparer à le recevoir. Aussi décida-t-il de consacrer le peu de temps qu'il lui restait à se défendre à Médine même. Il se prépara donc à soutenir un siège. Ainsi, on construisit des maisons de pierre rattachées les unes aux autres, de manière à former une sorte de haut mur fermé autour de la ville, sauf du côté nord-ouest où on laissa une grande ouverture afin d'y affronter l'ennemi facilement.

A cet endroit, on creusa, sur les conseils de Salmân al-Farecî, qui était au courant du mode de défense des villes dans les autres pays, une tranchée large de quinze pieds et profonde d'autant. L'accomplissement de ce travail fut divisé proportionnellement entre les Musulmans. Le Prophète lui-même y participa en transportant la terre excavée. En six jours la tranchée fut terminée presque tout au long de la ligne défensive. Les maisons situées hors de la ville furent évacuées, les femmes et les enfants relogés, par mesure de sécurité, dans la partie supérieure des maisons à double étage, à l'intérieur du retranchement.

A peine tous ces préparatifs terminés, l'arrivée de l'ennemi fut retardée. L'armée musulmane se mit en rangs et se retrancha derrière le fossé. Le Prophète campa au centre du retranchement, sous une tente de peau rouge placée dans un endroit ayant l'air d'un croissant. Le camp avait derrière lui le terrain surélevé de Sila', et devant lui la tranchée.

En apercevant la tranchée, l'ennemi fut stupéfait, car ce mode de défense était inconnu chez les Arabes. Ceux-ci ne sachant donc pas comment surmonter cette difficulté imprévue, assiégèrent la ville. N'ayant pas réussi à pénétrer dans les quartiers fermés pendant un certain temps, ils se contentèrent d'y décharger sans relâche leurs flèches. Entre-temps, Abû Sufiyân essaya d'inciter la tribu juive de Quraydhah à rompre son allégeance à Mohammad.

Les Juifs de Quraydhah Rompent leur Pacte de Neutralité

Hoyay Ibn Akhtab, le Nadhîrite le plus zélé dans son opposition à Mohammad fut envoyé pour négocier avec Ka'b Ibn Asad, le prince des Juifs Quraydhites. Il réussit à le convaincre de se rallier à Abû Sufiyân et de violer donc le pacte de neutralité conclu avec le Prophète. Il fut convenu que les Quraydhah aideraient les Quraych après une période de préparation de dix jours, en attaquant l'arrière de l'armée musulmane par le quartier nord-ouest de la ville, qui s'étendait sur le côté sud-est de leur forteresse et qui leur était facilement accessible.

Les rumeurs de cette trahison parvinrent aux oreilles du Prophète, lequel envoya deux chefs d'Aws et Sa'd Ibn 'Abâdah chez les Juifs, pour savoir la vérité. Après avoir fait leur enquête, ils retournèrent auprès du Prophète pour l'informer que la disposition des Juifs à son égard était pire qu'on le craignait. Cette nouvelle l'alarma. Les craintes s'étant avérées justifiées, il devint nécessaire de se mettre à l'abri de toute surprise et de toute trahison. Le quartier nord-est de la ville, qui se trouvait du côté de la forteresse juive, était le moins défendable. Pour protéger les familles de ses partisans à travers la ville, le Prophète ne pouvait que détacher un grand nombre de combattants de son année de trois mille hommes, force à peine suffisante pour couvrir la longue ligne de retranchement.

Il dut donc affecter pour la défense intérieure de la ville deux forces, l'une de trois cents hommes sous le commandement de l'ex-esclave affranchi, Zayd Ibn Hârithah, et l'autre de deux cents hommes, sous le commandement d'un chef médinois. Ces deux forces avaient pour mission de patrouiller dans les rues et les chemins de la ville, jour et nuit.

Les Difficultés du Siège

Ainsi, la force chargée de la Défense de la ville contre les assaillants fut-elle réduite à deux mille cinq cents hommes qui devaient faire face à une armée ennemie de dix mille hommes. La prolongation du siège causa encore plus de troubles aux Musulmans étant donné que leur nombre, déjà insuffisant pour garder les postes extérieurs de la ligne du retranchement, ne permettait pas qu'on procédât à des relèves, bien qu'ils fussent obligés de faire un effort considérable pour maintenir une surveillance vigilante et permanente jour et nuit. Outre la famine due au manque de provisions, ils devaient supporte la chaleur des journées ensoleillées et le froid des nuits glaciales en plein air.

L'Ennemi Franchit le Fossé

Plus d'une quinzaine de jours s'écoulèrent ainsi, avant qu'un groupe d'élite de cavaliers parmi les assiégeants ne découvre la partie la plus étroite et la moins bien gardée de la tranchée. 'Amr Ibn 'Abd Wed, Nawfal Ibn 'Abdullâh et Dharar Ibn al-Khattâb, conduits 'Ikrimah Ibn Abî Jahl, donnant un coup d'éperon à leurs coursiers, réussirent à franchir le fossé et galopèrent avec vantardise devant leur ennemi. 'Amr avançant son cheval fièrement vers les Musulmans, les défia à un combat en duel. Abû Sufiyân et Khâlid Ibn al-Walîd attendaient de l'autre côté de la tranchée l'issue du combat.

'Alî Remporte la Victoire

A la vue de 'Amr les Musulmans furent frappés d'une terreur profonde et s'immobilisèrent.(123) Aucun d'entre eux ne prit le risque de s'avancer pour relever le défi, car cet homme était très célèbre pour sa force et reconnu parmi les Arabes comme étant égal à mille adversaires.

Le Prophète demanda aux compagnons éminents d'avancer. Personne, excepté 'Ali, ne se leva. Mais le Prophète lui intima l'ordre d'attendre. De nouveau 'Amr mugit et de nouveau 'Alî s'apprêta à s'avancer, mais fut retenu par le Prophète. A son troisième appel de défi, demandant aux Musulmans sur un ton sarcastique si aucun d'entre eux ne désirait gagner le Paradis en tant que martyr, là encore personne ne répondit au défi, sauf 'Alî qui s'avança impatiemment.

Cette fois-ci le Prophète ne s'opposa pas, et posant son turban sur la tête de 'Alî et sa cotte de mailles sur son corps, il l'arma de sa propre épée, Thulfiqâr, et le laissa aller à la rencontre de l'adversaire. «C'est un combat entre la Foi et l'infidélité, l'incarnation du désir de la première d'écraser complètement la seconde», s'exclama le Prophète lorsque 'Alî, l'illustre héros s'avança vers 'Amr Ibn 'Abd Wudd, le célèbre géant des infidèles.

Puis, levant ses mains vers le ciel, il pria: «Ô Dieu! 'Obaydah, mon cousin me fut enlevé dans la bataille, de Badr, et Hamzah, mon oncle, lors de celle d'Ohod. Par Ta Miséricorde! Ne me laisse pas seul et sans défense. Epargne 'Alî pour qu'il me défende. Tu es le Meilleur des défenseurs».

Lorsque les deux hommes ('Amr et 'Alî) se mirent face à face,(124) 'Amr dit à 'Alî: «Neveu! (car il était un ami d'Abû Tâlib, le père de 'Alî) Par Dieu, je ne voudrais pas te mettre à mort». 'Alî répliqua: «Mais par Allâh, je suis là pour te tuer". Enragé par cette réponse, 'Amr descendit immédiatement de son cheval, et lui coupant les jarrets, pour vaincre ou mourir, il s'avança vers 'Alî. Ils engagèrent le duel immédiatement, et tournant chacun autour de l'autre pour le prendre de flanc, ils soulevaient une telle tempête de poussière qu'il était difficile de les distinguer. On n'entendait que le bruit de leurs coups d'épée. Enfin on entendit la voix de 'Alî criant "Allàh-u-Akbar" (Allâh est le plus grand) en signe de victoire. Lorsque le sable se dissipa, on vit 'Alî posant son genou sur la poitrine de l'adversaire et coupant sa tête.

Le Décret Divin que le Prophète avait vu écrit en lettres de Lumière Céleste dans les cieux, la nuit du Mi'râj, se réalisa là encore, comme dans bien d'autres occasions similaires.

Voyant le sort subi par leur héros renommé, les compagnons de 'Amr dans cette entreprise malheureuse éperonnèrent leurs chevaux pour rebrousser chemin et fuir.(125) Ils gagnèrent tous l'autre côté de la tranchée, sauf Nawfal dont le cheval ne réussit pas le saut et qui tomba dans le Fossé. Submergé par une averse de pierres lancés par les Musulmans, il criait: «Plutôt mourir par l'épée que de la sorte». Ayant entendu ce cri, 'Alî sauta dans le fossé pour l'achever.

La Sur de 'Amr Ibn 'Abd Wed

Contrairement à la coutume, 'Alî n'ôta à 'Amr ni son armure ni ses vêtements. Lorsque la sur de 'Amr vint voir le corps de son frère, elle fut frappée d'admiration pour la noble conduite de son adversaire, et lorsqu'elle apprit qui il était, elle devint fière de son frère pour avoir été vaincu par celui qui était connu comme l'Unique Héros de caractère sans tache.(126)

Aussi s'exprima-t-elle dans les termes suivants: «Si son vainqueur était une autre personne que celui qui l'a tué effectivement, je pleurerais la mort de 'Amr toute ma vie. Mais (je suis fière de savoir que) son adversaire était l'unique héros irréprochable».

La Vaillance de 'Alî Exaltée par le Prophète

Le toujours victorieux 'Alî, le "Lion d'Allâh", se signala, là encore, par son courage, comme dans les batailles de Badr et d'Ohod.(127) Le Prophète déclara à cet égard que les actes héroïques de 'Alî dans le combat, le "Jour du Fossé" étaient plus méritoires que les actes de piété accomplis jusqu'à la fin de ce monde par ses adeptes.

La Dernière Tentative de l'Ennemi

Ce jour-là, l'ennemi ne tenta plus rien; mais il se livra à de grands préparatifs pendant la nuit. Khâlid tenta vainement avec un groupe de cavaliers de franchir la tranchée. Le lendemain matin, les Musulmans découvrirent toute la force de l'ennemi déployée tout au long du retranchement. Les combattants ennemis essayèrent par tous les moyens de gagner le côté musulman du retranchement, mais échouèrent sur toute la ligne. La tranchée remplit bien sa mission; elle ne put être traversée, et pendant toutes les opérations, cinq Musulmans seulement furent tués. L'ennemi, malgré son grand nombre, était paralysé par la vigilance des postes avancés des Musulmans. Il prétendit considérer la tranchée comme un subterfuge sans mérite, étant un artifice étranger auquel aucun Arabe n'était familier.

L'Infidélité des Juifs de Quraydhah

Entre temps, Abûl Sufiyân demanda aux Juifs de Quraydhah de tenir leur engagement de participer à l'attaque générale le jour suivant; mais les Juifs eurent des soupçons sur les Quraych et leurs alliés, et craignirent que si par malheur le combat ne s'engageait pas, les assiégeants pourraient se retirer tranquillement en les laissant à leur propre sort.

Pour être à l'abri d'une telle éventualité, ils demandèrent que les Quraych leur laissent quelques otages à titre de garantie, et prétextèrent leur Sabbat pour ne pas combattre le jour suivant. Cette attitude suscita à son tour la méfiance des Quraych qui soupçonnèrent les Juifs de leur avoir demandé des otages dans le seul but de les remettre à Mohammad qui leur assurerait la paix en contrepartie. Abh Sufiyân et les chefs des confédérés furent ainsi grandement découragés. Leur espoir si longtemps centré sur les Juifs de Quraydhah pour qu'ils attaquent dans la ville même l'arrière de l'armée du Prophète tourna à présent en une crainte de l'attitude hostile et traîtresse de ces mêmes Juifs.

Troubles dans le Camp de l'Ennemi

Démoralisés par la perte de leur commandant le plus courageux, 'Amr Ibn 'Abd Wud, et inquiets qu'ils étaient après deux tentatives vigoureuses mais infructueuses, les Quraych et leurs alliés n'avaient plus le courage de tenter une nouvelle attaque générale. Aussi la discorde commença-t-elle à les opposer les uns aux autres. Les bédouins n'avaient plus de fourrage pour leurs chevaux et leurs chameaux qui mouraient chaque jour en grand nombre.

Les provisions commencèrent à manquer cruellement. Surtout le mauvais temps les indisposait d'une façon intolérable. La nuit leur apportait froid glacial et tempête. Un orage de vent et de pluie faisait soulever le sable qui les frappait en plein visage, renversait leurs tentes, éteignait leurs feux, projetait leurs ustensiles et faisait fuir leurs chevaux. Ils prétendirent que tout cela était dû à la magie noire et à la sorcellerie de Mohammad qui ne tarderait pas à tomber sur eux avec toutes ses forces. Ils étaient ainsi frappés de terreur.

Le Prophète resta occupé à des prières ferventes pendant les trois derniers jours, implorant l'aide du Tout Puissant Allâh dans les termes suivants: «Ô Seigneur! Révélateur du Livre Sacré, Toi Qui es prompt dans Tes comptes: Déroute l'armée des confédérés! Mets-les en déroute, et fais-les trembler, Ô Seigneur!».(128)

La quatrième nuit, ayant terminé ses prières, il demanda à Abû Bakr s'il voulait bien se rendre dans le camp de l'ennemi pour surveiller leurs activités. Abû Bakr répondit: «Je demande pardon à Allâh et à Son Prophète». Le Prophète promit alors le Paradis à quiconque accepterait de prendre ce risque, et il se tourna vers 'Omar, lequel s'excusa de la même façon. La troisième personne à laquelle le Prophète s'adressa fut Huthayfah, qui accepta sur-le-champ, et se rendit dans le camp de l'ennemi à la faveur de la nuit.

Il put constater les ravages faits par la tempête et voir Abû Sufiyân sombrer dans une très mauvaise humeur. Il revint à son camp et rapporta au Prophète en détail tout ce qu'il avait vu chez l'ennemi. Le Prophète fut très content de sentir que son appel à Allâh avait été satisfait.

«Ô vous qui croyez! Souvenez-vous des bienfaits d'Allàh envers vous: lorsque les armées marchèrent contre vous, Nous avons envoyé contre elles un ouragan et des armées invisibles. Allâh voit parfaitement ce que vous faites». (Sourate al-Ahzâb, 33: 9).

L'Ennemi Lève le Siège

Indisposé soit par la sévérité du climat soit par la terreur que lui inspirait la manifestation de la Colère du Ciel, Abû Sufiyân décida précipitamment de lever le siège et de retourner à ses bases de départ une fois pour toutes. Convoquant les chefs des alliés, il leur fit connaître sa décision. Donnant l'ordre de lever le siège imposé au camp, et montant immédiatement sur son chameau, il prit rapidement le chemin de la Mecque, suivi par ses années. Khâlid fut chargé, avec deux cents chevaliers, de garder l'arrière des armées et de les protéger contre toute poursuite. Les Ghatafân et les alliés bédouins se retirèrent vers les déserts. Au matin, personne ne se trouvait plus dans le camp.

Ce fut une grande joie pour les Musulmans de découvrir ce matin-là la soudaine disparition de l'ennemi et le dégagement inattendu de leur camp. Ils démolirent ce camp dans lequel ils avaient tant souffert du siège pendant les vingt-quatre derniers jours des mois de Chawwâl et Thilqa'dah, de l'an 5 de l'hégire (ou de Février - Mars, 627, ap. J. -C.), et dès qu'ils reçurent la permission du Prophète de quitter le terrain mitoyen de la colline de Sila, ils se dispersèrent sans tarder pour gagner leurs domiciles.

Les Banû Quraydhah

Tout de suite après le retour du Prophète du retranchement, et alors qu'il était en train de se laver les mains et le visage, après avoir ôté son armure, dans la maison de sa fille bien-aimée, Fâtimah, chez laquelle il avait l'habitude de se rendre avant de regagner sa propre maison à son retour de chaque expédition ou voyage, l'Ange Gabriel lui apporta l'ordre de se diriger immédiatement vers les Juifs de Quraydhah.(129)

Le Prophète y envoya sur-le-champ 'Ali avec son Etendard, et il l'y suivit avec son armée pour assiéger la forteresse des Juifs, lesquels, ne s'attendant pas à un tel siège, commencèrent à en souffrir rapidement. Aussi songeaient-ils à capituler, mais leur récente trahison n'était pas encore oubliée. Elle avait causé la plus grande anxiété aux Musulmans jusqu'à la veille. S'ils avaient attaqué l'arrière des lignes musulmanes conformément à leur pacte avec les Quraych, ils auraient provoqué la faillite totale des Musulmans. Comme nous l'avons déjà dit, personne, se trouvant à la place du Prophète pendant les jours du retranchement, n'aurait été capable d'oublier leur trahison.

C'était donc à leur tour de souffrir des conséquences de leur comportement déloyal. Le Prophète refusa de leur faire aucune confiance. Cependant, lorsqu'ils le prièrent de permettre à Abû Lobâbah, de la tribu d'Aws - dont ils exaltèrent l'ancienne amitié avec eux - de leur rendre visite et de discuter avec eux, le Prophète accepta de bon cur de leur accorder cette faveur. Abû Lobâbah alla chez eux et se concerta avec eux, non pas avec sa langue, mais symboliquement avec ses mains en dessinant des gestes sur sa gorge pour leur signifier qu'ils étaient condamnés et qu'ils devaient agir désespérément.

Mais leur conscience coupable ne leur permit pas d'agir avec lucidité. Finalement, après vingt-cinq jours de siège, ils offrirent de se rendre à condition que Sa'd Ibn Mo'âth, le chef de leurs alliés - les Banî Aws - fût désigné pour décider de leur sort.

Le Prophète accepta leur reddition. Ils sortirent donc comme prisonniers et Sa'd fut convoqué pour prendre une décision sur le sort qui leur serait réservé. Sa'd, qui avait été grièvement blessé dans la bataille du Fossé, était en traitement. Lorsqu'il apparut à dos de mulet, affaibli et éreinté, soutenu par ses amis, mais le visage toujours majestueux et imposant, il fut vite entouré par les hommes de sa tribu qui le poussaient à traiter les prisonniers avec indulgence, lui rappelant leur amitié et les services qu'ils avaient rendus de temps en temps, comme dans les batailles de Bo'ath. Quand il s'approcha, le Prophète lui commanda de prononcer son jugement sur les Banî Quraydhah. Sa'd se tourna vers les siens qui n'avaient pas cessé de l'inciter à faire preuve de miséricorde envers les Juifs, et leur demanda s'ils étaient disposés à accepter solennellement ce qu'il déciderait. Après avoir entendu un murmure général de consentement, Sa'd décréta que les captifs mâles devraient être passés par l'épée, leurs femmes et enfants vendus comme esclaves, et leurs biens confisqués et divisés entre les assiégeants. Cette sentence fut exécutée.

Le chef des Nadhîrites, Hoyay Ibn Akhtab, celui qui s'était rendu coupable d'inciter les Quraydhah à rompre le pacte de neutralité conclu avec le Prophète, et donc de leur causer cette calamité, fut parmi les tués, tout comme Ka'b Ibn Asad, le chef des Quraydhah.

Zaynab Bint Johach

Zaynab, une fille d'une beauté extraordinaire, était la fille d'Aminah, fille 'Abdul-Muttalib, le grand-père du Prophète. Elle était donc une cousine de Mohammad qui l'avait éduquée quand elle était jeune fille, sous son contrôle personnel. Lorsqu'elle devint une femme, le Prophète lui proposa de se marier avec Zayd, l'esclave affranchi qu'il considérait avec une affection paternelle. Elle refusa tout d'abord ce mariage, mais finit par y consentir plus tard. Toutefois, elle n'était guère heureuse dans son mariage, et son mari la traitait avec dédain. Chaque jour des querelles éclataient entre eux, et Zayd se plaignit d'elle auprès du Prophète auquel il exprima son désir de la répudier.

Le Prophète l'en dissuada. A la longue, Zayd ne pouvant plus supporter la situation, il se sépara d'elle, en l'an 5 de l'hégire. Pensant être la cause du malheur de sa cousine qu'il avait mariée contre sa volonté, le Prophète se sentait mal à l'aise et la dédommagea en l'épousant lui-même.

Il convient de noter ici qu'un esclave était toujours considéré avec mépris par son maître et par le grand public, et il n'obtenait pas en général un statut d'égalité avec eux-mêmes après son affranchissement. Que dire alors du mariage mixte! En mariant sa propre cousine à Zayd, le Prophète avait donné un exemple aux gens pour qu'ils ne traitent pas un esclave comme un être dégradé ou inférieur. En outre, beaucoup de coutumes avilissantes prévalaient en Arabie avant l'avènement du Prophète. Par exemple, le fils le plus âgé héritait de son père ses veuves. De plus le fils adoptif héritait de tous les biens et titres de son père adoptif resté sans progéniture de lui-même, privant ainsi tous les autres héritiers légitimes de son héritage. Les gens étaient en somme plongés profondément dans la cruauté et le vice. L'infanticide féminin n'était pas considéré comme un crime pour eux. C'est pour condamner et abolir de tels vices et immoralités et mettre fin à la torpeur spirituelle que le Prophète naquit en Arabie.

Et le voilà qui reçoit présent, du Seigneur Suprême, cet ordre: «Et quand Zayd eut cessé tout commerce avec son épouse, Nous te l'avons donnée pour femme afin qu'il n'y ait pas de faute d reprocher aux Croyants au sujet des épouses de leurs fils adoptifs quand ceux-ci ont décidé une affaire nécessaire les concernant. L'ordre de Dieu doit être exécuté» (Sourate al-Ahzâb, 33:37), ordre d'épouser Zaynab afin de donner aux Musulmans un exemple pour qu'ils ne traitent plus un fils adoptif comme un fils réel. Par conséquent, le Prophète épousa Zaynab Bint Johach après le délai requis à la suite de sa séparation d'avec Zayd.





LE TRAITE DE HODAYBIYYAH ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS AU COURS DE LA SIXIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION

Les Juifs de Banî Moçtalaq

Les Juifs de la tribu de Banî Moçtalaq, habitant la province voisine, projetèrent un raid sur Médine. Le Prophète, ayant reçu des renseignements sur leurs activités belliqueuses, envoya Boraydah Ibn al-Hoçîb pour vérifier ces informations. A son retour, Boraydah les confirma. Le Prophète marcha donc contre eux le 12 Cha'bân de l'an 6 de l'hégire, en choisissant 'Ali comme porte-étendard. Une bataille s'engagea au terme de laquelle dix Juifs furent tués, dont leur dirigeant, Hârith Ibn Abî Dharâr.

Après la mort de leur chef, les Juifs renoncèrent au combat, et les Musulmans retournèrent victorieux avec deux cents captifs, mille chameaux et cinq cents moutons. Juwayriyyah, la fille du chef des Juifs, figurait parmi les captives. Son père, Hârith, avait supplié le Prophète de ne pas la traiter en esclave. Elle embrassa l'Islam et épousa le Prophète pour préserver sa dignité et sa position majestueuse parmi les siens qui furent tous relâchés en commémoration du mariage.(130)

L'Hypocrisie de 'Abdullâh Ibn Obay

Au cours du voyage de retour, un serviteur de 'Omar, se battant avec un Ançâr, provoqua une bagarre entre les Ançâr et les Muhâjin. 'Abdullâh Ibn Obay al-Salûl, l'hypocrite, se rangeant du côté des Ançâr, insinua que les Muhâjirin étaient des gens qui, avec leur pouvoir croissant, pourraient empiéter sur les droits des Ançâr si ceux-ci ne prenaient pas les mesures nécessaires pour contrer leurs agressions. Ses propos furent rapportés au Prophète. 'Omar suggéra alors d'envoyer quelqu'un pour couper la tête de 'Abdullâh. Le Prophète rejeta la suggestion en disant: «Les gens diront que Mohammad met à mort à sa guise ceux qui sont avec lui».(131)

Tout de suite après, le fils de 'Abdullâh, un fils partisan dévoué du Prophète, ayant entendu tout cela, vint auprès du Prophète et lui dit que s'il avait l'intention de condamner à mort son père, il serait le premier à obéir à son ordre. Le Prophète invita le jeune homme à ne pas penser mal de son père et à être indulgent envers lui.

'Âyechah Accusée de Libertinage

Un autre incident qui se produisit au cours du même voyage fut l'accusation dont fit l'objet 'Âyechah, la femme du Prophète qui accompagnait son mari dans cette expédition. Dans ses notes sur Sourate al-Nûr, Sale relate cet incident comme suit:

«Mohammad, en entreprenant une expédition contre la tribu de Moçtalaq, la sixième année de l'hégire, s'était fait accompagner de sa femme 'Âyechah. A leur retour, alors qu'ils n'étaient pas loin de Médine, et alors que l'armée ne se déplaçait que de nuit, 'Âyechah descendit de son chameau et s'écarta de son chemin pour une raison personnelle, mais à son retour, ayant remarqué qu'elle avait perdu son collier en onyx de Tzafar, retourna le chercher. Entre-temps, ses serviteurs ayant pensé qu'elle était remontée dans son pavillon, emmenèrent son chameau. Quand elle revint sur le chemin pour découvrir que son chameau était parti, elle s'assit sur place, pensant que lorsqu'on constaterait qu'elle était portée manquante, on enverrait quelqu'un pour la chercher.

»Peu après, elle s'endormit. Tôt le matin, Çafwân Ibn Mo'attal, qui s'était attardé pour se reposer, passa par là, et voyant une personne en train de dormir, s'approcha pour voir de qui il s'agissait. Et l'ayant reconnue comme étant 'Âyechah, il essaya de la réveiller en prononçant deux fois d voix basse les mots suivants: "Nous appartenons à Dieu, et c'est à Lui que nous retournerons". Se réveillant, 'Âyechah se couvrit immédiatement de son voile. Çafwân la fit monter sur son propre chameau et la conduisit jusqu'à l'armée qu'ils rattrapèrent à midi.

»Cet incident tendit à ruiner 'Âyechah dont la réputation fut mise publiquement en question, comme si elle était coupable d'adultère avec Çafwân. Le Prophète fut très chagriné par cette histoire et n'avait pas l'esprit en paix».

W. Irving écrit: «La relation de l'incident, faite par 'Âyechah et confirmée par Çafwân Ibn Mo'attal satisfit ses parents et ses amis intimes, mais elle fit l'objet de moqueries de la part de 'Abdullâh et de ses partisans, les hypocrites. Deux parties s'opposèrent donc à ce sujet et un conflit s'ensuivit.(132)

»En ce qui concerne 'Âyechah, elle s'enferma chez elle, refusant toute nourriture et pleurant jour et nuit, le cur serré. Mohammad avait l'esprit très troublé, et demanda conseil à 'Alî dans sa perplexité. Ce dernier dédramatisa l'affaire, faisant remarquer que cette mésaventure était le lot fréquent de l'homme. Le Prophète ne fut que légèrement soulagé par cette suggestion. Il resta séparé de 'Âyechah pendant un mois, mais son cur battait pour elle, non seulement pour sa beauté, mais aussi parce qu'il aimait sa compagnie. Au paroxysme de son chagrin, il tomba dans un de ces états de transe que les incroyants attribuèrent à l'épilepsie.

»Il reçut alors une révélation opportune qui apparaîtra dans la sourate al-Nour. Elle se résumait en ceci: ceux qui accusent d'adultère une femme connue sans présenter à l'appui de leur accusation quatre témoins d charge, seront châtiés par quatre-vingts coups de fouet et leur témoignage rejeté.

»Quant à ceux qui ont porté l'accusation contre 'Âyechah, ils doivent fournir quatre témoins à ce propos. S'ils ne le font pas, ils seront considérés comme des menteurs aux yeux de Dieu. Qu'ils reçoivent donc la punition de leur crime. L'innocence de la belle 'Âyechah était miraculeusement établie, le Prophète la reprit auprès de lui avec plus d'affection. D'ailleurs, le Prophète ne tarda pas à leur appliquer le châtiment prescrit. La révélation convainquit complètement le pieux 'Alî de la pureté de 'Âyechah, mais celle-ci n'oubliera ni ne pardonnera jamais qu'il eût eu des doutes à son détriment dans beaucoup des plus importantes affaires dans l'avenir».

Le Pèlerinage du Prophète à la Mecque

Pendant la sixième année de l'hégire, le Prophète se vit dans un rêve en train de tourner autour de la Ka'bah et d'accomplir toutes les cérémonies du pèlerinage avec ses partisans. Le matin suivant, il communiqua ce qu'il avait vu dans son rêve à ses adeptes, lesquels furent très heureux de cette nouvelle, étant donné qu'ils brûlaient déjà d'envie de revoir leur ville natale et leurs maisons qu'ils avaient été forcés d'abandonner six ans avant.(133)

C'était le premier jour du mois de Thilqa'dah, pendant lequel il était interdit de faire la guerre dans toute l'Arabie, et à fortiori sur le territoire sacré de la Mecque. Par conséquent, la 'Omrah, ou le "Petit Pèlerinage", pouvait être accomplie durant ce mois-là sans aucun risque de voir les Quraych ou les Mecquois déclencher les hostilités.

Des préparatifs rapides en vue du pèlerinage furent faits, après que le Prophète eut annoncé qu'il voulait seulement accomplir le Pèlerinage. Les préparatifs du voyage ayant été terminés au début du mois, le Prophète conduisit environ quatorze cents de ses partisans à Holayfah, sur le chemin de la Mecque. Ils prirent avec eux soixante-dix chameaux pour le sacrifice. Ils ne portaient pas d'armes, sauf le sabre rengainé de voyageur. Seule une des femmes du Prophète, Om Salma, l'accompagna dans ce Pèlerinage.

L'Hostilité des Mecquois

La nouvelle de la marche du Prophète parvint rapidement à la Mecque. Malgré l'attitude non belliqueuse et pacifique des pèlerins, et bien qu'ils n'eussent pas d'armes sur eux, les Quraych les soupçonnèrent de tricherie. Aussi, rassemblant une force considérable et bien armée, sortirent-ils de la Mecque pour camper à environ dix kilomètres de la ville, et occuper une position sur la route de Médine. Pour contrer l'avance de Mohammad, ils lancèrent un corps expéditionnaire de deux cents cavaliers sous le commandement de Khâlid Ibn al-Walîd et 'Ikrima Ibn Abî Jahl. Le Prophète continua sa marche jusqu'à ce qu'un informateur l'ait mis au courant du mouvement des Mecquois, et peu après, les cavaliers mecquois apparurent à l'horizon.

La Halte du Prophète à Hudaybiyyah

Désormais, il n'était plus possible pour le Prophète de continuer à avancer, étant donné qu'il n'était pas venu dans l'intention de livrer bataille aux Mecquois. Il tourna donc à droite pour arriver à Hudaybiyyah, à la limite du territoire sacré autour de la Mecque.

Là, son chameau, Qaswah s'arrêta de lui-même et s'agenouilla, refusant de faire un pas de plus en avant. Les gens dirent qu'il avait des ennuis, mais le Prophète considéra son arrêt spontané comme un présage divin lui indiquant de ne pas aller plus loin. Aussi campa-t-il à Hudaybiyyah.

Il n'y avait pas d'eau disponible à cet endroit, car malgré l'existence de quelques puits, ceux-ci étaient ensablés. Le Prophète sortit alors une flèche de son carquois et la planta dans l'un de ces puits. L'eau jaillit alors à gros bouillons, au grand soulagement de tout le camp.

Les Quraych envoyèrent alors successivement trois messagers au Prophète pour s'informer sur la raison de sa venue là. 'Orwah, un chef de Tâ'if et l'un des trois messagers, dit au Prophète que les Mecquois étaient exaspérés et qu'ils étaient décidés à périr plutôt que de lui permettre d'entrer à la Mecque. Il partit en disant que les Mecquois ne supporteraient pas la populace qui l'accompagnait ni ne la laisseraient s'approcher de la ville, et jura qu'il était en train de se représenter celle-ci désertée par cette populace dès que les Mecquois l'attaqueraient.

Là, Abû Bakr commença à être très irrité par ces assertions. Le Prophète répondit, toutefois, à chacun des trois messagers que c'était par un pur désir pieux de visiter le sanctuaire sacré et d'accomplir les rites sacrés liés à ce lieu qu'il avait entrepris ce voyage de Pèlerinage. Les messagers virent même la file de chameaux de sacrifice avec des marques sur leur cou, indiquant qu'ils étaient attachés depuis longtemps dans ce but pieux.

A leur retour, ils exprimèrent leur conviction de la sincérité des intentions pacifiques de Mohammad, mais ils ajoutèrent que les Quraych resteraient fermes et qu'ils ne les écouteraient pas.

Les Négociations avec les Mecquois

Le Prophète envoya à son tour l'un de ses hommes (Kharrach B. Ommayyah) sur son propre chameau appelé Tha'lab,(134) aux Quraych pour leur donner toutes les assurances qu'il n'était pas venu avec un dessein hostile, mais ils le traitèrent brutalement, estropièrent le chameau sur lequel il était venu, et menacèrent même sa vie. Et sans l'intervention de deux Ahabich qui l'aidèrent à fuir, il aurait été tué.

Le Prophète exprima son désir que 'Omar fasse la même commission, mais ce dernier s'excusa, prétextant qu'il n'était pas en bons termes avec les Quraych, et proposa 'Othmân comme étant l'homme qui convenait à cette tâche. Finalement c'est celui-ci qui fut envoyé pour leur faire savoir que le Prophète était venu uniquement dans l'intention de visiter la Maison Sacrée et qu'une fois qu'il aurait abattu les chameaux sacrificatoires, il repartirait avec tous ses partisans.

Mais les Quraych répondirent qu'ils avaient juré de ne pas permettre à Mohammad d'entrer dans la ville cette année et que s'il ('Othmân) désirait lui-même visiter la Ka'bah, il pourrait le faire. 'Othmân déclina l'offre, et décida de retourner au camp, en leur disant qu'il ne pouvait se permettre de le faire, sans que le Prophète n'ait accompli le premier les rites du Sanctuaire. Entre-temps, son voyage de retour ayant duré trop longtemps, une rumeur de son assassinat par les Quraych circula dans le camp musulman. Le Prophète était très affligé par cette nouvelle.

L'Engagement sous l'Arbre

La nécessité de livrer bataille à l'ennemi étant devenue ainsi inévitable, il convoqua tous les pèlerins autour de lui.(135) Et se plaçant sous un arbre, il prit de chacun d'eux l'engagement sous serment d'une adhésion irréversible à lui, de ne pas fuir,(136) et de combattre jusqu'à la fin. Cet engagement est appelé "L'Engagement sous l'Arbre" (cf. Sourate al-Fat-h, verset 18, «Dieu était satisfait des Croyants quand ils te prêtaient serment sous l'Arbre. IL connaissait le contenu de leurs curs. IL a fait descendre sur eux la tranquillité. IL les a récompensés par une prompte victoire»).

Il est mémorable dans l'histoire de l'Islam, car il illustre le dévouement et la loyauté des Musulmans envers leur Prophète, et comment ils se glorifièrent de leur ferveur religieuse et pensèrent qu'ils avaient mérité le salut, alors que les plus raisonnables d'entre eux étaient conscients des actes condamnables commis plus tard par certains adeptes du Prophète, après "L'Engagement sous l'Arbre" et après la mort du Prophète. Les hommes qui n'étaient pas présents à cette occasion regrettèrent de n'avoir pas eu cette chance.

Négociations de Paix Engagées à Hudaybiyyah

On découvrit plus tard un groupe de quatre-vingts Mecquois qui guettaient le camp des Musulmans, cherchant à attraper les personnes égarées. Tous ces hommes furent entourés, faits prisonniers, et amenés auprès du Prophète, lequel, par sagesse, les traita très généreusement. Les Mecquois, craignant le déclenchement d'une bataille, après avoir appris la teneur de l'engagement sous l'Arbre, dépêchèrent Suhayl Ibn 'Amr et quelques autres représentants au camp musulman pour conclure un traité de paix avec Mohammad.

Après de longues discussions, les termes de la paix furent posés et le Prophète demanda à 'Alî, son lieutenant, de transcrire les termes du Traité au fur et à mesure qu'ils seraient dictés. Le texte du Traité commença ainsi: «Au nom d'Allâh, le Clément, le Miséricordieux».

Mais Suhayl fit objection et dit qu'il fallait qu'il commence par la formule que les Mecquois avaient l'habitude d'utiliser, à savoir: "En Ton nom, Ô Dieu!" Le Prophète concéda et demanda à 'Ali d'écrire: "Bismeka Allâhomma".

Puis il dicta: «Ceci est le Traité conclu entre Mohammad, le Prophète d'Allâh et Suhayl Ibn 'Amr». Là encore, Suhayl objecta que si les Mecquois le reconnaissaient comme Prophète d'Allâh, ils n'auraient pas porté les armes contre lui.(137)

Il demanda au Prophète de mettre le nom de son père au lieu de l'expression "Prophète d'Allâh". Le Prophète céda une seconde fois, mais 'Alî avait déjà écrit les mots "Mohammad, le Prophète d'Allâh". Le Prophète ordonna(138) à 'Alî d'effacer les mots contestés, mais comme ce dernier semblait hésiter, il prit les instruments d'écriture, effaça l'expression "le Prophète d'Allâh" et la remplaça par les mots: "fils de 'Abdullâh". Il prophétisa(139) en même temps, en s'adressant à 'Alî, qu'il devrait lui aussi céder, à son époque, dans une occasion similaire. Cette prophétie fut réalisée lors de la conclusion d'un traité entre 'Alî et Mu'awiyeh, quelque trente ans plus tard.

Les Clauses du Traité de Hudaybiyyah

Les clauses suivantes furent inscrites dans le traité: aucune des deux parties ne commettra d'agression ni d'attaque contre l'autre partie ou ses alliés pendant les dix années à venir.

Quiconque désirera se joindre à Mohammad et entrer en ligne avec lui sera libre de le faire, et de même, quiconque désirera se joindre aux Quraych et entrer en traité avec eux aura la liberté de le faire. Si quelqu'un passe à Mohammad et qu'il est réclamé par son tuteur, il devra lui être renvoyé, mais si quelqu'un parmi les partisans du Prophète passe aux Quraych, il ne sera pas extradé. Mohammad et ses partisans retourneront cette année à leur base de départ sans entrer dans l'enceinte sacrée. L'année suivante, ils pourront visiter la Mecque pendant trois jours après que les Quraych s'en seront retirés. Mais ils devront y entrer sans aucune arme, excepté celle de voyageur, c'est-à-dire chaque homme avec une épée rengainée.

Les Doutes de Certains Compagnons dans la Croyance

Certains parmi les partisans éminents du Prophète, s'étant fiés à son rêve, ne pouvaient s'attendre qu'à une victoire totale sur les Mecquois. Or, constatant à présent que ces derniers avaient l'avantage sur le Prophète qui sollicitait une permission (d'entrer dans l'enceinte sacrée) qu'ils s'entêtaient à lui refuser, ils furent exaspérés par la déception après de longs jours de fatigue et d'inquiétude.

«'Omar Ibn al-Khattâb dit carrément qu'il n'avait jamais jusqu'à présent suspecté si fort la véracité du fait que Mohammad était le Prophète d'Allâh, et il osa même s'adresser à lui dans les termes suivants: "N'es-tu pas un vrai Prophète d'Allâh?" "Si, sans aucun doute", répondit le Prophète. 'Omar lui demanda encore: "N'avons-nous pas raison et notre ennemi n'a-t-il pas tort?" "Bien sûr! Nous avons raison et nos adversaires ont tort". 'Omar conclut: "Pourquoi devrions-nous donc mettre une tache à notre foi et supporter le choc de l'humiliation?" Le Prophète répondit: "Je ne suis que le Messager d'Allâh, et je ne peux rien faire contre Sa Volonté". Toutefois, 'Omar ne fut pas satisfait des réponses du Prophète, puisqu'il tint des propos similaires indignés devant Abû Bakr: "Quoi! Mohammad n'est-il pas le Prophète d'Allâh? Ne sommes-nous pas Musulmans? Ne sont-ils pas des infidèles?"» ("Ibn Hichâm", p. 325)

«Si ces clauses avaient été fixées par toute autre que Mohammad lui-même - fût-il le Commandeur de ma propre nomination - j'aurais jugé indigne de moi des les accepter». (K. Wackidi, p. 120, de "Muir", vol. IV, p. 38).

Alors que le Traité était en train d'être rédigé, Abû Jandal, fils de Suhayl, un converti à l'Islam, mais que son père avait confiné à la Mecque, s'enfuit et gagna le camp de Mohammad. Il fut vite découvert et réclamé par son père Suhayl en vertu des termes du traité.

Le Prophète ordonna son retour à son tuteur. Abû Jandal se mit alors à crier. Le Prophète l'exhorta à patienter, et lui promit qu'Allâh lui accorderait bientôt la liberté et la prospérité, comme IL le ferait pour tous ceux qui étaient dans la même situation. Mais 'Omar bondit pour le conforter avec des idées telles que: «Le sage des infidèles n'est pas meilleur que celui des chiens» ("Muir", vol. IV, p. 42) et il l'incita à tuer son père pour compromettre toutes les négociations de paix. Abû Jandal récusa cette proposition.

Le Traité fut achevé lorsque 'Alî termina d'en écrire le texte. Il fut certifié par les compagnons les plus éminents du Prophète, malgré le fait qu'ils considéraient la paix ainsi obtenue, comme étant la paix la plus humiliante et la plus déshonorante. Une copie du Traité fut remise à Suhayl, lequel repartit avec ses compagnons. Le document original fut gardé par le Prophète.

Ayant conclu le Traité, le Prophète désira accomplir des cérémonies du pèlerinage adaptées à la nature des circonstances présentes.(140) Aussi ordonna-t-il à ses compagnons d'abattre leurs chameaux sacrificatoires et de se couper les cheveux.

Mais il fut attristé en constatant que personne ne suivait son ordre. Il ressentit si fortement cette désobéissance qu'il en parla à sa femme, Om Salma qui l'accompagnait dans ce pèlerinage. Mais une fois qu'il eut égorgé ses propres chameaux, et qu'il eut coupé ses propres cheveux, le premier, tous ses compagnons l'imitèrent progressivement. Ayant donc terminé les rites du pèlerinage, le Prophète se mit en marche avec tous ses partisans, en direction de ses bases de départ, et ce, après un séjour de vingt jours à Hudaybiyyah.

Sur le chemin du retour et vers la fin de la première étape de sa marche, le Prophète reçut la révélation de la Sourate al-Fat-h qui commence ainsi: «Oui, Nous t'avons accordé une éclatante victoire», et alors qu'il était sur le dos de son chameau, il la récita à haute voix.

Certains de ses compagnons furent étonnés et demandèrent si cela était une victoire. Le Prophète leur répondit que, sans aucun doute, c'était une victoire glorieuse. 'Omar et les autres rappelèrent au Prophète sa promesse d'entrer à la Mecque sans obstacle et sans opposition.(141) Ce à quoi il répondit que Dieu l'avait promis en effet, en ajoutant: «Mais quand a-t-IL promis que ce serait cette année-ci?»

Les Conséquences du Traité de Hudaybiyyah

Les événements subséquents prouvèrent toutefois que la paix de Hudaybiyyah constituait une victoire glorieuse pour le Prophète sur les Mecquois. En effet, en vertu du traité, toute personne, toute famille, tout clan, toute tribu avait la liberté de rejoindre le Prophète, de professer son credo, d'influencer les autres pour qu'ils le reconnaissent en tant que leur chef spirituel, de prier selon ses enseignements sans courir le risque de subir la persécution des incroyants qui n'avaient plus la possibilité de les maltraiter ou de les mettre au ban de la société. Chaque Musulman était désormais libre d'établir des rapports sans restriction avec les non-Musulmans. Ainsi, des relations mutuelles d'amitié ayant pu se rétablir, la paix et la tranquillité furent restaurées grâce au Traité.

Dans un laps de temps incroyablement court tout le Hijâz chantait les louanges du Prophète qui l'aidait à sortir du paganisme obscurantiste vers la lumière joyeuse du monothéisme. Désormais l'Islam progressait d'un pas ferme à travers tout le territoire. Il n'y avait aucune personne de bon sens et de jugement parmi les idolâtres qui n'éprouvât un sentiment de profonde considération envers les commandements du Prophète.

Immédiatement après le Traité, les Banû Khozâ'ah, qui avaient depuis fort longtemps une inclination pour la nouvelle Religion, entrèrent ouvertement en alliance avec le Prophète. C'était là le premier résultat concret du Traité. Bref, en deux ans après le Traité, la Mission Divine de Mohammad eut plus de succès qu'elle n'en avait eu pendant les dix-neuf années précédentes.

Tout cela était le résultat glorieux de la Paix, cette même paix qui avait été considérée sur le moment comme déshonorante et humiliante et comme étant propre à rabaisser le niveau de la Religion de Dieu, et qui n'avait été possible que grâce à ce Traité que le Prophète n'avait pas hésité à conclure avec les Mecquois, malgré les remontrances de ses principaux compagnons.

C'est évidemment subséquemment à ce même Traité que deux ans plus tard, il fut suivi par dix mille hommes dans sa marche pour la Conquête de la Mecque, alors qu'à présent, à Hudaybiyyah, il n'avait pu amener avec lui qu'à peine mille cinq cents partisans. C'était là vraiment une grande victoire, dépassant toutes les autres dans ses effets de grande portée. Sans combat ni effusion de sang, le Traité fit plier les infidèles et les amena à reconnaître ce même Mohammad - dont ils avaient abusé et qu'ils avaient persécuté et banni - comme une Force indépendante, au point de conclure avec lui un Traité lui donnant le droit d'occuper en toute quiétude et pendant trois jours, leur cité, l'année suivante.





DES AMBASSADES DANS LES PAYS ETRANGERS, LA CAMPAGNE DE KHAYBAR, 'UMRAT-AL-QADHÂ' ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA SEPTIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION

Des Pays Etrangers Appelés à l'Islam

Avec la conclusion du Traité de Hudaybiyyah, le Prophète se débarrassa de tous les ennuis venant des Mecquois. Désormais il était en mesure de diriger son attention vers un prêche plus étendu de sa Religion pour accomplir ainsi le principal objectif de sa Mission Divine. Aussi décida-t-il d'inviter les Etats et Empires voisins à la Foi Divine en leur envoyant des Ambassadeurs munis d'une missive de sa part.

Et étant donné que les missives n'étaient reconnues par les cours étrangères que si elles étaient validées par un sceau, le Prophète se fit faire vers la fin de la sixième année de l'Emigration un anneau d'argent sur lequel étaient gravés les mots suivants: "Mohammad, le Messager de Dieu". Des lettres furent écrites et scellées, et au début de la septième année, au mois de Moharram, six ambassadeurs furent dépêchés simultanément à: Najjachi le roi d Ethiopie; Yamama; Khosrô, le monarque de Perse; César, l'Empereur romain; la Syrie et l'Egypte. Les messagers choisis pour convoyer les missives connaissaient la langue des pays auxquels ils étaient destinés respectivement.

'Amr Ibn Omayyah fut envoyé en Abyssinie avec deux missives dont l'une invitait le roi d'Ethiopie à la Religion Divine, et l'autre, faisait état du désir du Prophète que les émigrés restant encore en Ethiopie, puissent retourner à présent à Médine, ainsi que d'une requête singulière dans laquelle le Prophète demandait au Roi de le fiancer à Om Habîbah, la veuve de 'Obaydullâh qui avait émigré en Ethiopie et qui y mourut plus tard. Le Roi reçut l'ambassadeur avec la plus grande hospitalité et répondit à la première missive par des propos laissant comprendre un humble acquiescement, donnant l'assurance qu'il avait d'ores et déjà embrassé l'Islam et exprimant son regret de ne pas être présent pour pouvoir recevoir personnellement les bénédictions du Prophète. Conformément à la requête exprimée dans l'autre missive, le Roi accomplit la cérémonie des fiançailles d'Om Habîbah et prépara deux bateaux pour le retour des émigrés conduits par Ja'far. Les deux bateaux arrivèrent au port de Médine en automne, au mois de Jumâdi-I de l'an 7 de l'hégire, soit en août 628 ap. J. -C.

Salit Ibn 'Amr fut envoyé à Yamama avec une missive à Hauza, le Chef chrétien de Banî Hanîfah, qui reçut l'ambassadeur cordialement et fit l'éloge du Prophète. Mais par la suite, il congédia le messager en lui répondant qu'il n'était prêt à suivre le Prophète que s'il faisait de lui un partenaire dans ses privilèges, car, ajouta-t-il, il jouissait déjà de révérence en tant que seigneur et orateur de son peuple, du fait qu'il était un poète éloquent de sa tribu.

'Abdullâh Ibn Hothâfah porta la missive en Perse. Lorsqu'elle fut délivrée au Roi Khosrô, il la déchira en petits morceaux. Le messager retourna auprès du Prophète et lui fit son rapport. Le Prophète pria: «Ô mon Dieu! Déchire de la même façon son royaume». (Le vu du Prophète sera exaucé quelques années plus tard, lorsque les dominions perses se trouvèrent entièrement déchirés). Khosrô envoya des ordres à son gouverneur du Yémen pour qu'il ramène le Prophète à la raison ou qu'il l'envoie enchaîné à la Cour Royale. Bazhan, le gouverneur perse du Yémen, envoya une missive courtoise au Prophète, lequel en la recevant sourit et invita l'ambassadeur à l'Islam en l'informant que Khosrô n'était plus de ce monde et que la nuit dernière il avait été poignardé par son fils, l'héritier présomptif. Il lui ordonna ensuite de retourner pour rapporter à son maître la nouvelle et lui demander d'offrir sa soumission auprès du Gouverneur du Yémen et de lui faire son rapport. Bazhan avait entre-temps reçu une missive du nouvel Empereur. Convaincu par la prophétie ou animé par des motifs d'intérêt personnel, toujours est-il, qu'il signifia son adhésion au Prophète, embrassa l'Islam et dénonça l'autorité de l'Empereur perse.

Dehya Kalbi qui avait été envoyé à l'Empereur Héraclius, le monarque chrétien de l'Empire romain fut reçu d'une façon respectable. L'empereur sembla bien disposé envers la nouvelle Foi, mais après avoir écouté les opinions de ses courtisans qui étaient indifférents à cette Foi, il congédia l'ambassadeur en le chargeant de quelques cadeaux précieux pour le Prophète.

Chuja Ibn Wahab fut envoyé en Syrie muni d'une lettre invitant Hârith VII, Prince de Banî Ghassân à l'Islam. Celui-ci fut très irrité par le contenu de la lettre qu'il fit parvenir à l'Empereur Héraclius en lui demandant la permission d'envoyer une expédition pour en châtier l'auteur. Le messager du Prophète fut détenu dans l'attente de la réponse de l'Empereur. Celui-ci, n'ayant pas approuvé la suggestion du Prince, Hârith éconduit le messager après lui avoir offert des cadeaux. Lorsque le Prophète apprit l'attitude de Hârith, il prédit la perte de son royaume. Peu après, Hârith mourut.

Habîb Ibn Abi Balta'ah fut envoyé comme ambassadeur à Alexandrie, le siège du Gouvernement d'Egypte à l'époque.(142) Le Vice-roi romain, Maqawqas le reçut très respectueusement, lut la lettre dont il était chargé, et y répondit en promettant d'en prendre note. Il écrivit notamment qu'il savait qu'un Prophète devait déjà être envoyé, mais qu'il attendait son apparition en Syrie. Pour concrétiser ses sentiments respectueux envers le Prophète, il chargea son messager de beaucoup de cadeaux, dont deux belles-surs coptes (race à laquelle appartenait Moqawqas lui-même). L'une d'elles s'appelait Marya et eut l'honneur d'épouser le Prophète, et l'autre, Sirîne, fut offerte au poète Hassan. De même une mule blanche, chose très rare en Arabie à l'époque, figurait également parmi les cadeaux. On l'appelait Duldul. Elle fut utilisée par le Prophète, et après sa mort, par son petit-fils al-Hussayn.

Les Causes de la Campagne de Khaybar

Depuis l'Emigration du Prophète, les Juifs, comme nous l'avons déjà dit, étaient jaloux de son pouvoir et de son autorité sans cesse grandissante, et lui causaient par conséquent beaucoup de problèmes, ce qui l'avait poussé à les expulser. Un certain nombre des Juifs de Banî Nadhîr qui avaient été expulsés de Médine s'établirent parmi leurs frères à Khaybar, situé à environ cent cinquante kilomètres au nord-est de Médine. Ils nouèrent des alliances avec beaucoup de tribus bédouines puissantes qu'ils excitèrent, comme les Quraych de la Mecque, contre le Prophète, et ils avaient assiégé vers la fin de l'avant-dernière année Médine.

Après leur retrait, leur chef, Abul-Haqîq, qui avait joué un rôle prédominant avec Hoyay Ibn Akhtab dans le siège de Médine, incita les Banî Fozârah et d'autres tribus bédouines à attaquer les propriétés des citoyens paisibles de Médine. Au mois de Rabî'-I de la sixième année de l'Emigration, 'Oyaynah, le chef des Banî Fozârah, tombant sur une troupe de chamelles laitières du Prophète, les enleva, tua le gardien et emmena sa femme comme prisonnière.

Au mois de Rabî'-II de la même année, les Banî Ghatafân, eux aussi, s étaient rassemblés dans l'intention d'enlever dans les pâturages les chameaux appartenant à Médine. Les Musulmans envoyèrent Mohammad Ibn Maslamah avec dix hommes pour contrecarrer leur projet. Mais tous ses compagnons furent tués et il était lui-même si grièvement blessé qu'on le laissa pour mort, ce qui lui permit de fuir par la suite.

Au mois de Ramadhân, Abul-Haqîq rendit l'âme. Son successeur, 'Osayr Ibn Zarim et les Banî Ghatafân, les bédouins alliés des Juifs de Khaybar projetèrent au mois de Chawwâl de nouveaux mouvements contre le Prophète et ses partisans.

Expédition contre les Juifs de Khaybar

En vertu du Traité de Hudaybiyyah, les Mecquois, qui étaient les plus grands ennemis du Prophète et les plus puissants alliés des Juifs, ne pouvaient plus assister ces derniers dans leurs hostilités contre le Prophète. La Providence fournit ainsi à l'Apôtre du Seigneur une bonne occasion de mettre fin une fois pour toutes aux difficultés que les Juifs de Khaybar ne cessaient de lui causer. Aussi, au mois de Moharram de l'an 7 H. organisa-t-il une expédition forte de mille six cents hommes contre eux. Arrivé à Sahba, il trouva plusieurs chemins conduisant vers des directions différentes.

Enfin, l'armée ayant engagé un guide, se dirigea vers Khaybar, marchant la nuit et se reposant le jour. Sur son chemin, elle croisa un homme suspect qui ne tarda pas à avouer qu'il était un espion. Contre la promesse d'avoir la vie sauve, celui-ci informa les combattants musulmans que les Juifs étaient déjà au courant de l'intention du Prophète de ne pas laisser impunies les actions criminelles qui avaient été perpétrées contre ses hommes, et qu'ils avaient demandé le secours de leurs alliés bédouins de chez lesquels 'Oyaynah était déjà arrivé, et qu'ils attendaient bientôt l'arrivée des Banî Ghatafân.

Lorsque le Prophète fut arrivé à Raji', un lieu situé entre Khaybar et les campements des Banî Ghatafân, il ordonna qu'on y fasse halte. Les Banî Ghatafân qui s'étaient déjà apprêtés à sortir pour porter secours à leurs alliés à Khaybar, décidèrent de rester sur place, constatant que leurs propres familles étaient exposées au danger ("Al-Tabarî"). Laissant un contingent à Rajî', le Prophète poursuivit sa progression et surprit les Juifs de Khaybar à leurs portes, tôt le matin. Il était à la tête d'une force de quatorze cents hommes, dont environ deux cents cavaliers. Les Juifs étant sortis le matin de leurs maisons, furent frappés de stupeur de se trouver confrontés tout d'un coup à une si grande force.

Les Sorties des Juifs

La Vallée de Khaybar était parsemée d'une dizaine de forteresses solidement implantées sur des monticules rocailleux et dont quelques-unes, telles qu'al-Qâmus, al-Qatieba, al-Watih et Solalim, étaient réputées imprenables. A présent toute aide extérieure était rendue impossible. Les Juifs, comptant sur leur nombre - de loin plus important que la troupe de l'ennemi sur leur propre courage et sur leurs citadelles, décidèrent de résister. Mais une fois assiégés dans leurs forteresses, ils ne purent résister longtemps et durent finalement les évacuer après une ou deux sorties. Ainsi toutes les citadelles inférieures par lesquelles les Musulmans avaient commencé leurs attaques tombèrent les unes après les autres entre leurs mains.

La Citadelle de Khaybar

A la fin, les Juifs se joignirent à leur chef, le roi de leur nation, Kinânah fils de Rabî' et petit-fils de Abul-Haqîq. Il vivait dans une citadelle solidement fortifiée de Khaybar, nommée al-Qâmûs, aux murs hauts et imposants, construits sur un roc escarpé et qui était considéré comme imprenable. Elle était bien protégée par des fortifications et bien gardée par des soldats courageux, parce qu'elle renfermait les trésors du roi.

Dès que le Prophète lança un regard sur la forteresse, il se mit avant tout à prier le Tout-Puissant Seigneur, Le suppliant de livrer la citadelle aux Musulmans. Et aussi longtemps qu'il campa devant elle, il offrit les prières quotidiennes sur une roche dure, appelée Manselah, et en fit le tour sept fois par jour. Plus tard, un masjid sera érigé à cet endroit, en souvenir de ce lieu d'adoration du Prophète, qui fera l'objet de vénération des Musulmans pieux.

Le Siège de la Citadelle

Le siège d'al-Qâmûs fut la tâche la plus éprouvante pour les Musulmans, qui ne s'étaient encore jamais attaqués à une telle forteresse. Il dura un certain temps et mit à l'épreuve l'habilité et la patience des Musulmans, qui commencèrent à manquer de provisions. Toute la région environnante fut ravagée par les Juifs durant cette période - environ un mois lorsque les Musulmans donnaient l'assaut contre la petite forteresse. Les Juifs avaient abattu même leurs dattiers se trouvant autour de leur citadelle afin d'affamer l'ennemi, et ayant résolu de se battre désespérément, ils se postèrent devant la citadelle. Les assiégeants essayèrent d'avancer vers eux, mais tous leurs assauts furent repoussés.

Le Prophète, qui souffrait beaucoup de maux de tête, passa son Etendard à Abû Bakr Ibn Abî Quhâfah et lui ordonna de mener l'assaut, mais il fut sévèrement repoussé par les Juifs et obligé de battre en retraite. Ensuite le Prophète confia l'assaut suivant au commandement de 'Omar Ibn al-Khattab qui porta d'Étendard, le résultat n'en fut qu'une retraite forcée.(143) Les soldats, de retour auprès du Prophète, accusèrent leur commandant, 'Omar, de manquer de courage,(144) alors que lui, il les accusa de lâcheté. Le Prophète, ayant été ainsi déçu par l'échec de ses plus éminents compagnons, s'écria: «Demain je remettrai mon Drapeau à quelqu'un que Dieu et Son Prophète aiment, un éternel fonceur redoutable qui ne tourne jamais le dos à l'adversaire. C'est par lui que le Seigneur accordera la victoire».(145)

Chacun des principaux compagnons du Prophète était soucieux d'être le lendemain signalé comme étant "le bien-aimé de Dieu et de Son Prophète". Ils passèrent la nuit dans une grande anxiété pour savoir qui serait l'être béni. Personne ne pensa à 'Alî, - le cousin et le Lieutenant du Prophète, le héros de toutes les précédentes guerres - parce qu'il souffrait sérieusement de ses yeux très malades et ne pouvait rien voir. Selon certains hadiths,(146) il était absent à cette occasion, se trouvant plutôt à Médine. Toutefois, le Prophète ayant crié: "Nadi 'Alî" ('Alî est appelé), celui-ci surgit sur-le-champ avec des yeux très malades. Tous attendaient, sur des charbons ardents, la naissance de ce lendemain, entourant le Prophète comme des étoiles scintillantes, chacun essayant de miroiter pour se faire remarquer.

Sa'd Ibn Abî Waqqâç, pour attirer l'attention sur lui, se jeta par terre, puis se leva, prétendant qu'il était tombé. Toutefois, le Prophète ne semblait tenir compte d'aucune personne en particulier. Lorsqu'il rompit le silence pour demander où était 'Alî, ils répondirent tous d'une seule voix qu'il souffrait sérieusement de ses yeux malades et qu'il était tout à fait incapable de voir ce qu'il y avait autour de lui. Le Prophète leur ordonna de le faire venir. Salma B. Ako' l'amena en le tenant par la main.

Le Prophète prenant la tête de 'Alî et la mettant dans son giron, appliqua sa salive sur ses yeux.(147) Immédiatement, ses yeux devinrent si clairs qu'on eût dit qu'ils n'avaient jamais été malades. Et on dit qu'il ne souffrit plus jamais, sa vie durant, de troubles oculaires depuis ce jour-là.

'Alî est Spécialement Désigné pour Remporter la Victoire

Le Prophète(148) confia sa Bannière sacrée aux mains de 'Alî et l'arma de son épée, Thulfiqâr, le désignant ainsi comme étant l'homme que Dieu et Son Prophète aiment. Il ordonna à 'Alî de conduire l'assaut et de combattre jusqu'à ce que les Juifs acceptent de se soumettre. 'Alî, vêtu d'une veste écarlate sur laquelle une cuirasse d'acier était attachée, avança à la tête de ses partisans, et escaladant le rocher pierreux, situé en face de la forteresse, il planta l'Etendard(149) sur son sommet, et prit la résolution de ne pas reculer d'un pouce, jusqu'à ce que la citadelle fût prise.

Les Juifs se mirent en route pour déloger les assaillants. Un rabbin juif demanda à 'Alî son nom, lequel dit qu'il était 'Alî Ibn Abî Tâlib ou Haydar.(150) Le rabbin ayant entendu ce nom, présagea à l'intention de ses hommes que les assaillants ne se retireraient pas sans avoir gagné du terrain. Cependant, Hârith, un héros juif qui avait réussi à repousser vigoureusement les précédentes attaques, s'avança et tua plusieurs adversaires musulmans.

'Alî, ayant vu cela, avança lui-même, s'engageant dans un combat au corps à corps contre lui, et le tua puis revint à ses lignes. Le frère de Hârith était d'une stature gigantesque et d'un corps imposant. Il était d'une valeur inégalable parmi les Juifs. Pour venger la mort de son frère, il sortit des rangs, couvert du cou à la taille d'une double cotte de mailles, coiffé d'un heaume de protection, autour duquel était enroulé un double turban, et au milieu duquel était enchâssée une pierre pour le protéger contre les coups de cimeterre. Il avait une épée énorme qui le ceignait des deux côtés et brandissait une grande lance à trois têtes fourchues et bien pointues. Sortant des lignes des Juifs, il avança et défia ses adversaires de s'engager dans un combat singulier contre lui: «Comme tout Khaybar le sait, je suis Marhab, un guerrier hérissé d'armes dans une guerre furieuse et ravageuse», s'écria-t-il.

Aucun Musulman n'osa avancer pour l'affronter, sauf 'Alî qui sortit de la ligne musulmane pour répondre à son défi vaniteux, en disant: «Je suis celui que sa mère a nommé Haydar. Je pèse mes ennemis dans une gigantesque balance (c'est-à-dire je ne vais pas par quatre chemins avec mes ennemis)».(151) Les mots de 'Alî n'étaient pas des mots creux. 'Alî sut par inspiration que Mahrab avait dernièrement rêvé d'un lion robuste le déchirant en morceaux.

Aussi rappela-t-il à Mahrab ce rêve afin de l'intimider. Les mots eurent leur effet, puisque lorsque les deux combattants s'approchèrent, 'Alî jetant sur lui un coup d'il, le trouva tremblotant. Une fois proches l'un de l'autre, Mahrab fit un coup d'estoc en direction de 'Alî avec sa lance à trois fourchons. 'Alî esquiva avec dextérité le coup, et avant que son adversaire ait pu se recouvrir, il lui administra un coup avec son irrésistible cimeterre, l'Thulfiqâr, qui coupa en deux son bouclier, traversant son double turban, son heaume impénétrable et son crâne, fendant sa tête et descendant jusqu'à sa poitrine ou encore plus bas jusqu'à sa selle, le découpant carrément en deux selon certains hadiths.(152) Il tomba sans vie par terre, et le vainqueur annonça sa victoire par son cri habituel: "Allâh-u-Akbar" (Dieu est le Plus Grand), ce qui permit à tout le monde de savoir que 'Alî était sorti victorieux.

Les Prouesses Surhumaines de 'Alî

Dès lors les Musulmans avancèrent en masse et il y eut une mêlée. Sept parmi les plus éminents guerriers juifs, à savoir Mahrab, 'Antar, Rabî', Zajîj, Dâûd, Morrah et Yâcir, tombèrent sous les coups d'épée de 'Alî, et le reste de l'armée juive battit en retraite pour se réfugier dans la citadelle et échapper à ses poursuivants Musulmans.

Dans le feu de l'action, un Juif porta un coup sur le bras de 'Alî, disjoignant son bouclier qui tomba par terre et qu'un autre Juif ramassa et s'enfuit avec. Furieux, 'Alî accomplit alors des tours de prouesses surhumains.(153) Il sauta par dessus la tranchée, s'approcha de la porte en fer de la forteresse, en arracha un battant et l'utilisa comme bouclier pendant le reste de la bataille (Abû Rafi', l'un de ceux qui en avait donné l'assaut, à la forteresse, avec 'Alî, affirme qu'après la guerre il examina la porte et qu'il essaya avec sept autres personnes de la retourner, mais sans succès). La citadelle fut finalement prise et la victoire, décisive. Les Juifs perdirent dans cette bataille quatre-vingt treize hommes, alors que les Musulmans n'eurent que dix-neuf tués.

Les Services Rendus par 'Alî très Appréciés

Après la prise de la citadelle, lorsque 'Alî revint victorieux vers son camp, le Prophète, le voyant arriver, sortit de sa tente et l'accueillit à bras ouverts.(154) L'embrassant chaleureusement, il baissa son front et lui déclara que ses services pour la Cause Divine étaient appréciés par le Tout-Puissant Juge et par lui-même, en tant que Son Prophète. 'Alî versa des larmes de joie en entendant ces propos. Le Prophète redonna foi à ses adeptes qui avaient échoué dans les précédentes tentatives en mettant en évidence l'exemple de 'Alî à qui il donna le surnom glorieux d' "Asad-Allâh" (Le Lion de Dieu) (Voir Gibbon, "D. and F. of Roman Empire", vol. V, p. 356)

La Reddition des Juifs

Après la défaite des Juifs, la forteresse accepta de se rendre à condition que ses habitants fussent libres de quitter le pays en abandonnant tous leurs biens aux conquérants, et en n'emportant, pour chacun, qu'un chameau et une charge de denrées alimentaires.(155) Tout recel d'objets de valeur était assimilé à une infraction aux conditions de l'accord, et le coupable était passible de la peine capitale. Ceux qui préféraient rester dans le pays devaient occuper leurs maisons et y résider. Ils pouvaient cultiver la terre qu'ils possédaient à titre de premier occupant (mais ils n'avaient pas le droit de posséder une propriété immobilière) à condition de payer au conquérant la moitié de la production, et ce dernier pouvait les congédier à sa guise.

Kinânah

Kinânah, le Chef des Juifs, était soupçonné d'avoir dissimulé son trésor, lequel ne put être découvert malgré toutes les recherches soigneuses qui furent faites dans ce but. Finalement on lui demanda ce qu'il avait fait de ses récipients en or qu'il avait l'habitude de louer aux habitants de la Mecque. Il répliqua que toute sa fortune avait été dévorée par les dépenses nécessitées par son armée. On lui dit alors que sa vie serait mise en jeu contre la découverte de ce qu'il aurait caché. Il accepta le marché. Plus tard, l'un de ses amis traîtres révéla le lieu où avait été cachée une grande partie de sa fortune. Kinânah fut alors livré à la vengeance d'un Musulman nommé Mohammad B. Maslamah dont il avait mis à mort le frère, Mohmûd B. Maslamah, en jetant sur lui une meule. Le Musulman coupa sa tête d'un seul coup de cimeterre.

Safiya

La femme de Kinânah, Safiya, la fille du Chef de Nadhîrites, Hoyay B. Akhtab, embrassa l'Islam et épousa le Prophète. Elle jouit d'autant plus volontiers et joyeusement de sa nouvelle position qu'elle attendait impatiemment, que depuis qu'elle avait rêvé que la lune tombait du ciel sur ses genoux et qu'elle avait raconté ce rêve à son mari, elle subissait les violences de Kinânah qui lui reprochait de désirer épouser le Prophète de Hijâz. Elle portait encore la marque de contusions sur ses paupières, dues à un coup que lui avait administré Kinânah lorsqu'elle lui avait raconté son rêve.

Tentative d'Empoisonnement du Prophète

Alors que le Prophète se trouvait à Khaybar, les Juifs attentèrent à sa vie en préparant un agneau assaisonné avec un poison mortel, qu'ils lui envoyèrent comme cadeau au moment où on lui servait le dîner. Acceptant avec gratitude le cadeau, le Prophète en prit l'épaule (la partie qu'il aimait le plus) pour lui-même, et coupa une autre portion qu'il donna à Bichr qui était assis à côté de lui et qui fit de même en la passant à son voisin, et ainsi de suite.

Dès que le Prophète mangea une bouchée de la viande, il y sentit un goût anormal et la cracha tout de suite en disant qu'elle était empoisonnée.(156) Entre-temps, Bichr avait déjà avalé son morceau et mourut sur-le-champ. La confusion fut totale. A la suite d'une enquête faite à ce propos, il apparut que l'agneau avait été cuit par une femme captive, appelée Zaynab, une nièce de Marhab, le grand guerrier tué par 'Alî.

Elle fut convoquée et interrogée à ce sujet. Elle avoua son crime et le justifia comme une vengeance pour la perte de son père, de son frère, de son mari et d'autres proches, ainsi que pour la dévastation causée à son pays par les conquérants. Elle dit qu'elle pensait dans son for intérieur que si Mohammad était un vrai Prophète, il découvrirait le mal avant qu'il ne l'atteigne, et que s'il n'était qu'un simple imposteur, il tomberait victime de sa vengeance, et les Juifs seraient débarrassés d'un tyran. Elle finit par être condamnée à mort.

Fadak

Après la conquête d'al-Qâmûs, les autres citadelles furent prises et leurs terres soumises à une taxe de cinquante pour cent de la production.

'Alî avait été envoyé à Fadak, une ville juive non loin de Khaybar, pour la conquérir.(157) Mais sans qu'il use d'autre force, les habitants de la ville offrirent leur soumission, et acceptèrent de céder la moitié de leur propriété au Prophète.

Lorsque l'Ange Gabriel révéla au Prophète ce Commandement Divin qu'on trouve dans la Sourate de Banî Isrâ'îl, verset 26: «Donne à celui qui est de tes proches, ainsi qu'au pauvre et au voyageur leur dû», il lui demanda qui était visé par l'énonciation: «Celui qui est de tes proches». L'Ange Gabriel nomma Fâtimah et dit au Prophète de donner Fadak à celle-ci, étant donné que la rente venant de Fadak(158) lui appartenait entièrement, cette terre étant cédée sans recours à la force. Ainsi le Prophète accorda-t-il, conformément à cette Révélation sa propriété de Fadak à Fâtimah(159) pour sa subsistance et pour celle de ses enfants.

Conséquemment Fâtimah et ses enfants s'approprièrent la rente provenant de la vente de la production de ce domaine jusqu'à l'époque du calife Abû Bakr, lequel s'empressa de le confisquer tout de suite après le décès du Prophète. Il demeura propriété d'Etat jusqu'à ce qu'il fût finalement cédé(160) par le calife 'Othmân à Marwân en l'an 34 H., et il resta propriété des Omayyades jusqu'à sa restitution(161) par 'Omar Ibn 'Abdul-Aziz à l'Imam Mohammad al-Bâqir, fils de 'Alî Ibn al-Hussayn - le chef des descendants de Fâtimah à l'époque - en tant que propriétaire légitime et légal de Fadak. Quant à la deuxième moitié de ce territoire, il était resté en possession des Juifs jusqu'à ce que le Calife 'Omar les eût banni en Syrie en les indemnisant.

L'Arrivée de Ja'far

Alors que le Prophète se trouvait encore à Khaybar, Ja'far, le frère de 'Alî, de retour de son exil en Abyssinie, vint en compagnie de sa femme et de cinq autres exilés, à la rencontre du Prophète.(162) Ils arrivèrent à Khaybar le jour même de sa conquête. Le Prophète était très heureux d'accueillir son cousin après une si longue séparation, et déclara joyeusement qu'il ne savait lequel des deux événements - l'arrivée de Ja'far ou la conquête de Khaybar - le ravissait le plus.

Il proposa que les nouveaux arrivants fussent considérés comme faisant partie des hommes qui avaient participé à l'expédition. L'armée accepta avec grande joie cette proposition, ce qui permit aux exilés de prendre part aux butins de la guerre.

Abû Horayrah

Un jeune homme, qui avait l'air d'un mendiant, apparut devant le Prophète à Khaybar et embrassa l'Islam. Il s'appelait Abû Horayrah. Depuis, il ne retourna plus jamais chez lui. Il partit avec le Prophète lors de son retour à Médine où il logea avec les gens de Suffa, c'est-à-dire les hommes qui vivaient dans les chambres contiguës au grand Masjid du Prophète, réservées aux pauvres. Jusqu'au décès du Prophète il resta toujours avec lui.

Par la suite, il devint le favori des califes et plus tard il sera un courtisan de Mu'âwiyeh qui finira par le nommer Gouverneur. Pour la majorité des Musulmans sunnites il est considéré comme une grande autorité, parce qu'on dit qu'il ne rapporta pas moins de cinq mille trois cent soixante-quatorze hadiths qu'il affirma avoir entendus du Prophète et mémorisés durant la période de quatre ans qu'il avait passée avec lui. En cela Abû Horayrah surclasserait tous les autres Compagnons qui avaient vécu avec le Prophète pendant presque toute la période de sa mission, mais sans pour autant pouvoir mémoriser même mille hadiths!

Le Prophète à Wâdî al-Qorâ

Après la conquête de Khaybar, le Prophète se dirigea vers Wâdî al-Qorâ (ou Wâdil-Qorâ) et mis en état de siège cette ville juive, laquelle après avoir résisté pendant un ou deux jours et eu onze tués, se rendit.(163) Les Juifs de Taymah se soumirent eux aussi.

Une fois les Juifs de Khaybar et de ses banlieues subjugués, l'autorité du Prophète fut établie sur toutes les tribus juives installées au nord de Médine, et la source de troubles fut ainsi tarie.

Le Retour du Soleil pour les Prières de 'Alî

L'incident suivant, intervenu à cette époque, mérite d'être noté: lors de sa marche vers Wâdî al-Qorâ, venant de Khaybar, le Prophète fit halte à Sabha. Alors qu'il se reposait sous sa tente, la tête posée dans le giron de 'Alî, il tomba soudain dans un état de réception de révélations. 'Alî resta immobile jusqu'à ce que le Prophète se réveillât en lui demandant s'il avait accompli ses prières de l'après-midi. Le soleil s'était déjà couché. 'Alî répondant par la négative, le Prophète pria Dieu pour faire revenir le soleil et permettre à 'Alî, ainsi, d'accomplir à temps ses prières. Le soleil réapparut sur-le-champ à l'horizon, dans toutes sa brillance et resta assez longtemps pour que 'Alî eût le temps nécessaire pour terminer ses prières, avant de se coucher à nouveau.(164)

Om Habîbah

Le Prophète retourna à Médine au mois de Jumâdî-II où il offrit une dot de quatre cents dinars à Om Habîbah (fille d'Abû Sufiyân) pour parfaire son mariage avec elle, contracté auparavant par le roi d'Abyssinie. Elle était âgée alors de plus de trente ans.

'Umrat al-Qadhâ' du Prophète

Après son retour de Khaybar, le Prophète passa quatre ou cinq mois à Médine avant qu'arriva le moment de l'accomplissement de 'Umrat al-Qadhâ', c'est-à-dire la visite de la Mecque en vue d'accomplir les rites de la 'Umrah ou Pèlerinage mineur dont il avait été privé l'année précédente. Accompagné d'environ deux mille adeptes, dont tous ceux qui étaient revenus avec lui sans succès de Hudaybiyyah l'année précédente, le Prophète se dirigea vers la Mecque, au mois de Thilqadah de l'an 7 de l'hégire.

Les Quraych, ayant appris son arrivée prochaine, se retirèrent de la ville vers les collines avoisinantes, conformément l'accord conclu avec lui l'année précédente. Le Prophète entra donc dans la Mecque avec ses adeptes, sans aucun problème. Ils s'approchèrent de la Ka'bah, en firent le tour sept fois, embrassèrent le Hajar al-Aswad, puis se dirigèrent vers Çafâ et Marwah où ils firent le sacrifice, et une fois leurs cheveux coupés, ils terminèrent les cérémonies de 'Umrah.

Le jour suivant, le Prophète entra dans la Ka'bah et demanda à Bilâl (l'Africain) de monter sur la Maison sacrée pour réciter avec sa haute voix mélodieuse l'Appel à la Prière de Midi: tous les Musulmans se rassemblèrent et la Prière fut conduite par le Prophète entre les murs du Sanctuaire. Ce fut la première Grande Assemblée Musulmane à l'intérieur de l'enceinte de la Ka'bah.

Maymûnah

Le prophète resta à la Mecque trois jours au cours desquels il fut fiancé à Maymûnah sur la recommandation de son oncle 'Abbâs. Elle était veuve et âgée de cinquante et un ans. Elle vivait avec sa sur Om al-Fadhl, la femme de 'Abbâs. Elle avait une autre sur, Asmâ' Bint 'Umays, qui était la femme de Ja'far (le frère de 'Alî), et une troisième, s'appelant Salma, mariée à Hamzah. Ainsi trois surs avaient été déjà mariées avec des hommes d'une seule et même famille. Le quatrième jour, le Prophète quitta la Mecque, fit halte le soir à Sarif (à environ treize kilomètres de la Mecque) où il consomma le mariage





L'EXPÉDITION DE MO'TAH.
LA CONQUÊTE DE LA MECQUE.
LA BATAILLE DE HONAYN ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA HUITIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION

La Conversion de Khâlid Ibn al-Walîd et de 'Amr Ibn al-'Âç

Etant donné que Maymûnah appartenait aux hauts cercles de la noblesse mecquoise, à la fois par naissance et par liens familiaux, le Prophète s'était attendu à la croissance de son influence par son mariage avec elle, et avait donc accepté volontiers la proposition de son oncle 'Abbâs, et il ne fut pas déçu. Une autre sur de Maymûnah était mariée à Moghîrah, un chef parmi les nobles de la Mecque (mais il était un infidèle exécrable, comme y fait allusion le Coran (Sourate al-Muddathir, versets 11-26).

C'est après le mariage de sa cousine Maymûnah avec le Prophète, que Khâlid fils de Walîd se repentit, la huitième année de l'Emigration, et entra dans la nouvelle religion. (165) Ces deux hommes avaient été jusque là des opposants résolus du Prophète et de sa foi. Khâlid avait pris une part active contre le Prophète dans la bataille d'Ohod, et dirigé sans succès plusieurs tentatives pour briser la ligne de retranchement des Musulmans dans la Bataille du Fossé. 'Amr Ibn al-'Âç avait souvent usé de ses talents poétiques en défaveur et au détriment du Prophète.(166) Chacun de ces deux hommes deviendra une figure de proue de l'histoire de l'Islam.

La Chaire

Jusqu'ici, le Prophète prononçait ses sermons en s'appuyant sur un tronc de palmier enfoncé dans le sol du Masjid. Au cours de la huitième année de l'Hégire, une chaire à trois marches fut préparée pour cet usage. Désormais, pour faire ses sermons, il s'asseyait sur la marche supérieure de la chaire et posait ses pieds sur la marche inférieure. Lorsqu'Abû Bakr accéda au califat, il s'assit sur la marche moyenne, plaçant ses pieds sur la première marche. Quand 'Omar lui succéda, il s'assit sur la première marche en mettant ses pieds sur le sol. Son successeur, 'Othmân suivit pendant six ans l'exemple de son prédécesseur, mais par la suite, il remonta de deux marches pour s'asseoir sur la marche supérieure que le Prophète avait l'habitude d'utiliser. Mu'âwiyeh rehaussa la chaire de trois étages supplémentaires pour en compter désormais six, et il se plaçait sur la marche supérieure.

La Campagne de Mo'tah

Après son retour du Pèlerinage ('Omrat al-Qadhâ') de la Mecque, le Prophète avait passé environ six mois à Médine lorsqu'il reçut la nouvelle de l'assassinat de son messager Hârith Ibn 'Omayr qu'il avait envoyé porteur d'une missive pour le Gouvemeur de Basrah, l'invitant à embrasser l'Islam. Le messager avait été tué lors de sa halte à Mo'tah, par Charahbil, le Chef de Ma'ab ou Mo'tah. La triste nouvelle chagrina profondément le Prophète qui résolut de punir le chef fautif afin que ses ambassadeurs soient respectés dans l'avenir. Rassemblant, pour ce faire, une armée de trois mille hommes, au mois de Jumâdî-I de l'an 8 de l'Hégire (Sep. 629 ap. J. -C. ), le Prophète fit porter à son ex-serviteur affranchi une bannière blanche pour commander l'expédition, et lui donna l'ordre de presser le pas afin de surprendre le peuple de Mo'tah, de les appeler à l'Islam ou de les combattre au nom du Seigneur s'ils refusaient d'embrasser la Religion.

Si, ordonna-t-il, Zayd venait à être tué dans la bataille, Ja'far (le frère de 'Alî) devrait prendre le commandement, et si ce dernier venait à être tué à son tour, 'Abdullâh Ibn Rawaha devrait le remplacer, et au cas où celui-ci tomberait lui aussi, l'armée devrait choisir quelqu'un dans ses rangs pour assumer le commandement. Cet ordre s'avérera être une prophétie.

En effet, arrivé à Ma'an, Zayd fut informé que l'Empereur romain Héraclius campait à Ma'ab, sur le territoire de Belqa, avec une armée forte de cent mille combattants. En fait c'était Théodorus, le frère de Héraclius, qui se trouvait à la tête d'une force formidable renforcée par les hommes que Charahbil avait recrutés chez les tribus voisines pour venir à son aide, après avoir appris la nouvelle de l'expédition musulmane. Zayd fit halte à Ma'an où les chefs de l'armée musulmane discutèrent, pendant deux jours entiers, des difficultés de leur position.

Beaucoup d'entre eux suggérèrent d'informer le Prophète de la situation et d'attendre ses instructions. Toutefois, 'Abdullâh Ibn Rawahah s'opposa à cette solution et recommanda une avance immédiate. Il dit: «Est-ce que nous devons compter sur notre nombre ou sur l'aide du Seigneur, le Tout-Puissant? Nous combattons pour le Seigneur et dès lors nous ne pourrons jamais être des perdants. Victoire ou Martyre! Nous devrons avoir l'un ou l'autre. Aussi il n'y a pas à hésiter, il faut foncer». Encouragés par ce discours ardent, ils crièrent tous d'une seule voix: «Par Dieu! Le fils de Rawahah a dit la vérité. Avançons!». L'armée se mit donc en marche.

L'État Désastreux de l'Armée Musulmane

S'approchant de Mo'tah, les Musulmans se trouvèrent face-à-face avec l'ennemi. L'armée romaine prit l'offensive et la bataille fut déclenchée. Zayd conduisant en avant sa colonne, le drapeau à la main, se battit courageusement jusqu'à ce qu'il fût tué. Il avait cinquante-cinq ans. Le drapeau fut rapidement ramassé par Ja'far qui descendit de son cheval qu'il estropia sur-le-champ, geste qui signifiait qu'il décidait de se battre jusqu'à la mort ou la victoire. Il conduisit en avant ses hommes pour attaquer, mais son corps fut rapidement couvert de blessures. Il continua à se battre vaillamment jusqu'à ce qu'il s'accrochât avec quelques Romains et qu'il perdît sa main droite. Il reprit le drapeau dans sa main gauche qui fut, elle aussi, coupée. Il tint alors l'Etendard avec les restes mutilés de ses bras, mais il reçut vite un coup sur le crâne et tomba mort. Ensuite 'Abdullâh Ibn Rawahah redressa le drapeau, il connut lui aussi rapidement le même sort.

On ne compta pas moins de quatre-vingt dix blessures, toutes du côté face de son corps, lorsque Ja'far fut enterré avec Zayd Ibn Hârithah et 'Abdullâh Ibn Rawahah dans une seule et même tombe. Ja'far avait quarante et un ans lorsqu'il fut tué. Dès lors les chefs de l'armée musulmane, suivant les instructions du Prophète, se réunirent en un conseil urgent et élurent Khâlid pour assumer le commandement. Mais les chances de remporter un succès ou même de sortir honorablement, sans vainqueur ni vaincu, s'étaient déjà affaiblies, et les hommes avaient perdu courage.

Ils avaient d'ores et déjà pris la décision de prendre la fuite. «Se mettant à leur poursuite, les Romains firent de gros dégâts parmi les fugitifs» (Wackidi, p. 125, de "Muir", vol. IV, p. 100). Khâlid ne put que retirer du champ de bataille le reste dispersé de son armée avec le moins de pertes possibles, pour le sauver de la destruction totale. Il le conduisit directement à Médine.

Comme l'armée s'approchait de la ville, les gens sortirent à la rencontre des survivants, jetant sur leurs visages des poignées de sable et criant des reproches: «Vous avez fui! Vous avez fui l'ennemi alors que vous combattiez pour le Seigneur»(167). Toutefois, on dit que Khâlid avait reçu le titre de Sayfullâh ou "l'Epée de Dieu" à cette occasion.

Lorsque Om Salma, la femme du Prophète, demanda un jour à la femme de Salama Ibn Hichâm Ibn Moghîrah pourquoi ce dernier n'était pas sorti même pour accomplir la prière avec le Prophète, elle lui répondit que les gens le taquinaient en le traitant comme un fugitif de Mo'tah, et que pour cela il s'abstenait de sortir de chez lui.(168)

Les Lamentations du Prophète

Les péripéties de la bataille avaient été rapportées instantanément au Prophète à Médine, et il les avait transmises tout de suite à son entourage.(169) Le jour même où Ja'far avait été tué, le Prophète était allé chez lui pour embrasser ses enfants tendrement et verser un flot de larmes en signe d'affliction. Asmâ', la femme de Ja'far, ayant deviné la vérité, s'était mise à gémir si bruyamment que les femmes s'étaient rassemblées autour d'elle.

Le Prophète était retourné alors chez lui pour demander aux membres de sa propre famille d'envoyer la nourriture chez les Ja'far, parce que, avait-il dit, il n'y aurait pas de nourritures cuisinées là-bas étant donné que cette famille était plongée dans le chagrin causé par la perte de Ja'far.

Le Prophète était allé par la suite visiter la famille de Zayd, et prenant la petite fille de Zayd dans ses bras, il pleura avec des sanglots. La fille pleurait d'amertume et à cette scène tout le monde fut ému. Quelqu'un dans l'assistance demanda, toutefois au Prophète: «Pourquoi cela! Ô Prophète de Dieu?» «C'est, dit-il, l'ardente affection qui s'agite dans le cur d'un ami pour son ami».

Le lendemain matin, le Prophète était entré en souriant dans le Masjid, et lorsque les gens l'avaient accosté, il dit: «Hier, ce que vous avez vu sur moi était dû au chagrin que j'avais éprouvé pour le massacre de mes compagnons, mais par la suite je les ai revus au Paradis, confortablement installés, et j'ai vu un Ja'far avec deux ailes, comme les anges». Depuis lors, Ja'far est connu sous le nom de Ja'far al-Tayyâr ou Ja'far Thul-Janâhayn (le Martyr Ailé).

La Violation du Traité de Hudaybiyyah

En vertu du Traité de Hudaybiyyah, les Banû Khozâ'ah s'étaient déclarés alliés du Prophète alors que les Banû Bakr, agissant sous la même autorité, se proclamèrent partisans des Quraych. Toutes les deux tribus habitaient des vallées contiguës à la Mecque, et un vieux conflit permanent existait en elles. Chaque clan brûlait d'envie de venger les assassinats commis par l'autre clan. Le Traité de Hudaybiyyah qui était entré en vigueur depuis bientôt deux ans stipulait que pendant les dix années à venir il ne devrait pas y avoir d'agressions commises de part et d'autre, c'est-à-dire d'une part le Prophète, de l'autre les Quraych.

Mais certains notables des Quraych avaient dissimulé leurs alliés de Banû Bakr, qui attaquèrent pendant la nuit un campement, sans défiance, des Banî Khozâ'ah, tuant quelques-uns d'entre eux. Les Khozâ'ites envoyèrent une délégation de quarante hommes au Prophète, lui demandant de punir les traîtres meurtriers. Le Prophète ressentit cet incident comme une violation du Traité de Hudaybiyyah, et promit de s'occuper de leur cause comme si elle était la sienne.

Lorsque les Quraych apprirent la nouvelle de la délégation, ils furent excessivement alarmés et députèrent Abû Sufiyân qui se rendit auprès de Mohammad pour remettre les choses sur la bonne voie et renouveler l'accord de paix.(170) En arrivant à Médine, Abû Sufiyân était allé tout d'abord chez fille Om Habîbah, une femme du Prophète, sur laquelle il comptait beaucoup. Mais sa mortification commença à l'endroit même où il cherchait à réparer le tort, car à peine voulut-il s'asseoir sur un tapis dans sa maison qu'elle l'enleva en s'écriant: «C'est le lit du Prophète de Dieu et il est trop sacré pour être souillé par un idolâtre impur».

Abû Sufiyân ressentit vivement l'humiliation dont il venait d'être l'objet, et maudissant sa fille, il quitta le lieu pour se rendre chez le Prophète à qui il donna quelques explications en vue de rétablir l'accord de paix, mais le Prophète ne voulant pas écouter ces explications, Abû Sufiyân ne put obtenir aucune assurance de sa part. Il sollicita ensuite l'intervention de 'Alî et d'Abû Bakr, mais eux aussi le renvoyèrent. Enfin il essaya d'obtenir la faveur de Fâtimah, la fille bien-aimée du Prophète et la femme de 'Alî, la suppliant de faire de son fils al-Hassan son protecteur. Fâtimah répondit qu'al-Hassan était trop jeune (il n'avait qu'environ six ans) pour prendre qui que ce soit sous sa protection, en ajoutant qu'aucune protection n'était valable contre la volonté du Prophète.

Puis il retourna encore chez 'Alî, lui demandant de la conseiller dans sa mission ingrate. 'Alî lui dit qu'il (Abû Sufiyân) ne pouvait rien de plus que proclamer de la part des Quraych les relations amicales qu'ils désiraient maintenir et une continuation de sa propre protection en tant que chef des Quraych. Abû Sufiyân se leva dans la cour du Masjid du Prophète et proclama à haute voix ce que 'Alî lui avait demandé de proclamer, et il retourna à la Mecque pour rapporter aux Quraych ce qu'il avait fait.

Ces derniers le reçurent avec sarcasme et lui firent observer que sa proclamation n'était pas valable sans l'assentiment du Prophète. Ils dirent que 'Alî avait fait de lui un simple jouet. Abû Sufiyân répliqua qu'il savait cela, mais qu'il ne savait pas quoi faire d'autre.(171)

Les Préparatifs en Vue de la Conquête de la Mecque

La tentative avortée d'Abû Sufiyân de renouveler l'accord de paix confirma l'affirmation de la délégation Khozâ'ite et ne laissa aucun doute sur la culpabilité des Quraych. La violation des termes du Traité de Hudaybiyyah ayant été établie, le Prophète résolut de prendre la Mecque et les Mecquois par surprise. Il convoqua ses alliés de tous les quartiers de Médine, mais sans donner aucun détail sur les raisons particulières de cette réunion. L'objectif en resta secret. Un jour Abû Bakr, entrant dans la maison de sa fille 'Âyechah, la trouva en train de préparer le fourniment du Prophète. L'interrogeant sur la raison de ces préparatifs, elle lui répondit qu'on projetait d'entreprendre bientôt une expédition mais dont elle ignorait la direction. Toutes les routes menant à la Mecque furent par la suite fermées afin de prévenir l'arrivée d'informations sur les mouvements du Prophète aux Quraych.

Lorsque tous les préparatifs furent presque terminés, le Prophète ordonna à ses partisans de Médine d'être prêts à l'expédition en leur recommandant de garder le plus grand secret afin que pas le moindre indice de leur mouvement ne parvienne à la Mecque. Malgré toutes ces précautions, le secret fut presque découvert.(172)

En effet, Habîb Ibn Balta'a, l'un des Muhâjirin, partisan du Prophète, digne de foi, et dont la famille était restée à la Mecque, écrivit une lettre à un ami resté lui aussi dans cette ville et l'envoya par une femme nommée Sara. Elle était déjà sur la route de la Mecque, lorsque le Prophète apprit par une source céleste l'envoi de cette missive. Aussi dépêcha-t-il 'Alî et Zubayr, accompagnés par quelques autres bons cavaliers, à la poursuite de la messagère. Ils la rattrapèrent et la fouillèrent soigneusement mais sans trouver la lettre sur elle. Tous les hommes abandonnèrent la recherche et s'en retournèrent bredouilles, excepté 'Alî qui pensa que le Messager de Dieu ne pouvait pas se tromper ni être mal informé. Rendu furieux par cette déception, il tira son cimeterre, et le brandissant au-dessus d'elle, il jura de lui trancher la tête si elle ne donnait pas la lettre. La femme trembla de terreur, sortit la lettre des longues tresses de ses cheveux. Son contenu était le suivant: «De Habîb Ibn Balta'ah aux Mecquois. Santé! Envoyé de Dieu est en train de se préparer pour vous attaquer à l'improviste! Aux armes!»

L'auteur de la lettre ayant été découvert, fut convoqué par le Prophète. Il affirma qu'il était un Croyant sincère, et se justifia en affirmant que sa famille était sans protection à la Mecque et qu'il avait voulu la sauver en assurant d'une façon ou d'une autre la protection de quelques Mecquois. Prenant en considération les services qu'il avait déjà rendus, le Prophète accepta son repentir et lui pardonna. Les neuf premiers versets de la Sourate al-Mumtahanah furent par la suite révélés pour mettre les autres en garde de refaire la même chose.

La Marche sur la Mecque

Le 10 Ramadhân de l'an 8 de l'Hégire (le 1er Janvier, 630 ap. J. -C.) la marche commença. Sur la route, le Prophète demanda un verre plein d'eau pour rompre son jeûne en présence de tous ses hommes qui observaient, eux aussi, le rite puisqu'on était au mois du Jeûne. Son exemple fut suivi par tous à l'exception de quelques-uns dont il dit qu'ils seraient considérés comme pécheurs et comme désobéissant au Seigneur et à Son Prophète s'ils persistaient à observer leur jeûne.

C'était la plus grande armée que Médine eût jamais lancée dans la bataille. La force comptait, outre les Muhâjirîn et les Ançâr les bédouins de Ghifâr d'Aslam de Johaynah et d'Achja'. Les Mozaynah, les Solaym et les Khozâ'ah rejoignirent l'armée sur la route. Il y avait mille bédouins de Mozaynah et mille de Solaym. La force comptait en tout dix mille hommes à la tête desquels marchait le Prophète en direction de la Mecque. Le Prophète avait amené avec lui deux de ses femmes Om Salma et Zaynab Bint Johach, excluant 'Âyechah qui ne l'avait plus accompagné dans une expédition depuis l'affaire de l'expédition de Banî Moçtalaq.

Lorsqu'ils arrivèrent à Johfa ou Thul Holayfah, 'Abbâs, l'oncle du Prophète, accompagné de sa famille qui émigrait à Médine, rencontra le Prophète, lequel le retint pour lui tenir compagnie, et envoya sa famille à Médine. L'armée se mit à marcher aussi rapidement que possible afin de pouvoir camper le soir du septième ou huitième jour à Marr al-Zohrân, en bordure du territoire sacré, au nord-ouest de la ville. Une fois arrivée à ce point, l'armée fut autorisée, pour la première fois depuis le début du voyage, à allumer librement le feu sur les sommets de la montagne de Marr al-Zohrân. Les hauteurs de la montagne furent ainsi rapidement embrasées avec dix mille feux, et les Mecquois qui n'avaient pas été prévenus de ce danger imminent furent frappés de teneur à la vue de ce spectacle.

La Soumission d'Abû Sufiyân

Abû Sufiyân sortit avec Hâkim (le neveu de Khadîjah) et Bodayl (un chef Khozâ'ite)(173) en mission de reconnaissance. Se dirigeant tout droit vers Marr al-Zohrân, il tomba sur 'Abbâs qui, par sentiment de sympathie pour les habitants de sa ville, s'était écarté de l'armée dans l'espoir de rencontrer un voyageur à qui il pourrait confier la mission d'informer les Mecquois de l'approche d'une grande armée et de leur conseiller de se rendre s'ils voulaient éviter la destruction.

'Abbâs ayant reconnu Abû Sufiyân à sa voix, s'approcha de lui. Celui ci demanda impatiemment à 'Abbâs ce qui se passait sur les hauteurs de ces montagnes-là, 'Abbâs lui dit que c'était Mohammad qui y campait avec dix mille partisans dans le but d'envahir la ville le lendemain matin. A ces nouvelles, Abû Sufiyân tomba dans un état de profonde rêverie. 'Abbâs lui conseilla alors de se soumettre immédiatement au Prophète. Se rendant compte qu'il n'y avait aucun espoir de pouvoir s'opposer à l'avancée de la force musulmane, il se résigna aux recommandations de 'Abbâs, lequel le fit monter derrière lui sur son cheval, l'amena jusqu'au Camp et informa le Prophète de la visite de son ami distingué. Le Prophète ordonna à 'Abbâs de le ramener le lendemain matin.

Alors que 'Abbâs se dirigeait vers la tente du Prophète, il était passé devant la tente de 'Omar, lequel, apercevant Abû Sufiyân en compagnie de 'Abbâs, se précipita sur lui pour le tuer. Bien qu'il eût été empêché de commettre cette mauvaise action par 'Abbâs qui lui avait dit qu'Abû Sufiyân était pour le moment sous sa protection, il continua cependant à les suivre, brandissant son épée, et ce jusqu'à ce qu'ils se fussent rendus auprès du Prophète. 'Omar ne s'était retiré qu'après avoir entendu le Prophète garantir un refuge pour Abû Sufiyân chez 'Abbâs à condition qu'il soit ramené auprès de lui le lendemain matin. D'aucuns s'étonnèrent que 'Omar, qui n'avait jamais abattu aucun combattant ennemi dans aucune bataille, s'apprêtât à dégainer son épée pour mettre à mort un prisonnier!

Lorsqu'Abû Sufiyân réapparut le lendemain devant le Prophète en compagnie de 'Abbâs, on lui demanda s'il croyait qu'il n'y a de dieu que l'Unique et le Tout-Puissant Dieu. Il répondit par l'affirmative. Puis on lui demanda s'il croyait que Mohammad était le Prophète du Seigneur. Là, Abû Sufiyân hésita et dit qu'il avait quelques doutes là-dessus.(174) «Malheur à toi! lui dit 'Abbâs. Ce n'est pas le moment de faire montre de fierté futile ni d'avoir de scrupules! Atteste et professe une fois pour toutes et très clairement qu'il n'y a de dieu qu'Allâh et que Mohammad est Son Prophète, sinon ta tête sera séparée de ton corps».

Abû Sufiyân s'exécuta immédiatement, et ainsi, le grand dirigeant des Quraych se retrouva aux pieds du Prophète comme converti. En même temps, Hâkim et Bodayl se convertirent à l'Islam eux aussi. Le Prophète renvoya rapidement Abû Sufiyân à sa ville pour annoncer aux gens que quiconque se réfugiait dans sa maison (d'Abû Sufiyân) ou dans le Sanctuaire de la Ka'bah ne serait pas inquiété et que les occupants des maisons dont les portes resteraient fermées ne seraient pas molestés.

Il n'est pas difficile pour le lecteur de se rappeler les positions extrêmement hostiles d'Abû Sufiyân à l'égard de l'Islam et de son fondateur. Il avait été le pire des ennemis du Prophète à la vie duquel il n'avait pas hésité à attenter. Maintenant la Providence le mettait à la merci du Prophète qui pouvait se venger de lui en prononçant un seul mot ou un seul ordre pour qu'il fût décapité ou enchaîné pour servir d'exemple et terrifier les Mecquois. Mais le contraste entre les nobles Hâchimites et les Omayyades est très net lorsqu'on regarde la magnanimité incomparable dont fit preuve le Prophète envers son adversaire déchu.

Notre noble et bienveillant Prophète Mohammad (Que la Paix soit sur lui et sur ses nobles descendants) non seulement pardonna à Abû Sufyân, mais il lui permit de rehausser sa position encore plus parmi son peuple en lui accordant le privilège de pouvoir donner refuge à ceux qui le lui demanderaient. Quelle autre attitude pourrait être aussi magnanime?

Avant qu'Abû Sufiyân eût quitté le Camp, les Forces avaient été placées en rangs. Se tenant debout à côté de 'Abbâs, il observa chaque colonne et impressionné par le spectacle, il s'exclama, l'air étonné: «Ton neveu est un roi puissant, sans aucun doute!»(175) 'Abbâs répondit sur un ton de reproche qu'il était plus qu'un roi, un Prophète puissant.

Ayant reconnu la vérité, Abû Sufiyân retourna vite à la Mecque où il cria à haute voix que Mohammad était aux portes de la ville avec une grande force, que toute résistance et toute opposition étaient vouées à l'échec, que par conséquent la seule issue raisonnable était une reddition inconditionnelle, et que Mohammad avait garanti la sécurité de ceux qui se cloîtreraient dans leurs maisons ou qui se réfugieraient dans le Sanctuaire de la Ka'bah ou dans sa propre maison. Les gens, terrifiés, n'avaient d'autre possibilité que de suivre son conseil. Aussi fuirent-ils en toutes directions pour s'enfermer chez eux ou chercher secours à la Ka'bah.

L'Entrée du Prophète à la Mecque

Entre-temps, l'armée avait reçu l'ordre de faire mouvement vers la Mecque. Arrivé à Thû Towâ, près de la ville, et n'ayant rencontré jusque là aucune résistance à sa progression, le Prophète fit un grand salut, sur son chameau, et accomplit la prière en signe de gratitude envers Dieu. Dans son "Life of Muhammad", page 150, W. Irving fait la relation suivante de l'entrée du Prophète dans la Mecque:

«A l'entrée de la Mecque, Mohammad, qui ne savait pas quelle sorte de résistance il rencontrerait, avait soigneusement réparti ses forces avant de pénétrer dans la ville. Alors que le principal corps s'avançait directement, de puissants détachements progressaient sur les hauteurs, de deux côtés. 'Ali qui commandait un grand corps de cavaliers avait reçu la mission de porter le drapeau sacré qu'il devait planter sur la Montagne de Hajun et de l'y maintenir jusqu'à ce qu'il fût rejoint par le Prophète.

»Des ordres formels avaient été donnés à tous les généraux afin qu'ils fassent preuve de patience et qu'ils n'attaquent en aucun cas les premiers, car Mohammad désirait de tout cur plutôt gagner la Mecque par la modération et la clémence que la soumettre par la violence. Il est vrai que tous ceux qui opposèrent une résistance armée furent abattus, mais personne parmi ceux qui s'étaient rendus sans résistance ne fut inquiété. Surprenant l'un de ses Capitaines(176) (Sa'd b. 'Obâdah) en train d'affirmer dans un excès de zèle qu'il n'y avait pas de lieu sacré le jour de la bataille, il le fit immédiatement remplacer par un Commandant plus calme. Le corps principal de l'armée avançait sans violences. Mohammad l'abandonna, faisant avancer la garde arrière. Il portait une veste écarlate et il était monté sur son chameau favori, al-Qaswa. Il continuait à avancer, mais lentement, car son mouvement était ralenti par l'immense multitude qui se pressait autour de lui. Arrivé sur la montagne de Hajun où 'Alî avait planté l'étendard de la foi, il eut une tente dressée pour lui. Là il descendit de son chameau, ôta sa veste et enfila le turban noir et le costume de pèlerinage.

»Jetant un coup d'il en bas, sur la plaine, il aperçut avec affliction et indignation les reflets des sabres et des lances, et Khâlid, qui commandait l'aile gauche, en pleine course de carnage. Ses troupes composées d'hommes de tribus bédouines, convertis à l'Islam, étaient exaspérées par une volée de flèches lancées par l'armée de Quraych. Là, le guerrier furieux, fonça sur le regroupement le plus dense de l'ennemi avec sa lance et son sabre, suivi rapidement par ses troupes qui mirent les adversaires en fuite, et traversèrent pèle-mêle avec eux les portes de la Mecque. Seuls les commandements du Prophète appelant à la modération purent préserver la ville d'un massacre général».

Dans cette échauffourée, seulement vingt-huit Mecquois furent tués.

Amnestie Générale Décrétée par le Prophète

Peu après, le Prophète remonta sur son chameau et se rendit directement au Sanctuaire de la Ka'bah où il fit les salutations rituelles à la Pierre Sacrée, accomplit les sept tournées autour du Sanctuaire, et offrit les prières de dévotion. A la vue des chefs hautains et des autres Mecquois qui avaient voulu détruire sa Religion, toutes les souffrances et les blessures qu'ils lui avaient faites: leurs persécutions impitoyables, leur traitement brutal réservé à ses partisans et adeptes, les privations auxquelles ils l'avaient condamné, lui et les Hâchimites, en leur imposant le blocus et la proscription à Chi'b Abî Tâlib, les attentats à sa vie qu'ils avaient entrepris sans succès, la chasse à l'homme qu'ils avaient organisée en vue de l'assassiner et qui l'avait conduit à fuir de sa maison à la faveur de la nuit, tous ces souvenirs durent passer par sa mémoire à ce moment-là.

A présent il avait le pouvoir de se venger de tous les maux qu'on lui avait infligés. La ville était à sa merci. Mais la magnanimité, la générosité et la patience dont fit preuve le Prophète alors ne sauraient retrouver un exemple similaire dans l'histoire: «A quoi pouvez-vous vous attendre de ma part?» leur demanda-t-il. «La miséricorde! O Noble et Généreux Maître!», le supplièrent-ils. Les larmes perlèrent dans les yeux du Prophète, lorsqu'il les entendit crier miséricorde. «Je vais vous parler, leur dit-il, comme Joseph parla à ses frères. Je ne vais pas vous faire de reproches aujourd'hui: Dieu vous pardonnera, car IL est Miséricordieux et Affectueux. Allez, vous êtes libres!».

Y a-t-il une attitude plus sublime? (Que la Paix éternelle soit sur Mohammad et sur sa descendance).

La Destruction des Idoles de la Ka'bah

Il y avait trois cent soixante idoles tout autour de la Ka'bah. Le Prophète, pointant son bâton vers chacune d'elles, récita ce verset: «La vérité est venue, l'erreur étant périssable, a disparu». (Sourate Banî Isrâ'il, 17: 81) et les idoles tombèrent sur leur face.

Les images d'Ibrâhîm, d'Ismâ'î1 et des Anges, sous forme féminine, qui couvraient les murs de la Ka'bah, disparurent. La grande idole, appelée Hobal, considérée comme la déité de la Mecque, était fixée dans une position élevée et difficilement accessible. Pour la détruire, le Prophète incita 'Alî à monter sur ses épaules. 'Alî exécuta le désir du Prophète, monta sur ses épaules, arracha l'idole et la jeta par terre.(177)

Elle se brisa en éclats. Une proclamation fut faite dans les rues de la Mecque intimant l'ordre à quiconque croyait en Dieu et au Jour du Jugement de détruire toute image ou toute idole pouvant se trouver dans sa maison. Quelques personnes furent chargées de détruire les idoles dans les habitations avoisinant la Mecque.

L'Attribution des Postes relatifs à la Ka'bah

L'heure de la prière de midi étant venue, 'Alî, qui avait repris la clé du Sanctuaire à son ex-conservateur, 'Othmân Ibn Talhah Ibn 'Abd al-Dar, la donna au Prophète, lequel ouvrit la porte, entra dans le Sanctuaire, et y accomplit les prières. Bilâl lança son appel à la prière du haut du toit du Sanctuaire.

Après les prières, le Prophète rendit la clé miséricordieusement à 'Othmân Ibn Talhah, lui réattribuant la garde de la clé, comme poste héréditaire et perpétuel. 'Othmân fut si touché par la justice du Prophète qu'il embrassa volontiers l'Islam sur-le-champ, alors qu'il avait refusé au début de transmettre la clé à 'Alî, afin d'empêcher le Prophète d'accéder au Sanctuaire.

Puis se tournant vers son oncle 'Abbâs, le Prophète le confirma dans son poste de fournisseur d'eau des pèlerins. Ces postes sont encore détenus par les descendants respectifs des deux personnages précités. Il confia à quelques Khozâ'ites la mission de réparer les colonnes de démarcation entourant le territoire sacré, décrétant la Ka'bah comme étant dorénavant un Sanctuaire inviolable à l'intérieur duquel il serait interdit de répandre le sang et même d'abattre un arbre.

Hommage Rendu par les Mecquois au Prophète

Le Prophète se rendit ensuite sur la colline de Çafâ et convoqua les Mecquois pour qu'ils lui présentent leur hommage et lui jurent fidélité. Ces mêmes gens qui, quelque huit ans auparavant, avaient abusé de lui, et l'avaient contraint à fuir pour sauver sa vie, semblaient maintenant honteux, la tête baissée, reconnaissant Mohammad comme leur maître, leur dirigeant, et le vrai Messager de Dieu. Tous les hommes d'abord toutes les femmes ensuite, se présentèrent et prêtèrent serment de fidélité et d'allégeance au Prophète, et jurèrent de rester Musulmans sincères. Puis les hommes vinrent toucher les mains du Prophète, les femmes, un morceau de vêtement couvrant sa main.

Les Personnes Proscrites

Seuls onze hommes et six femmes avaient été exclus de l'amnistie générale étendue aux Mecquois. Ils furent proscrits et le Prophète ordonna à ses compagnons de les tuer où qu'ils les trouvent. Houwayrith et Hârith, les deux ennemis invétérés de l'Islam furent exécutés par 'Alî dès qu'ils les eut trouvés.

«Parmi les exclus de l'amnistie, il y avait un autre apostat nommé 'Abdullâh B. Sa'd (dit Ibn Abî Sarh) que Mohammad avait employé à Médine pour transcrire les passages du Coran qu'il lui dictait. (Il s'ingéniait à changer les mots dictés. Une fois son méfait découvert, il fuit de Médine comme apostat). Son frère adoptif ('Othmân B. 'Affân, qui deviendra plus tard le troisième calife) lui avait donné refuge jusqu'à ce que le calme fût restauré. Après quoi, il implora le Prophète de lui pardonner. Le Prophète, peu désireux d'accorder son pardon à un si grand offenseur, resta silencieux pendant un certain temps, mais à la fin il lui fit grâce.

»Lorsque 'Abdullâh se retira, Mohammad s'adressa à ses compagnons qui étaient assis autour de lui, en leur disant: "Pourquoi aucun d'entre vous ne s'est-il levé pour lui briser le cou. Je suis resté silencieux dans l'attente d'un tel geste". "Mais tu ne nous as fait aucun signe dans ce sens", répondit l'un d'eux. "Donner des signes, c'est trahir. Il n'est pas convenable pour un Prophète d'ordonner la mort de quiconque d'une telle façon». ("Life of Mohammad" de W. Muir)

Parmi les onze hommes proscrits quatre seulement furent exécutés. Les autres avaient échappé à la peine capitale, ayant obtenu leur grâce d'une façon ou d'une autre. Quatre des femmes condamnées furent mises à mort, et les deux autres pardonnées. Avec sa magnanimité incroyable et son endurance incomparable, le Prophète gagna les curs de toute la population de la Mecque, au point qu'au cours des deux premiers jours de son arrivée, presque tous les habitants de la Mecque, renonçant à leur idolâtrie profondément enracinée, embrassèrent sa Religion et le reconnurent comme Prophète de Dieu.

La Conduite Cruelle de Khâlid

Les Banû Juthaymah, qui vivaient sur un territoire situé à un jour de marche de la Mecque, avaient déjà embrassé l'Islam, mais aucun d'eux n'était encore venu présenter ses respects au Prophète alors qu'il se trouvait tout près. Le Prophète délégua donc Khâlid avec un petit détachement pour une mission de renseignement et avec des instructions formelles l'invitant à éviter de provoquer un conflit.

Khâlid s'était réjoui au fond de lui-même d'avoir cette mission qui lui offrait la possibilité de venger la mort de son oncle Alfaka que les Juthaymites avaient tué en même temps que 'Abdul-Rahmân, père de 'Awf, quelques années auparavant, en pillant une caravane en provenance du Yémen. Khâlid et ses hommes se dirigèrent vers leurs demeures et firent halte à l'extérieur. Un groupe de Juthaymites prit les armes et sortit à leur rencontre, ne sachant pas s'ils étaient des amis ou des ennemis.(178) Khâlid les saluant sur un ton arrogant, leur demanda s'ils étaient Musulmans ou infidèles. Ils répondirent d'une façon hésitante qu'ils étaient des "Musulmans".

«"Pourquoi, donc demanda Khâlid, êtes-vous sortis avec des armes à la main?" "Parce que, répondirent-ils, nous vous avons pris pour des gens de quelque tribu hostile, venus ici pour nous attaquer par surprise". Khâlid leur ordonna sèchement de déposer leurs armes. "Ils offrirent une soumission immédiate, avouèrent qu'ils étaient des convertis et déposèrent leurs armes conformément à l'ordre de Khâlid. Mais celui-ci, mû par l'ancienne inimitié et donnant avidement preuve de sa cruauté sans scrupule qui marquera sa carrière par la suite et qui lui vaudra le titre de "l'Epée de Dieu", les fit prisonniers et ordonna leur exécution». ("Life of Mohammad", p. 135 de W. Muir)

'Alî Énvoyé pour Réparer l'Effusion de Sang

En recevant la nouvelle de cet outrage gratuit, le Prophète fut affligé, levant les mains vers le ciel et appela Dieu à témoigner qu'il était innocent de ce que Khâlid avait fait.(179) A son retour, Khâlid, réprimandé vertement, rejeta la responsabilité du massacre sur 'Abdul-Rahmân, mais le Prophète, indigné, repoussa cette accusation, et envoya 'Alî avec une somme d'argent pour la distribuer parmi les familles des victimes en guise de réparation de l'effusion de sang, et pour leur restituer ce que Khâlid leur avait arraché.

Le généreux 'Alî exécuta fidèlement sa mission. S'enquérant de la perte et des souffrances subies par chaque individu, il lui paya autant d'indemnité qu'il demanda. Une fois que tout le sang répandu eut été expié, et que toutes les souffrances eurent été indemnisées, 'Alî distribua l'argent qu'il avait porté sur lui, parmi la population, égayant chaque cur par sa bonté. Le Prophète applaudit à cette générosité, loua et remercia 'Alî. Khâlid fut blâmé et désavoué.

Le traitement cruel infligé par Khâlid aux Banû Juthaymah laissa toutefois une si mauvaise impression sur les autres tribus qui n'avaient pas encore embrassé l'Islam que les Banû Hawâzin, les Banfi Thaqîf, les Banfi Sa'd et beaucoup d'autres qui pensaient depuis un certain temps déjà à se soulever contre le pouvoir grandissant de l'Islam, voulant maintenant prévenir toute attaque contre eux, décidèrent d'attaquer eux-mêmes.

Sous le commandement de leur chef, Mâlik Ibn 'Awf, les Banû Thaqîf et les Banû Hawâzin rassemblèrent avec d'autres tribus quatre mille combattants à Awtas, une vallée située entre la Mecque et Tâ'if, afin de faire face aux forces du Prophète, si elles osaient s'approcher d'eux. Ils amenèrent avec eux leurs femmes, enfants, troupeaux et bétail qui les suivaient en arrière. Dorayd, un vieux guerrier très âgé, qui les accompagnait dans sa litière, protesta contre cette démarche dangereuse, mais la jeune Mâlik ne prêta aucune attention à ses dires, pensant qu'en présence de leurs familles et pour assurer leur sécurité et préserver leur honneur, les hommes ne tourneraient pas le dos à l'ennemi et risqueraient plutôt leur propre vie en combattant vaillamment jusqu'à la victoire.

La Bataille de Honayn

Les nouvelles alarmantes en provenance de Tâ'if contraignirent le Prophète à abréger son séjour à la Mecque où il avait été occupé au règlement des affaires publiques pendant une quinzaine de jours, depuis la Conquête, le 20 Ramadhân.(180)

Il quitta donc la Mecque, le 6 Chawwâl de l'an 8 de l'Hégire avec ses dix mille partisans qui étaient venus avec lui de Médine, ainsi que deux mille hommes de la Mecque, qui se portèrent volontaires pour combattre à ses côtés. Comme d'habitude, 'Alî porta l'Etendard de l'Islam.

Lorsque cette imposante force de douze mille hommes, composée de différentes tribus, chacune dressant son propre drapeau en tête, se mit en marche, Abû Bakr s'exclama joyeusement: «Nous ne serons pas vaincus aujourd'hui par manque de nombre». L'armée arriva au milieu de la nuit près de la vallée de Honayn, située presque à michemin entre la Mecque et Tâ'if.

En même temps, les Banû Hawâzin et leurs alliés, conduits par Mâlik B. 'Awf, ayant avancé dans la vallée de Honayn et pris position dans un endroit sûr commandant le passage étroit qui formait l'entrée de la vallée, attendaient tranquillement l'approche de l'armée du Prophète.

La Fuite des Musulmans

Tôt le matin du 10 Chawwâl, l'armée musulmane commença sa marche vers le Passage. Le Prophète, monté sur sa mule blanche, Duldul, suivait la marche, à l'arrière de ses forces. La colonne la plus avancée, composée des Banî Solaymân et conduite par Khâlid, progressait à une allure mesurée vers le Passage escarpé et étroit. Lorsque les Banû Hawâzin surgirent de leur lieu d'embuscade et chargèrent la colonne de Khâlid impétueusement, celui-ci ne put soutenir le choc et sa colonne, frappée de stupeur par l'assaut, fut brisée et recula.(181)

Le choc fut transmis d'une colonne à l'autre. Toute l'armée, paniquée, prit la fuite. Comme colonne après colonne filaient pêle-mêle devant lui, le Prophète s'écria: «Où allez-vous? Le Prophète de Dieu est ici! Revenez! Revenez!» Mais personne ne prêtait attention à ses injonctions. Les compagnons distingués du Prophète, y compris 'Omar Ibn al-Khattâb, avaient pris eux aussi la fuite.(182) Seuls quatre hommes, tous des Banî Hâchim, restèrent avec le Prophète. C'étaient: 'Abbâs et son fils Fadhl, Abû Sufiyân B. Hârith et son frère Rabî'ah.(183)

Les Sarcasmes des Mecquois

Certains des notables mecquois, rendus heureux par ce revers, ouvrirent leurs curs pour faire des remarques vindicatives contre les Musulmans.(184) Ainsi, Abû Sufiyân Ibn Harb dit: «Ils ne s'arrêteront pas avant d'arriver au bord de la mer (dans leur fuite)». Jabala ou Kalda, le frère de Çafwân se moqua: «La magie de Mohammad a fait faillite aujourd'hui». Chaybah, un fils de 'Othmân B. Abî Talhah (tué à Ohod) jura qu'il tuerait à présent Mohammad. La confusion alla croissant.

Le Retour des Compagnons

A la fin, le prophète demanda à son oncle 'Abbâs qui tenait sa mule, de crier à haute voix: «Ô citoyens de Médine! Ô hommes de l'Arbre de Fidélité (allusion à ceux qui firent serment sous l'arbre à Hudaybiyyah)! Ô vous de la Sourate al-Baqarah (leur rappelant l'hommage qu'ils avaient présenté au moment de leur conversion à l'Islam)!»

La voix de stentor de 'Abbâs, retentissant à plusieurs reprises, fut entendue par les fuyards qui y répondirent par "Labbayk" de toutes parts et amorcèrent un mouvement de retour. Environ cent hommes, tous des Ançârites,(185) arrivèrent au Passage étroit et mirent en échec l'avance de l'ennemi. Le porte-drapeau des Banî Hawâzin, nommé 'Othmân ou Abû Jarwal, qui était un homme d'une taille et d'une stature extraordinaires, et fort bien bâti, s'avança et défia les Musulmans en combat singulier.

'Alî s'avança et engagea le combat contre lui. Entre-temps l'armée musulmane se ressemblait peu à peu autour du Prophète. 'Alî réussit à tuer son adversaire.(186) A présent les deux parties étaient proches l'une de l'autre et se battaient au corps à corps. La bataille était féroce. Le Prophète, qui observait le combat du haut d'une colline, prit une poignée de gravier et la lança en direction de l'ennemi en disant: «Que la ruine se saisisse d'eux!» Tout de suite ils se mirent à trembler et peu après ils prirent la fuite. Les Musulmans les suivirent de près et en tuèrent plusieurs. Les versets coraniques suivants font mention de cette bataille:

«Dieu vous a secouru de nombreux engagements et le jour de Honayn, quand vous étiez fiers de votre grand nombre, mais cela ne vous a servi d rien, et la terre, toute vaste qu'elle est vous paraissait étroite, puis vous avez tourné le dos en fuyant (c'est-à-dire que la terre vous a semblé être trop étroite dans votre fuite précipitée). Dieu fit descendre ensuite la tranquillité sur Son Prophète et sur les Croyants et IL fit descendre des soldats invisibles. IL a châtié ceux qui étaient incrédules. Telle est la rétribution des incrédules». (Sourate al-Tawbah, 9: 25-26).

Khâlid, toujours d'une cruauté frappante, fut là encore réprimandé pour avoir tué une femme.

La Défaite et la Fuite des Infidèles

La bataille fut gagnée.(187) L'ennemi ayant perdu soixante-dix de ses meilleurs combattants, dont quarante avaient été tués par 'Alî, fuit vers son camp à Awtas. Il fut immédiatement poursuivi par un fort détachement de l'armée musulmane, commandé par Abû Amir al-Ach'arî. Abû Amir, après avoir tué plusieurs adversaires, fut tué lui-même. Son cousin, Abû Mûsâ al-Ach'arî, prit ensuite le commandement et mit l'ennemi en fuite. En fuyant vers Tâ'if celui-ci abandonna son camp qui tomba dans les mains des Musulmans. A part les six mille prisonniers de guerre - y compris les femmes et les enfants, le butin de Honayn et d'Awtas fut comme suit: quarante mille moutons et chèvres, quatre mille "okes" d'argent et vingt-quatre mille chameaux. Les prisonniers et le butin furent transférés à Je'rana, et mis à l'abri en attendant le retour de l'armée de Tâ'if vers lequel les Musulmans étaient en train de progresser.

Le Siège de Tâ'if

Tout de suite après le retour du détachement d'Awtas, le Prophète partit avec ses armées à travers Nakhlah pour Tâ'if devant lequel il mit le siège. Les Hawâzin et leurs alliés, pour prévenir le siège de Tâ'if, avaient déjà pris des mesures défensives. Le siège se prolongea au-delà de vingt-quatre jours sans produire l'effet escompté, et le Prophète ayant fait un rêve conclut que les opérations n'auraient pas de succès et se résolut à enlever le siège. Mais en recevant l'ordre de se retirer l'armée commença à grogner, ce qui amena le Prophète à l'autoriser à lancer un assaut général le lendemain. L'assaut eut lieu comme prévu et les assaillants furent repoussés après avoir subi des pertes. 'Abdullâh, un fils d'Abû Bakr, fut blessé et il mourra des suites de ses blessures quelques années plus tard. Abû Sufiyân, le Chef mecquois perdit un il par le tir d'une flèche. A la fin l'armée fît marche arrière et se retira vers Je'rana où le butin de Honayn était conservé dans l'attente d'être distribué.

La Distribution du Butin de Guerre de Honayn

Malgré le long intervalle entre la bataille de Honayn et la distribution de son butin, aucune tribu ennemie n'était revenue engager des négociations en vue de récupérer ses familles captives, comme s'y attendait le Prophète. Maintenant l'armée, craignant que les tribus ne reviennent et que le Prophète, avec sa nature magnanime, ne leur restitue leurs biens, se pressa autour de lui et poussa des clameurs pour que les dépouilles des récentes batailles fussent distribuées, manifestant son impatience pour le retard de cette distribution.

Exaspéré par leur attitude, le Prophète leur dit avec indignation: «M'avez-vous jamais vu faux ou malhonnête?» Et arrachant des poils du dos d'un chameau, il ajouta en élevant la voix: «Par Allâh! Je n'ai jamais détourné même l'équivalent d'un cheveu du butin, ni pris pour ma part plus que le cinquième, et même ce cinquième je l'ai dépensé pour votre bien».

Le butin fut toutefois partagé comme d'habitude, à raison de quatre cinquièmes pour l'armée et un cinquième pour le Prophète. Ainsi, quatre chameaux et quarante moutons ou chèvres furent la part de chaque soldat, et trois fois plus, ainsi que quelques captifs pour chaque cavalier.

En tenant compte de l'exultation des nobles des Quraych de la Mecque, qui attendaient impatiemment la défaite du Prophète à Honayn, on peut douter sérieusement de leur foi malgré leur conversion à l'Islam. Pour gagner leurs curs (Sourate al-Tawbah, 9: 60) et pour les faire s'attacher plus solidement à lui et à sa Foi, le Prophète leur offrit beaucoup de cadeaux et de dons prélevés sur sa propre part (le cinquième du butin), dans le but de les convaincre qu'en se convertissant à l'Islam ils gagnaient plus et perdaient moins.

Ainsi, Abû Sufiyân obtint cent chameaux et cinquante "okes" d'argent. D'autres cadeaux, prélevés toujours sur sa part, furent distribués, selon une proportion adéquate, à Yazîd et Mu'âwiyeh fils d'Abû Sufiyân, à 'Ikrimah fils d'Abû Jahl et à son frère Hârith, à Çafwân Ibn Omayyah, à Hâkim B. Hozam, ainsi qu'à d'autres notables. Les bénéficiaires de tels dons sont connus dans l'histoire de l'Islam sous l'appellation les "Amnistiés" (Al-Tulaqâ').

«Parmi cette catégorie de convertis ainsi réconciliés figurait 'Abbas B. Marwân, un poète. Il n'était pas satisfait de sa part et exprima son mécontentement par des vers satiriques. Mohammad le surprit en train de réciter ces vers. "Prends cet homme et coupe-lui la langue", ordonna-t-il. 'Omar, toujours partisan des mesures rigoureuses, allait exécuter la sentence à la lettre et sur place. Mais 'Alî qui avait mieux compris l'intention du Prophète,(188) conduisit 'Abbâs qui tremblait sur le lieu où était rassemblé le bétail capturé et lui ordonna d'en choisir ce qu'il voulait. "Quoi!", cria le poète joyeusement soulagé de la terreur de la mutilation. "C'est cela que le Prophète voulait me faire? Par Allâh! Je n'en prendrai rien". Mohammad persista toutefois dans sa générosité et lui envoya soixante chameaux. A partir de ce jour, le poète ne se lassera pas de chanter la libéralité du Prophète». ("Life of Mohammad", W. Irving, p. 162)

Le Mécontentement des Médinois

Les Médinois, qui avaient vécu plus que quiconque les péripéties de toutes les batailles de l'Islam, se sentirent frustrés par ce traitement de faveur accordé aux Quraychites. Ils le prirent pour une marque de népotisme de la part du Prophète, et d'irrespect pour les services méritoires qu'ils avaient rendus eux-mêmes pendant les années passées de la lutte. Ils grognèrent contre la préférence donnée aux Quraych. Abul-Fidâ' dit: «Une fois la distribution terminée, Thul Khuwayçarah critiqua franchement le Prophète, lequel le qualifia d'homme dont la postérité serait constituée des dissidents (Khârijites); et c'est ce qui arriva effectivement lorsque Harqûs fils de Thul Thaddiyah, un descendant de Thul Khuwayçarah, sera le premier à prêter serment d'alliance contre le Calife 'Alî et qu'il deviendra dissident ou Khârijite».

Les Médinois Réconciliés

S'étant rendu compte du mécontentement des Médinois, le Prophète entra sous sa tente en compagnie de 'Alî et peu après il convoqua les notables de Médine.

Selon W. Ivring, le Prophète leur dit: «Ô vous les hommes de Médine! N'étiez-vous pas en désaccord entre vous-mêmes et n'est-ce pas moi qui vous ai apporté l'harmonie? N'étiez-vous pas dans l'erreur et n'est-ce pas moi qui vous ai mis sur le droit chemin? N'étiez-vous pas pauvres et n'est-ce pas moi qui vous ai rendus riches?» Ils reconnurent la véracité de ces propos. «Voyez-vous?» ajouta-t-il. «Lorsque je suis venu parmi vous, vous m'avez cru, alors que j'avais été stigmatisé (par les Mecquois) comme un menteur; vous m'avez protégé, alors j'étais un fugitif; et vous m'avez aidé, alors que j'étais sans secours! Croyez-vous donc que je sois inconscient de tout cela? Pensez-vous que je sois ingrat? Vous vous plaignez du fait que j'accorde à ces gens-là des cadeaux et que je ne vous en donne pas. C'est vrai, je leur donne des biens de ce monde, mais c'est pour gagner leurs curs attachés à ce monde. A vous qui êtes des hommes vrais, je vous donne moi-même! Ils retournent chez eux avec des moutons et des chameaux, mais vous, vous retournez avec le Prophète de Dieu parmi vous. Car, par Celui qui détient entre Ses mains l'âme de Mohammad, si le monde entier allait d'un côté et vous de l'autre, je resterais avec vous! Lequel donc, de vous ou d'eux, ai je récompensé le plus?»

Les Ançâr furent si touchés par ce discours du Prophète qu'ils sanglotèrent à haute voix et que leurs barbes furent mouillées par leurs larmes. Aussi s'écrièrent-ils: «Ô Messager de Dieu! Nous sommes contents de ta compagnie et satisfaits de nos parts».

Les Prisonniers de Guerre

Parmi les captifs figurait une femme âgée, nommée Chaymâ', qui affirmait qu'elle était la fille de Halîmah, la nourrice du Prophète, donc la sur de lait de ce dernier.(189) Elle fut amenée devant le Prophète qui reconnaissant en elle la fille qui le gardait et le portait lorsqu'il avait été nourrit par Halîmah chez les Banî Sa'd, tendit son manteau vers elle et la fit s'asseoir affectueusement à côté de lui. Il lui offrit de l'amener avec lui à Médine, mais elle préféra rester avec sa tribu. Elle eut alors l'autorisation de retourner chez elle, après qu'on lui eut offert de beaux cadeaux et fourni généreusement tout ce qu'il fallait pour son voyage.

Encouragée par cet excellent traitement réservé par le Prophète à une proche, une délégation de Banî Sa'd, de Banî Hawâzin et d'autres tribus vint voir le Prophète, se soumit à son autorité et le pria de leur rendre leurs femmes, leurs enfants et leurs biens. «Qu'est-ce qui est le plus cher, vos familles ou vos biens?» demanda-t-il aux Hawâzin. "Nos familles» répondirent-ils. «C'est bien, dit-il. Pour autant que cela concerne 'Abbâs et moi-même, nous sommes prêts à renoncer à notre part de prisonniers; mais il faudrait convaincre les autres aussi. Venez me voir après la prière de midi et dites: Nous implorons l'Envoyé de Dieu de recommander à ses partisans de nous rendre nos femmes et nos enfants, et nous implorons ses adeptes d'intercéder auprès de lui en notre faveur». Les délégués firent ce qui leur avait été conseillé. Mohammad et 'Abbâs renoncèrent immédiatement à leur part de prisonniers de guerre, ils furent suivis alors par tous les autres.(190)

'Alî Inspiré de Secrets Divins

Pendant la période où l'armée campait autour de la ville assiégée de Tâ'if, le Prophète avait envoyé un détachement sous le commandement de 'Alî afin d'inviter les tribus habitant aux alentours de Tâ'if à embrasser l'Islam et à détruire les idoles qu'elles adoraient. 'Alî avait eu quelques accrochages, spécialement avec le clan de Khoth'am qui lui avait résisté. Mais le chef de ce clan, Chabab, ayant été tué par 'Alî, les autres s'étaient soumis. Ayant exécuté avec succès et fidélité sa mission, il était retourné auprès du Prophète, lequel en le voyant s'était écrié: "Allâh-u-Akbar" et l'avait amené seul dans son appartement sacré pour avoir avec lui une longue et confidentielle conversation. Ses compagnons éminents, et tout spécialement, 'Omar, se mirent à murmurer, se demandant pour quoi le Prophète engageait avec son cousin une si longue conversation confidentielle, sans permettre à d'autres d'y assister. Ayant reçu l'écho de ces murmures, le Prophète dit que c'était Dieu Lui-Même Qui avait inspiré à 'Alî quelques Secrets Divins, et que c'était pour cette raison qu'il avait eu avec lui un long entretien confidentiel.(191)

Mâlik Ibn 'Awf

L'un des chefs des Banî Hawâzin, Mâlik B. 'Awf, qui s'était enfermé dans sa citadelle à Tâ'if, avait reçu de la part du Prophète la promesse de reprendre ses biens et sa famille et d'obtenir en outre un cadeau de cent chameaux, s'il consentait à embrasser l'Islam. Il accepta l'offre et il obtint, outre ce cadeau, le commandement de tous ses hommes qui devraient se convertir à l'Islam. Après sa conversion à l'Islam, il s'avéra être un Musulman utile et enthousiaste.

Le Retour du Prophète

La distribution du butin de la guerre ayant été achevée, le Prophète fit le vu d'accomplir le Pèlerinage. Le 18 Thilqa'dah de l'an 8 de l'Hégire, vêtu de l'habit de pèlerinage, il se rendit à la Mecque et y accomplit, le Pèlerinage Mineur.

'Otbah B. Osayd et Mo'az B. Jabal, que le Prophète avait nommés respectivement Gouverneur et Chef du Clergé de la Mecque lors de son départ pour Honayn, furent confirmés maintenant dans leurs fonctions. La même nuit, il retourna à Je'rana, et le lendemain matin il prit le chemin du retour à Médine.

Ibrâhîm, Fils du Prophète

Lors du retour du Prophète à Médine, Marya, la fille copte qui avait été envoyée par le Gouverneur d'Egypte au Prophète, mit au monde un fils au mois de Thilhaj de l'an 8 de l'Hégire. L'enfant fut appelé Ibrâhîm, mais il ne vécut que quatorze mois.

La Prohibition de l'Alcool

En l'an 8 de l'Hégire, la consommation du vin fut formellement interdite, bien que sa désapprobation ait déjà commencé en l'an 4 de l'Hégire, à la suite de la révélation du verset coranique suivant:

«Ils t'interrogent au sujet du vin et du jeu de hasard; dis: "Ils comportent tous deux, pour les hommes, un grand péché et un avantage, mais le péché qui s y trouve est plus grand que leur utilité"». (Sourate al-Baqarah, 2: 219).

Après cette révélation, certains Musulmans renoncèrent à l'alcool, alors que d'autres continuèrent à en consommer jusqu'au jour où au cours d'une réception organisée par 'Abdul- Rahmân B. 'Awf et à laquelle assistaient beaucoup de Compagnons du Prophète, l'un d'eux, après avoir mangé et bu abondamment, se mit à divaguer honteusement pendant la prière du soir. Selon al-Baydhâwî, cet incident fut à l'origine de la révélation suivante intervenue en l'an 6 de l'Hêgire:

«Ô les Croyants! N'approchez pas de la prière, alors que vous êtes ivres - attendez de savoir ce que vous dites!» (Sourate al-Nisà', 3: 43).

Cependant certains Musulmans ne s'étaient pas défaits de cette habitude jusqu'à ce qu'un autre incident survienne: l'un des plus éminents Compagnons du Prophète ayant trop bu un jour, attaqua 'Abdul-Rahmân Ibn 'Awf et lui fractura le crâne avec un maxillaire de chameau.

Le Prophète se mit en colère en apprenant cette nouvelle. Il se leva et se dirigea tout de suite, son manteau traînant par terre, vers le lieu où gémissait le Compagnon. Ramassant un objet qu'il tint dans la main, il l'en frappa jusqu'à ce que le Compagnon se soit mis à crier: «Je demande protection contre la colère de Dieu et de Son Prophète». Cet incident fut, dit-on, la cause de la révélation des versets coraniques, ordonnant une abstinence totale de la consommation d'alcool:

«Ô les croyants! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires sont une abomination et une uvre du Démon. Evitez-les. Peut-être serez-vous heureux. Satan veut susciter parmi vous l'hostilité et la haine au moyen du vin et du jeu de hasard. Il veut ainsi vous détourner du souvenir de Dieu et de la prière. Ne vous abstiendrez-vous donc pas? Obéissez à Dieu! Obéissez au Prophète! Prenez garde! Mais si vous vous détournez, sachez qu'il n'incombe à Notre Prophète que de transmettre le message en toute clarté». (Sourate al-Mâ'idah, 5: 90-92).

«Nous nous en abstiendrons, nous nous en abstiendrons», répliquèrent les offenseurs. ("Mustatraf", chap. 74, de Cheikh Chahâbuddin Ahmad Abchîhî).



Notes

1. "Ibn Athîr"; "Al-Kâmil", vol. III, p. 25.

2. "Ibn Qotaybah"; "Ibn Athîr"; "Al-Tabarî"; "Rawdhat a-Çafâ".

3. «La vengeance était presque un principe religieux parmi les Arabes. Venger un parent tué était un devoir pour sa famille, et ce devoir menait souvent l'honneur de sa tribu en jeu. Et ces dettes de sang demeuraient parfois impayées pendant des générations, provoquant des conflits meurtriers». (W. Irving)

Gibbon fait remarquer que les Arabes menaient une vie marquée par une intention criminelle et par le soupçon, parfois pendant cinquante ans avant que les comptes de la vengeance ne fussent réglés.

4. "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr"; "Al-Sîrah al-Halabiyyah".

5. "Ibn Qotaybah".

6. Une première fois, le même jour, Abû Bakr lui avait interdit de haranguer les gens à la porte du Prophète lorsqu'il était mort.

7. "Ibn Qotaybah"; "Rawdhat al-Ahbâb"; "Rawdhat al-Çafâ".

8. "Ibn Athîr"; "Al-Tabarî".

9. "Ibn Athîr"; "Al-Tabarî" (version persane); "Habîb al-Sayyâr"; "Rawdhat al-Çafâ".

10. "Al-Tabarî"; "Suyûtî".

11. "Ibn Qotaybah".

12. "Al-Mas'ûdî"; "'Aqd a-Farîd"; "Rawdhat al-Çafâ".

13. a- Les deux Cheikh (Bokhârî et Muslim) ont noté que 'Omar avait dit: «Que personne ne se trompe en disant que l'allégeance à Abû Bakr a été faite à la légère - bien qu'elle fût ainsi - le Seigneur en a prévenu les mauvaises conséquences...» ("History of Califat", traduction anglaise par Major Jarret de Suyûtî)

b - L'urgence du moment et l'assentiment des gens purent excuser cette mesure illégale et précipitée, mais Omar lui-même avoua du haut de la chaire que si un Musulman sollicitait désormais le suffrage de son frère, tous deux, l'électeur et l'élu mériteraient la peine de mort. (Gibbon)

14. "Al-Tabarî"; "Al-Suyûtî".

15. Note:

1. Ibn Abîl-Hadîd dit: Une grande partie de la Ummah soutient que toute la politique et toutes les mesures apparemment précipitées adoptées par Abû Bakr et 'Omar pour s'emparer du Califat répondaient en fait à un plan prémédité et bien établi élaboré pendant la maladie du Prophète, lorsque son lit avait été assiégé par l'habile 'Âyechah, fille d'Abû Bakr et ennemie de 'Alî (Gibbon). Abû Bakr était un homme bien âgé puisqu'il avait à peu près l'âge du Prophète. Il n'était donc pas probable qu'il puisse survivre longtemps après la disparition du Prophète. 'Omar était beaucoup plus jeune qu'Abû Bakr, il avait donc confiance qu'il lui succéderait dans un délai pas trop éloigné. On peut donc supposer qu'ils s'étaient entendus sur l'ordre dans lequel ils accéderaient au pouvoir tous les deux, et c'est conformément à cet arrangement qu'Abû Bakr, lorsqu'il se trouva sur son lit d'agonie, ne se contenta pas de faire élire son successeur, mais nomma 'Omar franchement pour lui succéder afin d'éviter le risque de l'élection.

2. La réponse de 'Omar à Hobâb, comme nous l'avons vu dans un paragraphe précédent, suggère aussi qu'il s'était déjà assuré de l'établissement du Califat avec ses partisans.

3. La déclaration de 'Omar selon laquelle il pensait qu'il ne convenait pas de désobéir au Calife deux fois en un jour (voir plus haut) tend à montrer également qu'il avait préalablement choisi Abû Bakr comme Calife avant l'élection; autrement comment pouvait-il parler d'un Calife alors qu'il avait professé fermement que le Prophète n'avait pas nommé son successeur, ce qui nécessitait une élection.

16. Ayant encore le souvenir de l'expérience de Saqîfah, bien frais dans la mémoire, 'Omar, sur son lit d'agonie accordera un délai de trois jours pour l'élection de son successeur, bien qu'il n'y eût que six électeurs qu'il avait désignés lui-même. Il est donc évident que l'élection à Saqîfah, avec toutes les parties contestataires parmi les Ançâr et les Muhâjirîn qu'elle impliquait aurait dû occuper beaucoup plus longtemps sans les mesures prises par 'Omar pour conclure l'affaire au plus vite.

17. "Kanz al-Ummâl"; "Arjah al-Matâlib".

18. "Abul-Fidâ'"; "Habîb al-Sayyâr", etc.

19. "Ibn Athîr".

20. Voir aussi: "Abul-Fidâ'"; "Al-'Aqd al-Farîd".

21. "Ibn Qotaybah".

22. Ibid.

23. Une grande partie des Musulmans soutiennent que 'Omar avait obtenu la promesse, en accord avec Abû Bakr, de succéder à ce dernier après sa mort. Mais craignant naturellement une réaction de colère à tout moment de la part du prétendant légal, 'Alî, réaction qui pourrait détruire ses rêves ambitieux, 'Omar désirait avec angoisse se débarrasser de ce dernier n'importe comment. Mais 'Alî était suffisamment sage pour supporter patiemment toutes les graves insultes et provocations dont il faisait l'objet, et éviter tout faux pas qui pourrait mettre en danger la sécurité de l'Islam.

24. "Al-Bokhârî"; "Muslim"; "Mosnad Ahmad Hanbal".

25. C'est-à-dire: «Je te fournirais beaucoup d'hommes et de chevaux pour venir à bout d'Abû Bakr".

26. "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr"; "Abul-Fidâ'".

27. "Abul-Fidâ'".

28. "Al-Tabarî"; "Târîkh al-Khamîs"; Al-Çawâ'iq".

29. "Kanz al-'Ummâl".

30. "Al-Tabarî" (version persane); "Rawdhat al-Çafâ".

31. "Ibn Athîr"; "Ibn Khaldûn".

32. "Al-'Aqd al-Farîd"; "Mujrûj al-Thahab"; "Kanz al-'Ummâ".

33. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Ibn aakhaldûn"; "A'tham al-Kûfî".

34. "Annals of the Early Calihate" de W. Muir, p. 257.

35. "Histoire of Islam" de Zakir Hussayn, vol. III, p. 54.

36. "Al-Tabarî"; "Al-'Aqd al-Farîd"; "Kanz al-'Ummâl", etc.

37. Al-Suyûtî, "Târîkh al-Kholafâ'", tradu. ang. de M. Jarret, "History of Califat", p. 86

38. "'Aqd al-Farîd"; "Izâlat al-Khifâ".

39. "Ibn Athîr"; "Izâlat al-Khifâ".

40. "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr"; "Rawdhat al-Ahbâb".

41. "Al-Suyûtî".

42. "Annals f the Early Caliphate" de W. Muir, p. 237.

43. Ibid.

44. "History of Califat", pp. 142 et 175, traduc. ang. de M. Jarret de "Târîkh al-Kholafâ'" d'al-Suyûtî.

45. "Futûh al-Châm"; "Wâqîdî"; "Muir'a Annals", p. 211.

46. "Târîkh al-Kholafâ'" d'al-Suyûtî, p. 97.

47. Izâlat al-Khifâ d' "Ihyâ' al-'Ulûm".

48. "Ibn Abil-Hadîd".

49. Un "qintâr": mille pièces d'or, d'où le mot latin: "quintal".

50. "Ibn Abil-Hadîd"; "Kanz al-'Ummâl".

51. "Ibn Athîr".

52. Ibid.

53. "Al-Suyûtî".

54. Ibid., p. 138

55. "Charh Fiqh akbar", de Mulla 'Alî Qari.

56. "Aannals of the Early Caliphate" de W. Muir, p. 280

57. "Kâmir Ibn Athîr".

58. "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr".

59. "Al-Tabarî", vol. V, pp. 34 et 35; "Kâmi; Ibn Athîr".

60. "Abul-Fidâ"; "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr".

61. "Annas ..." de Muir, p. 282.

62. Ibid., p. 284

63. "Ibn Athîr".

64. "Ibn Athîr"; "Ibn Khadûm".

65. "Al-Tabarî", vol. V, p. 36

66. Ibn Abî Sarh était le frère de lait de 'Othmân. Le verset 93 de la Sourate al-An'âm fait allusion à lui dans les termes suivants: «Qui est pus injuste que celui qui forge un mensonge contre Dieu; ou celui qui dit: "J'ai reçu une révélation", alors qe rien ne lui a été révélé. Ou celui qui dit: "Je vais faire descendre quelque chose de semblable à ce que Dieu a fait descendre"». Il profitait sa position pour intercaler des passages sortis de son imagination grotesques. Son méfait ayant été découvert, il s'enfuit à la Mecque où il devint apostat. Lorsqu'il était proscrit par le Prophète, 'Othmân lui avait donné refuge et pria par la suite le Prophète de lui pardonner. Il sera nommé Gouverneur d'Egypte pendant le règne de 'Othmân.

67. "Ibn Jarîr".

68. "History of Islam", de Zakir Hussayn.

69. "Abul-Fidâ".

70. "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr"; "Rawdhat al-Ahbâb".

71. "History of Islam" de Zakir Hussayn, vol. III, p. 124.

72. Ibid.

73. "Abul-Fidâ'"; "Habîb al-Sayyâr".

74. "W. Irving", p. 161

75. "Abul-Fidâ'".

76. "Ibn 'Abd Rabbah"; "Abu-Fidâ'".

77. "Al-Milal wal Nihal" d'al-Chahristânî.

78. "Abul-Fidâ'", vol. I, p. 169; "'Abd Rabbah"; "Ibn Qotaybah".

79. "Al-'Aqd al-Farîd" d'Ibn 'Abd-Rabbah.

80. "Abul-Fidâ'".

81. Ibid.

82. "Rawdhat al-Ahbâb".

83. Ibid.

84. "Murûj al-Thahab" de Mas'ûdî; "Ibn Qutaybah"; "Ibn Athîr".

85. "History of Saracens", de S. Ocklet, p. 280

86. "Murûj al-Thahab" d'al-Mas'ûdi; "Ibn Qutaybah"; "Ibn Athîr".

87. Ibid,

88. "Mas'ûdî"; "Annals of the Early Caiphate" de W. Muir.

89. Mas'ûdî dans "Murûj al-Thahab".

90. "Annals of ..." de W. Muir, pp. 309 - 310.

91. "Târîkh Ibn Wâdhih"; "Mas'ûdî".

92. Al-Tirmithî, al-Hâkim cité par al-Suyûtî, p. 173.

93. "Târîkh Ibn Wâdhih"; "Mas'ûdî".

94. "Mas'ûdî"; "Rawdhat al-Çafâ", "A'tham Kûfî".

95. "Târîkh Ibn Wâdhih": "Mas'ûdî".

96. "Abul-Fidâ'".

97. "Ibn Qutaybah".

98. "History of Islam" de Zakir Hussayn, vol. III, p. 138.

99. "Al-Imâmah wal-Siyâsah"; "Târîkh al-Khamîs".

100. "Târîkh al-Khamîs".

101. "Ibn Athîr"; "Ibn Qutaybah".

102. Le Prophète eut une vision à la famille de Banî Omayyah, dans laquelle il vit celle-ci monter sur sa chaire et y faire des sauts, comme des singes. Il dit à ce propos: «C'est leur part dans ce monde qu'ils ont gagnée par leur profession de Foi à l'Islam» ("Sale", citant al-Baydhâwî).

103. "Annals of the Early Caliphate" de W. Muir, p. 327; "Rawdhat al-Çafâ".

104. "History of the Saracens" de S. Ockley.

105. "History of Islam" de Zakir Hussayn, vol. III, p. 149.

106. Na'thal était le nom d'un Juif à longue barbe, originaire d'Egypte. Sa ressemblance avec 'Othmân incitait les ennemis de ce dernier à l'appeler par le nom de son sosie. Ibn Athîr, dans "Nihâyeh".

107. "Mir Akhond"; "A'tham Kûfî".

108. "Ibn Khaldûm"; "Târîkh al-Khamîs".

109. "Ibn Qutaybah"; "Al-tabarî".

110. Al-Mas'ûdî reproche à 'Abdullâ Ibn 'Omar de s'être abstenu de prêter serment d'allégeance au Calife 'Alî, et de rendre hommage par la suite à Yazîd Ibn Mu'âwiyeh pour son élection au Califat et encore à 'Abdul-Malik Ibn Marwân.

111. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Ibn Athîr"; "Ibn Khaldûm".

112. "Mas'ûdî"; "Habîb a-Sayyâr".

113. Selon Major Price, la réponse du messager à 'Alî fut la suivante: «Cinquante mille hommes sont rassemblés autour des vêtements de 'Othmân. Leurs joues et leurs barbes n'ont jamais cessé d'être mouillées par leurs larmes, et leurs yeux n'ont jamais cessé de verser des larmes de sang depuis l'heure de ce meurtre atroce. Ils ont dégainé leurs sabres en faisant le serment solennel de ne jamais les rengainer ni de ne cesser de se lamenter avant d'avoir exterminé tous ceux qui ont été impliqués dans cette détestable affaire. Ils ont transmis ce sentiment à leurs descendants, comme un legs solennel, et le tout premier principe que les mères inculquent à leurs enfants est celui de venger jusqu'au bout le sang de 'Othmân». Cet insolent exposé suscita la colère des compagnons du Calife, à tel point que sans l'intervention de 'Alî, ils auraient commis des actes ayant des conséquences incalculables. Il est difficile d'imaginer à quel point cette magnanimité de la part de 'Alî eut un effet magique sur le messager de Mu'âwiyeh qui se déclara alors convaincu de son erreur et jura qu'il ne se séparerait plus jamais volontairement de 'Alî, ni ne reconnaîtrait l'autorité d'aucun autre souverain à son détriment. ("History of the Saracens" de S. Ockly, p. 295)

114. "Al-Tabarî".

115. "Rawdhat al-Ahbâb".

116. "Ibn Athîr".

117. "Al-Tabarî"; "Ibn Khaldûm".

118. "Rawdhat al-Çafâ".

119. "Al-Tabarî".

120. "Abul-Fidâ'".

121. "Ibn Athîr".

122. "Al-Tabarî".

123. "Ibn Athîr"; "Ibn Khaldûm".

124. "Al-Tabarî".

125. "Rawdhat al-Ahâb".

126. "Al-Murtadhâ"; "'Abbâcî".

127. "Al-Tabarî"; "Rawdhat a-Ahbâb"; "Al-Imâmah wal-Siyâsah".

128. "Rawdhat al-Ahbâb".

129. "Ibn Athîr".

130. "Habîb a-Sayyâr"; "Kachf al-Fhummah".

131. "A-Tabarî".

132. "Al-Mas'ûdî"; "Rawdhat al-ahbâb".

133. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Manâqib Murtadhawî"; "Habîb al-Sayyâr"; "A'tham al-Kûfî".

134. "Rawdhar al-Çafâ".

135. Ibid.

136. "Al-Mas'ûdî".

137. "Habîb al-Sayyâr".

138. "Rawdhat al-Çafâ", vol. II, p. 292; "Jâmi' al-Tawârîkh", p. 183, etc.

139. 'Amr était le fils d'une courtisane de la Mecque, qui semble avoir rivalisé par sa fascination avec Phryne et Aspasie de la Grèce, et compté parmi ses amoureux quelques-uns des plus nobles du pays. Lorsqu'elle avait donné naissance à son fils, elle mentionna plusieurs hommes de la tribu de Quraych comme pouvant être son père. L'enfant fut reconnu comme ayant le plus de ressemblance avec 'Âç, le plus âgé de ses admirateurs, ce qui lui avait valu d'avoir en plus de son nom 'Amr la désignation de Ibn al-'Âç, c'est-à-dire, le fils de 'Âç. ("Life of Mohammad", W. Irving, p. 48)

140. "Al-Mas'ûdî".

141. "Rawdhat al-Ahbâb".

142. "Ibn Khaldûn".

143. Ach'ath est le même homme qui en l'an 17 H. avait parcouru la longue distance séparant l'Irak de Kinnisrin en Syrie pour chercher la charité de Khâlid Ibn al-Walîd qui lui donna mille pièces en or.

144. D'après Rawdhah al-Çafâ, un cadeau de cent mille dirhams avait été promis par Mu'âwiyeh à al-Ach'ath.

145. "Rawdhar al-Çafâ"; "Habîb al-Sayyâr".

146. "Abu-Fidâ'".

147. "Rawdhat al-Çafâ".

148. "Al-Tabarî".

149. "Abul-Fidâ'".

150. Ibid.

151. "History of Califat", p. 184, traduc. ang. par Major Jarret de "Târîkh al-Kholafâ" d'al-Suyûtî".

152. Ibid.

153. Major Jarret, op. cit., p. 183, (tradc. ang. de "Târîkh al-Kholafâ" d'al-Suyûtî).

154. Ibid.

155. Major Jarret, op. cit, p. 183

156. Ibid.

Notes de la 2ème Partie

1. "Tabaqât Ibn Sa'd"; "Ibn Hichâm".
2. "Tabaqât Ibn Sa'd".
3. "Tabaqât Ibn Sa'd"; "Ibn Hichâm".
4. Ibid.
5. 1- Burkhard a affirmé que le niveau de Zam-Zam reste le même quelle que soit la quantité d'eau qu'on y puise, et que cela peut être constaté par la comparaison de la longueur de la corde du seau, le matin et le soir. Les Turcs considèrent ce phénomène comme un miracle étant donné que l'eau de ce puits est utilisée non seulement par la foule innombrable des pèlerins, mais aussi par chaque famille de la ville pour la boisson et l'ablution, bien qu'elle soit trop sacrée pour servir à des fins culinaires. Il a appris de quelqu'un qui était descendu pour examiner la maçonnerie que l'eau coulait au fond et qu'elle est par conséquent fournie par un ruisseau souterrain. L'eau a un goût lourd et sa couleur ressemble parfois au lait, mais elle est parfaitement douce et diffère beaucoup de celle des puits saumâtres dispersés partout dans la ville. L'eau puisée au début, est un peu tiède, ressemblant en cela à celle de beaucoup d'autres fontaines du Hijâz. (Travers, p. 144, "Life of Muhammad" de W. Muir)

2- 'Ali Bey dit: Le puits a un diamètre de 7 pieds 8 pouces, et une profondeur de 56 pieds jusqu'à la surface de l'eau qui est plus chaude que l'air tout de suite après son puisage... Elle est potable et si abondante que pendant la saison du pèlerinage son niveau ne diminue pas sensiblement, bien que des milliers de personnes y aient puisé. (W. Muir, op. cit., vol. II, p. 81)

3- Sale, citant al-Idrisi, affirme que le puits de Zam-Zam mis à part, les fontaines de la Mecque sont amères et imbuvables. (Prel. Disc., p. 3, op. cit.)
6. "Tabaqât Ibn Sa'd"; "Ibn Hichâm".

7. L'Imâm al-Hussayn, le petit-fils du Prophète Mohammad se sacrifiera en l'an 61 de l'Hégire pour préserver l'intégrité de l'Islam. (N.D.T.)

8. W. Irving écrit: «Sa mère n'a senti aucune des douleurs de l'enfantement. Au moment de sa venue au monde une lumière céleste a illuminé la région environnante, et le nouveau-né a levé les yeux vers le Ciel en s'exclamant: "Dieu est Grand! Il n'y a pas de dieu si ce n'est Dieu, et je suis Son Prophète"». ("Life of Muhammad", p. 13)

9. D'autres passages de l'Ecriture que Musulmans considèrent comme concernant leur Prophète sont:

- "Deutéronome", XXXIII, 2: «Alors que Sinaï est dit pour Judaïsme, Séïr (en Galilée), Christianisme, et Paran (en Arabie), Islam».

- "Isaïe", XXI, 6: «Alors que "celui qui est sur l'âne" est Jésus, "celui qui est sur le chameau" est Mohammad».

- "Matthieu", XX, 1-6: «Où le matin, le midi et le soir sont Judaïsme, le Christianisme t l'Islam».

- "Jean", IV, 2-3: «Où on dit que Mohammad est "l'esprit qui celui de Dieu" parce qu'il proclama que Jésus avait été vrai homme et non pas Dieu». (Rodwell's Kor., p. 445 et Habak, III, 3).

10. "Tabaqât Ibn Sa'd".

11. "Tabaqât Ibn Sa'd"; "Ibn Hichâm"; "Rawdhat al-Ahbâb".

12. "Al-Tabarî"; "Ibn Hichâm"; "Ibn Sa'd".

13. "Al-Tabarî"; "Ibn Hichâm"; "Ibn Sa'd".

14. "Ibn Hichâm".

15. Al-Tirmithî, cité dans "Uswât al-Raçûl", vol. II, p. 167.

16. "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî"; "Ibn Sa'd".

17. "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî"; "Ibn Sa'd".

18. "Al-Tabarî"; "W. Irving".

19. "Tabaqât Ibn Sa'd".

20. "Ibn al-Athîr"; "Al-Tabarî".

21. "Al-Zarqânî"; "Rawdhat a-Ahbâb".

22. "Al-Tabarî"; "Ibn al-Athîr".

23. "Sîrah al-Halabiyyah"; "Tanqîd al-Kalâm".

24. "Al-Tabarî"; "Ibn Jâbir".

25. "Hayât al-Qulûb" (source Shî'ite); "Al-Mawâhib al-Laduniyyah", "Al-Muntaqî" (sources Sunnites).

26. "Al-Istî'âb"; "Tafrîh al-Azkiyâ'"; "Bahjat al-Mahâfil"; "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî"; "Rawdhat al-Ahbâb"; Abul-Fidâ'"; "Ibn Athîr".

27. Ahmad Hanbal dans son "Manâqib"; Al-Nasâ'î dans ses "Khaçâ'iç"; Al-Hâkim dans son "Mustadrak"; Qotayabah dans ses "Ma'ârif".

28. "Ibn Athîr".

29. "Al-Sîrah" d'al-Halabiyyah"; "Osd al-Ghâbah"; "Târîkh" d'al-Khamîs, etc.

30. "History of Califat", p. 33, de la traduc. de Major Jarret de "Târîkh al-Kholafâ'" d'al-Suyûtî.

31. Id. Ibid.

32. Id. Ibid.

33. "Al-Istî'âb".

34. «Ali persévéra à emboîter le pas au Saint Prophète durant toute son enfance, dit le célèbre historien, al-'Allamah al-Mas'ûdî. Si le fait d'avoir le titre glorieux de premier Musulman, si le fait d'être le camarade du Prophète pendant son exil, son associé intime dans la vie, son parent, si le fait de connaître véritablement l'esprit des enseignements de Mohammad et du Livre si le fait d'incarner l'abnégation et de pratiquer la justice, si l'honnêteté, la pureté et l'amour de la vérité, si la connaissance de la loi et de la science, constituent le signe d'une prééminence, alors tout le monde doit reconnaître qu'il est vain de rechercher toutes ses qualités autant parmi ses prédécesseurs que parmi ses successeurs». (Extrait de "Rationalité de l'Islam", Publication du Séminaire Islamique)

35. "Ibn Athîr"; "Al-abarî"; "Al-Sîrah al-Halabiyyah".

36. Gibbon par W. Smith, p. 458 (anglais).

37. "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr"; "Abul-Fidâ'".

38. "Târîkh Islam" (Histoiy of Islam), Zakir Hussayn, vol. II, p. 47.

39. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Ibn Hichâm".

40. "Ibn Hichâm"; "Ibn Athîr"; "Madârij al-Nubuwwah".

41. "Al-Baydhâwî".

42. Ibid. et "Al-Zamakh-charî".

43. "Al-Baydhâwî".

44. Ibid., et "Al-Zamakh-charî".

45. "Ibn al-Athîr".

46. "Al-Tabarî"; "Ibn Hichâm".

47. "Al-Tabarî"; "Ibn Hichâm"; "Târîlh al-Khamîs".

48. "Ibn Hichâm", "Târîhk al-Khamîs".

49. "Abul-Fidâ'"; "Habîb-al-Sayyâr"; "Asni-al-Matâlib".

50. Ibid.

51. "Al-Tabarî"; "Ibn Hichâm".

52. Ibid.

53. Ibid.

54. "Mawâhib Laduniyyah".

55. A propos de ce miracle de la disjonction de la lune, réalisé par le Prophète, il faut noter ici qu'on peut en trouver la confirmation indirecte dans les écrits du célèbre astronome, Sir J. F. Herschel, qui a écrit dans ses "Outlines of Astronomy" (4e édition, 1851, p. 247), note en marge, en parlant de la lune: «Il y a une illusion optique d'une nature étrange et inexplicable que l'on a souvent remarquée dans l'occultation. L'étoile semble avancer effectivement sur et dans le disque (de la lune) avant de disparaître, et ce jusqu'à une profondeur considérable parfois. Je n'ai jamais été personnellement témoin de cet effet singulier, mais il repose sur un témoignage sans équivoque. Je l'ai appelé une illusion optique, car il est pratiquement impossible qu'une étoile puisse briller en de telles occasions à travers des fissures profondes dans la substance de la lune». Des fissures profondes dans la lune! Cette expression n'indique-t-elle pas clairement une réunion des deux parties de la lune après que celle-ci s'était scindée en deux, réunion incomplète qui a laissé des fissures profondes.

56. Un jour, pendant l'enfance de Mohammad, Abû Tâlib l'avait emmené à la Ka'bah à l'occasion de la raréfaction des pluies. Se mettant debout, le dos touchant le mur du sanctuaire, il leva Mohammad sur son genou et lui demanda d'être intermédiaire dans ses prières auprès du Tout-Puissant pour qu'IL fasse descendre les pluies. Mohammad le rejoignit dans ses prières en ayant le visage tourné vers le haut. Avant que les prières finissent, les nuages commencèrent à apparaître et les pluies tombèrent à verse. C'est à cet événement que ce vers fait allusion.

57. "Tabaqât Ibn Sa'd".

58. "Sprit of Islam".

59. "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî".

60. "Ibn Hichâm"; "Ibn Athîr"; "Abul-Fidâ'".

61. "Chifâ'" d'al-Qâdhî 'Iyâdh; "Al-Durr al-Manthûr" d'al-Suyûtî.

62. "Ibn Hichâm"; "Ibn Khaldûn".

63. "Târîkh al-Khamîs"; Habîb al-Sayyâr (ou al-Siyâr).

64. "Al-Tabarî"; "Ibn Hichâm"; "Târîkh al-Khamîs"; "Rawdhat al-Ahbâb".

65. "Al-Tabarî"; "Târîkh al-Khamîs"; "Ibn Hichâm"; "Ma'âlim al-Tanzîl"; "Rawdhat al-Ahbâb".

66. "Al-Durr al-Manthûr".

67. "Al-Tabarî"; "Al-Sîrah al-Mohammadiyyah".

68. "Abul-Fidâ'"; "Ibn al-Athîr"; "Ibn Khaldûn"; "Târîkh al-Khamîs", etc.

69. Al-Zamakh-charî, dans "Rabî al-Abrâr"; "Târîkh al-Khamîs".

70. "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî"; "Ibn Khaldûm"; "Târîkh al-Khamîs".

71. W. Irving.

72. Salmân al-Fârecî (Salmân le Perse) était originaire d'une bonne famille d'Isfahan, et il avait abjuré, lorsqu'il était jeune, la religion de son pays pour embrasser le Christianisme. Alors qu'il voyageait en Syrie un moine d'Amoria lui avait conseillé d'aller en Arabie où on attendait l'apparition d'un Prophète qui devrait rétablir la religion d'Ibrâhîm, et qu'il pourrait reconnaître au Sceau de Prophétie, entre ses épaules, entre autres choses. Alors qu'il effectuait ce voyage, il rencontra Mohammad à Qobâ - où il se reposait pendant son voyage en direction de Médine, et reconnaissant en lui la personne qu'il cherchait, il se convertit tout de suite à l'Islam. (Sale from ex. Ibn Ishaq vide Gagnier).

73. "Al-Tabarî"; "Al-Sîrah al-Muhammadiyyah"; Hayât al-Qulûb".

74. "Tafsîr al-Dur al-Manthûr", d'al-Suyûtî, vol. II.

75. "Spirit of Islam".

76. "Ibn Khaldûm"; "Habîb al-Syyâr".

77. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Târîkh al-Khamîs".

78. «Dieu arrive de Teyman, le Saint, du Mont "Paran". Sa Majesté a recouvert les Cieux, et la Terre est pleine de Sa Louange». (La Bible, Habacuc, III, 3)

Note: Les collines entourant la Mecque s'appellent les Montagnes "Faran".

79. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Târîkh al-Khamîs".

80. "Ibn Hichâm".

81. "Al-Tirmithî"; "Muslim"; "Al-Bokhârî".

82. "Ibn Hichâm"; "Al-Nasâ'î"; "Ahmad Ibn Hanbal"; "Al-Hâkim".

83. L'abrogation du droit d'héritage du premier verset par celui du second ne prive pas 'Alî du droit d'hériter du Prophète, étant donné qu'ils sont également liés par un lien de sang.

84. "Ibn Hajar"; "Al-Zarqânî".

85. "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî"; "Ibn Sa'd".

86. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Târîkh al-Khamîs".

87. "Al-Tabarî"; "Al-Tabânî"; "Ahmad Ibn Hanbal"; "Ibn 'Asâkir".

88. Âsya, la fille de Mozâhem. Les commentateurs relatent que c'est parce qu'elle avait cru à Mûsâ que son mari la tortura cruellement, attachant ses mains et ses pieds à quatre poteaux et posant une grande meule sur sa poitrine et son visage tout en l'exposant en même temps aux rayons brûlants du soleil. Toutes ces peines furent toutefois soulagées par les anges qui la couvraient de l'ombre de leurs ailes, et par la vision du Château préparé pour elle au Paradis, lorsqu'elle prononçait la prière. A la fin Dieu reçut son âme, ou comme le disent certains, elle fut transférée vivante au Paradis où elle mange et boit toujours. (D'après: Jalâluddîn-al-Zamakh-charî)

89. "Sunan Abû Dâwûd"; "Bâb al-Tafsîr".

90. Voir l'Ancien Testament: "Nombres", Chap. 31.

91. "Al-Tabarî"; "Ibn al-Athîr"; "Habîb al-Sayyâr"; "Ibn Khaldûn".

92. "Al-Tabarî"; "Kâmil"; "Ibn Athîr"; "Ahmad Ibn Hanbal"; "Al-Durr al-Manthûr", etc.

93. A la question, posée par le Prophète, de savoir ce qu'il fallait faire et choisir dans les circonstances, Abû Bakr répondit: «Le Prophète sait mieux. J'ai reçu des informations selon lesquelles les Quraych s'approchent rapidement. Ils sont à deux étapes de nous», et 'Omar ajouta: «Ô Prophète! Le prestige des Quraych est engagé dans cette affaire! Ils n ont jamais plié leurs têtes hautaines à la servitude, et depuis qu'ils sont devenus infidèles, ils ne se sont jamais convertis en croyants. Il est certain qu'ils sont déterminés à nous affronter». Devant ces réflexions, le Prophète parut excédé. Puis, Miqdâd Ibn Amru, s'adressa au Prophète en ces termes: «Nous ne devons pas dire ce que les enfants d'Isrâ'ïl dirent à Mûsâ, à savoir: "Va, toi et ton Seigneur pour combattre, car nous allons rester ici tranquillement"; nous devons dire: "Par Dieu qui t'a envoyé pour nous guider, va toi et ton Seigneur pour combattre, et nous combattrons l'ennemi à ta droite et à ta gauche, devant toi et derrière toi, jusqu'à ce que le Seigneur te donne la victoire"». Ayant entendu ce discours de Miqdâd, le Prophète sourit et le bénit. Puis, il se consacra principalement aux Ançârs qui formaient la majeure partie de sa force et dont il craignait qu'ils se considèrent comme n étant pas liés par le serment de 'Aqabah qui stipulait qu'ils devaient le soutenir contre quiconque l'attaquerait à Médine. Mais Sa'd Ibn Mo'az se leva au nom des Ançârs et lui dit qu'ils l'avaient reçu comme le Prophète de Dieu et qu'ils lui avaient promis par serment, fidélité et obéissance, et que, par conséquent, ils étaient tous prêts de le suivre là où il voudrait, même dans la mer. Sur ce, le Prophète fit savoir à tous ses hommes sa résolution d'affronter les forces mecquoises, en leur promettant la victoire. «Cette multitude sera dispersée et ils tourneront le dos» (Sourate al-Qamar, 54: 45). Voir "Al-Tabarî"; "Al-Sîrah al-Muhaxnmadiyyah"; "Tafsîr al-Durr al-Manthûr")

94. "Târîkh Islam (History of Islam)" de Hussayn.

95. "Abul-Fiddâ'".

96. "Rawdhat al-Ahbâb".

97. "Ibn Hichâm".

98. "Madârij al-Nubuwwah"; "Rawdhat al-Ahbâb, cité par Zakir Hussayn dans "History of l'Islam".

99. "Habîb al-Sayyâr"; "Kifâyat al-Tâlib".

100. 'Alî lbn Abî Tâlib, le neveu de 'Abbâs, réprimanda sévèrement et dans des termes mordants son oncle, lequel rétorqua: «Vous attaquez nos mauvaises actions, mais vous ne donnez pas de crédit à nos bonnes actions: Nous libérons les captifs, nous ornons la Ka'bah, nous rendons régulièrement visite au Saint Edifice et nous entretenons les pèlerins en leur fournissant eau et nourriture». Ceci donna lieu à la révélation des passages suivants du Coran: «Placerez-vous celui qui donne à boire aux pèlerins et qui est chargé du service de la Mosquée Sacrée au même rang que celui qui croit en Dieu et au Jour Dernier et qui lutte dans le chemin de Dieu? Ils ne sont pas égaux devant Dieu: Dieu ne dirige pas les gens malfaisants» (Sourate al-Tawbah, 9: 19). Voir "Al-Baydhâwî".

101. "Habîb al-Sayyâr".

102. "Ibn Hichâm".

103. "Târîkh al-Khamîs".

104. "Rawdhat al-Ahbâb".

105. "Habîb al-Sayyâr (ou al-Siyâr)".

106. "Ibn al-Athîr"; "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî".

107. "Ibn al-Athîr: "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî".

108. "Ibn al-Athîr"; "Tarîkh al-Khamîs".

109. "Al-Tabarî"; "Târîkh al-Khamîs"; "Al-Tafsîr al-Kabîr"; "Minhâj al-Nubuwwah".

110. "Al-Tabarî"; "Ibn Hichâm".

111. "Târîkh al-Khamîs".

112. "Al-Tabarî", vol. III; "Ibn al-Athîr"; "Târîkh al-Khamîs".

113. "Al-Tabarî"; "Ibn al-Athîr"; "Madârij al-Nubuwwah"; "Habîb al-Sayyâr"; "Rawdhat al-Ahbâb".

114. "Habîb a-Sayyâr"; "Rawdhat al-Ahbâb".

115. "Madârij al-Nubuwwah"; "Ma'ârij al-Nubuwwah".

116. "Al-Baydhâwî".

117. "Ibn athîr"; "Târîkh al-Khmîs".

118. "Târîkh Islâm (History of Islam)" de Zakir Hussayn, vol. II, p. 100.

119. "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr"; "Rawdhat al-Ahbâb".

120. "Târîkh al-Khamîs".

121. Ibid.

122. "Rawdhat al-Ahbâb"; Al-Baghawî dans son "Mu'jam".

123. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Târîkh al-Khamîs"; "Rawdhat al-Çafâ'"; "Habîb al-Sayyâr".

124. "Abdul-Fidâ'"; "Ibn Athîr".

125. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Izâlat al-Khifâ"; "Târîkh al-Khamîs".

126. "Târîkh al-Khamîs".

127. "Madârij al-Nubuwwah"; "Mustadrak al-Hâkim"; "Firdaws al-Akhbâr".

128. "Tafsîr al-Durr al-Manthûr"; "Al-Sîrah al-Muhammadiyyah"; "Al-Sîr al-Halabiyyah"; Târîkh al-Khamîs"; Rawdhat al-Ahbâb".

129. "Abul-Fidâ'"; "Habîb al-Sayyâr"; "Al-Tabarî".

130. "Ibn Sa'd": "Ibn Hajar"; "Ibn Monda".

131. "Çahîh al-Bokhârî".

132. Mo'attah: le fils d'un cousin maternel d'Abû Bakr, Zayd Ibn Rifâ'ah; Hamna Bint Johach et 'Abdullâh Ibn Obay, accusèrent 'Âyechah de libertinage, et le poète Hassan, récita des épigrammes contre elle. 'Abdullâh Ibn Obay fut le premier à soulever le scandale et à l'attiser au maximum par haine contre Mohammad.

133. "Ibn Athîr"; "Izâlalat al-Khifâ"; "Madârij al-Nubuwwah"; "Habîb al-Sayyâr"; "Rawdhat al-Ahbâb".

134. "Ibn Athîr"; "Rawdhal al-Ahbâb"; "Habîb al-Sayyâr"; "Ibn Hichâm".

135. "Abul-Fidâ'"; "Habîb al-Sayyâr"; "Ibn Jâbir".

136. "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr"; "Ibn Hichâm".

137. "Abul-Fidâ'".

138. "Habîb al-Sayyâr"; "Târîkh al-Kirâm".

139. "Ibn Athîr"; "Tathkirah".

140. "Al-Tabarî"; "Ibn Athîr"; "Rawdhat al-Ahbâb".

141. "Habîb al-Sayyâr"; "Takhkirat al-Kirâm".

142. "Târîkh al-Khamîs"; "Habîb al-Sayyâr"; "Al-Tabarî".

143. "Al-Tabarî"; "Al-Sîrah al-Muhammadiyyah"; "Rawdhat al-Ahbâb"; "Târîkh al-Khamîs".

144. "Al-Tabarî"; "Al-Sîrah al-Muhammadiyyah".

145. "Al-Wâdiqî"; "Al-Bokhârî"; "Ahmad Ibn Hanbal"; Al-Nasâ'î"; "Al-tabarî"; "Ibn al-Athîr"; "Al-Suyûtî".

146. "Al-Tabarî"; "Madârij al-Nubuwwah"; "Târîkh al-Khamîs"; "Rawdhat al-Ahbâb".

147. "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî"; "Al-Nasâ'î"; "Abûl-Fidâ'", etc...

148. "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî", etc...

149. "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî"; "Rawdhat al-Çafâ"; "Târîkh al-Khamîs".

150. "Târîkh Islam" de Zakir Hussain, vol. II, p. 122; "Ibn Hichâm".

151. "Târîkh al-Khamîs"; "Al-Sîrah al-Muhammadiy-yah".

152. "Madârij al-Nubuwwah", etc.

153. "Ibn Hichâm"; "Ibn Athîr"; "Abul-Fidâ'"; "Târîkh al-Khamîs"; "Rawdhat al-Ahbâb".

154. "Madârij al-Nubuwwah"; "Rawdhat al-Ahbâb"; "Rawdhabat al-Çafâ"; "Ma'ârij al-Nubuwwah"; "Habîb al-Sayyâr".

155. "Abul-Fidâ'".

156. Bichr b. A-Barâ' b. Ma'rûr, un Ançârî (pl. Ançâr) de la tribu de Khazaj. Il avait été à 'Aqabah, Badr et Ohod.

157. "Madârij al-Nubuwwah"; "Ma'ârij al-Nubuwwah"; "Maqsad-i-Aqsâ".

158. "Ibn Hichâm"; "Tabarî"; "Mawâhib Laduniyyah"; "Al-Zarqânî"; "Abul-Fidâ'".

159. "Kanz al-'Ummâl"; "'Alî Muttaqî".

160. "Rawdhat al-Nâdhirîm"; "Ibn Abî Chahna".

161. "Sunan Abî Dâwûd".

162. "Rawdhat al-Ahbâb"; "Al-Zarqânî".

163. "Abul-Fidâ'".

164. "Târîkh al-Khamîs"; "Rawdhat al-Ahbâb"; "Habib al-Sayyâr"; "Rawdhat al-Çafâ"; "Ibn Hajar"; "Ibn Maghâzilî"; "Hamwînî".

165. "Târîkh al-Khamîs"; "Ibn Athîr"; "Habîb al-Sayyâr".

166. Lorsque le Prophète annonça pour la première fois sa Mission, ce jeune homme ('Amr Ibn al-'Âç) composa à son encontre des satires et des madrigaux humoristiques qui étaient du goût poétique des Arabes et qui eurent une large diffusion. Ils entravèrent, plus que la pire persécution, la croissance de l'Islam. ("Life of Mohammad" de W. Irving, p. 49)

167. "Sîrat al-Nabî", vol. II, p. 372.

168. "Al-Tabarî".

169. "Al-Tabarî"; "Ibn Khaldûn"; "Ibn Athîr"; "Târîkh al-Khamîs"; "Habîb al-Sayyâr".

170. "Ibn Hichâm"; "Al-Tabarî".

171. "Ibn Athîr"; "Habîb al-Sayyâr".

172. "Abul-fidâ'"; "Ibn Athîr"; "Al-Tabarî"; "Ibn Hichâm".

173. "Ibn Athîr"; "Ibn Khaldûn"; "Habîb al-Sayyâr"; "Hayât al-Qulûb"; "Ibn Hichâm".

174. "Tabarî"; "Ibn Hichâm"; "Ibn Abî Chahna".

175. "Tabarî"; "Abul-Fidâ'"; "Ibn Hichâm".

176. "Ibn Athîr".

177. "Madârij al-Nubuwwah"; "Habîb al-Sayyâr"; "Zarqânî"; "Rawdhat al-Ahbâb".

178. "Abul-Fidâ'".

179. "Abul-Fidâ'"; "Ibn Athîr"; "Ibn Hichâm".

180. "Târîkh al-Khamîs"; "Rawdhat al-Ahbâb".

181. "Târîkh al-Khamîs"; "Rawdhat al-Ahbâb"; "Habîb al-Sayyâr".

182. "Târîkh al-Khamîs"; "Zâd al-Mâ'ad" d'Ibn al-Qayyim.

183. "Mawahib Laduniyyah", "Târîkh al-Khamîs" et "Al-Fadhl" donnent les noms de quatre personnes qui restèrent avec le Prophète.

184. "Abul-fidâ'"; "Ibn Hichâm".

185. "Âyât Mohkamât" d'Amir Hassan, vol. II, p. 411.

186. "Ibn Hichâm"; "Rawdhat al-Çafâ"; "Habîb al-Sayyâr"; "Tabarî".

187. "Âyât Muhkhamât" d'Amir Hassan, vol. II, p. 411; "Sîrat Ibn Hichâm"; "Habîb a-Sayyâr".

188. "Rawdhat al-ahbâb"; "Habîb al-Sayyâr".

189. "Tabarî".

190. "W. Irving", p. 161.

191. "Habîb al-Sayyâr"; "Ma'ârij al-Nubuwwah"; "Kanz al-'Ummâl".


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